Allaiter : ta réalité

mère allaitement

On commence à se connaître. Ça fait que je sais que tu es trop polie pour m’envoyer promener. Je vais donc en profiter pour te donner des conseils. Tu viens d’avoir un bébé et tu as décidé d’allaiter. On va mettre les choses au clair : je ne suis pas du tout une prêtresse de l’allaitement. Je n’ai pas allaité mes deux premiers enfants et je crois que la préparation n’a pas été inventée pour que les mamans qui la choisissent finissent au bûcher au milieu des Galeries de la Capitale.

Tu te trouves ben smart quand tu as envie de relever le défi de l’allaitement. Tu as probablement lu partout, même sur les canisses de lait maternisé, que la SEULE bonne façon de nourrir un bébé, c’est à la sueur de ton corps, que c’est siiiiiii pratique vu que tu n’as qu’à trimbaler tes couches et tes seins avec toi quand tu sors, que ça va t’éviter d’avoir à passer ta vie à stériliser des bouteilles et que, le plus important : tu vas développer un lien PRI-VI-LÉ-GIÉ avec ton bébé. Lien que bien entendu, tu n’auras pas si tu bascules du côté obscur de la bouteille. On va t’interdire formellement de donner la suce à ton bébé, de tirer ton lait avant six semaines et de laisser, ne serait-ce qu’une fois, papa donner un biberon. Ça va causer une confusion de cantine, t’sais. Ceci étant dit, ce qui suit est ce qui fonctionne pour MOI. Parce que, devine quoi : y’a autant d’expériences de cantine qu’il y a de clients pour la cantine.

Le premier conseil que j’ai pour toi, fille, tu vas avoir ben de la misère à l’intégrer, mais je pense ben que c’est le seul sur lequel toutes les prophétesses de la mamelle s’entendent : tu DOIS te faire confiance. C’est tout. Aussi poche que ça. Mais ça va tout changer. T’es capable de le faire. Comme t’as été capable de servir d’incubateur à c’te p’tite bête-là pendant les dernières semaines. Comme t’as été capable de rester focussée pendant que tu expulsais ton humain. Comme t’as été capable de garder ton calme pendant qu’un doc te charcutait l’utérus derrière un drap.

Pis ça va faire mal, probablement. Comme dans tout, il va y avoir une chanceuse qui va te dire que pour elle, tout a été merveilleux. Que son bébé est sorti sans faire de dégâts, que le doc l’a mis sur son ventre et qu’il a rampé vers son sein nourricier par instinct. Que dès cette seconde, le bébé a eu une bonne prise et qu’aucune crevasse ni engorgements n’ont perturbé les moments d’allégresse qui ont suivi cette plogue initiale (insérer des chants d’anges). Pis ça va te faire sentir poche (retour au premier conseil). La vérité c’est que peu importe ton niveau de motivation, y’a de fortes probabilités que tu aies mal en Saint-Sifri. Y’a de bonnes chances que pendant une coupelle de semaines jours, quand ton enfant va prendre le sein, tu fasses une face crispée pis qu’une petite larme de douleur se fraye un chemin. Tu vas avoir les boules en feu, dures comme du béton pis ça risque de couler partout : tacher ton gilet, tes draps, couler dans la douche si l’eau est trop chaude. Tu vas garder une brassière pour dormir parce que tu vas avoir trop peur que tes draps effleurent ton garde-manger et tu vas apprendre à vivre avec des coussinets d’allaitement aussi appelés des patches à brassière.

Tu vas capoter parce que tu vas pas te souvenir des positions d’allaitement qui étaient sur le poster de ta chambre d’hôpital. Tu vas te trouver incompétente parce que la maudite position de football fonctionne pas pis que t’as les trapèzes en feu. Pis tu vas avoir un flash une belle nuit, qu’au lieu d’aller sur Facebook pour garder les yeux décollés, tu pourrais aller voir ce que YouTube te propose pour alimenter la bête affamée qui te hurle dans les bras. Première victoire, tu t’es débrouillée seule ! Deuxième victoire, tu vas piler sur ton orgueil pis tu vas demander des conseils. Tu vas aller dans les groupes de madames qui allaitent en cercle, tu vas demander à des amies ou tu vas appeler ta mère en braillant, mais tu vas aller chercher des idées, témoignages, faits vécus pour t’aider. Elles l’ont fait avant toi, crois-les.

Je m’en voudrais de te laisser sans te partager la clé de MA réussite : donne-toi le droit de changer d’idée. Si une nuit t’en peux plus, que tu brailles ta vie pis que tu te sens épouvantable parce que ton enfant ne comprend pas comment ouvrir la bouche efficacement, garde toujours en tête que si jamais tu décides d’arrêter tout ça, ce sera correct. Ce qui a été fait est un acquis, que ce soit un boire au sein ou vingt-quatre mois d’allaitement exclusif, pis pour ça, tu peux être fière. Parce que c’est ça, aussi, la game de l’allaitement : arriver à faire quelque chose que tu sais difficile et être tellement valorisée quand tu vois ton bébé accroché à toi, même si tu sais pas vraiment pourquoi tu fais ça.

Michèle Tousignant

     MICHÈLE TOUSIGNANT

 


Une réflexion sur “Allaiter : ta réalité

  1. Vanessa Répondre

    Au sujet de l’ailletement, je n’étais pas certaine pendant ma grossesse ce que je voulais faire une fois le bébé out. J’ai acheté de la formule liquide et en poudre et je me suis dit : je garde toutes les options ouvertes! On me demandait souvent : vas-tu allaiter? Je ne le savais pas moi-même et je ne comprenais (et ne comprends pas encore) pourquoi on voulait t’en savoir comment ce bébé pas encore né serait nourrir. La question encore plus comique selon moi est : vas-tu le nourrir? ( suggérant l’allaitement bien entendu). Jpeux tu commencer par le faire naitre? Une fois sorti, oui je vais le nourrir ( on verra comment, quand et etc une fois rendu sur place!) Je l’ai entendu souvent (et c’est vrai) « tu vas voir ça va devenir plus facile » avec le temps. Au début, j’avais 22*coussins (* ok j’exagère mais n’importe quoi entre 3 et 8!!!) , une bouteille d’eau, un snack et de la musique relaxante, des lumières tamisées et j’en oublie surement! Je devais faire le style « Madone » d’un bord et « football » de l’autre. Je devais négocier avec ce piranha enragé pour avoir une bonne succution. 4 mois plus tard, donne moi mon bébé une boule (gauche ou droite? La question a presque chaque boire! :p ) et je vais m’organiser. Mon mentra : je verrai! Mon conseil : tu verras

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