À mon grand garçon

flickr-johnnyvintage

Hier, il s’est passé quelque chose d’important. Tu étais là, chaussé de tes petits patins, assis sur les fesses, au beau milieu de la glace. Tu as tenté de te lever pour la millième fois en tournant ton petit visage vers moi, l’air abattu. J’ai affiché une expression plus enthousiaste et confiante que le client en demande tout droit sortie d’une mauvaise télésérie B en levant le pouce en l’air et en sautillant sur place. Puis tu as pris une grande respiration et tu t’es relevé, encore. Mais cette fois-là, tu t’es tenu debout. Une bonne minute. On en était au troisième cours d’initiation au patin. Tu avais tenté de te lever à perpétuité pendant 2h30. 150 minutes. 9000 secondes. Sans aucun résultat. Niet. 9000 longues secondes sur les fesses à te remettre en question. À te demander sérieusement si tu pouvais y arriver. Sans personne pour te dire que tu étais capable. Avec, pour seul allié, ta petite voix intérieure de 4 ans qui était en train de t’apprendre la persévérance à la dure et qui te faisait promettre de ne pas abandonner. J’ai souligné ta victoire d’un « Braaavooooo! » plus débile qu’enthousiaste qui aurait certainement fait de moi un modèle d’excellence pour toutes les Annie Brocoli de ce monde. Puis, tu es tombé à nouveau. Mais quand tu es sorti de la glace, tu m’as regardé avec tes petites joues rosies par le froid et tu m’as dit : « Tu vas voir Maman, la prochaine fois, je vais être encore meilleur. » Mes yeux se sont remplis d’eau. Deux vérités venaient de me frapper de plein fouet. La première est que tu étais capable de faire preuve de beaucoup plus de courage que je ne l’aurais cru. La deuxième est que tu n’avais besoin de personne pour le faire.

En me couchant ce soir-là, j’ai compris bien malgré moi que je ne pourrais pas te protéger des épreuves de la vie indéfiniment. Ni des grandes, ni même des petites. Que la bulle d’amour dans laquelle je tentais de te préserver était déjà toute fendillée et que bientôt, il n’en resterait plus que quelques éclats sur lesquels se couper les pieds. Sur le moment, ça m’a fait très mal. Puis je me suis repassée les images d’un petit garçon en patin qui n’abdiquait jamais. Et j’ai eu hâte de connaître la suite de son histoire.


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