Ta limite

route limite

Arrive un tournant de ta vie où la réalité te rentre dedans comme un quatre par quatre qui roule à cent-trente kilomètres heures dans une zone de cinquante. Un moment où tu n’as pas le choix de baisser les armes, d’agiter le drapeau blanc et de t’avouer vaincue.

On va se le dire, tu te mets une pression monstrueuse sur les épaules pour atteindre des sommets que personne n’a jamais atteints. Des sommets tellement hauts qu’il n’y a même plus d’air quand tu plantes le piquette de la victoire et que la pression atmosphérique te fait saigner des yeux.

Tu veux être ni plus ni moins que la mère aimante des vues, le chef Boyardee des lunchs scolaires pis des soupers de semaine, la Martha Stewart des réceptions du samedi soir, le Monsieur Net qui fait briller son plancher, le Bill Gates qui révolutionne le monde du travail, le Claude Monet qui vibre avec son pinceau pis ses passions pis la Megan Fox qui attend son homme en déshabillé en plein mardi soir.

Mais tu n’y arrives pas.

Tu perds patience après ta progéniture plus souvent qu’à ton tour, tu brûles tes fonds de chaudrons une fois par semaine, tu sais pas dans quel sens mettre tes trois fourchettes quand tu reçois à souper, ton plancher est aussi propre que les toilettes d’une piscine publique un samedi d’été à trois heures de l’après-midi, tu arrives en retard au bureau, tu t’es mis au dessin et c’est catastrophique et t’as pas fait l’amour depuis trois mois.

La vérité, c’est que tu te sens dépassée par la vie. Par sa trâlée de normes à suivre. Par tout ce qu’elle te demande dans une petite journée. Par la perfection qu’elle brandit avec sa face sournoise. Par cette impression qu’elle te donne de te tenir prisonnière dans un coin. Un coin dont la seule échappatoire est de faire mieux. Ou plus vite. Ou plus fort. Ou plus beau.

Tu cours frénétiquement dans la grande roue insidieuse de la maman parfaite sans te demander pourquoi tu le fais. Pourquoi tu cours. Pourquoi tu continues alors que tu n’en peux plus. Que t’es vidée. Que rien n’est jamais à la hauteur de ce qu’il devrait être.

Puis un beau jour, plus tard que tôt, tu t’arrêtes à bout de souffle et tu réalises que cette course n’a aucun sens.

Que ce n’était peut-être pas la vie qui te dépassait.

Mais tes attentes envers elle et envers toi.

Puis tu traces ta limite.

Et tu commences à vivre à ta façon.

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