À toi, mon petit coeur qu’une fausse-couche m’a enlevé

jeune maman deuil périnatal

J’ai tant de choses à te dire, tant de place dans mon cœur et dans mon corps pour toi et j’avais tant de rêves pour nous. Tout est allé si vite. Tu es entré dans ma vie comme un magnifique arc-en-ciel après l’orage, par surprise et emmenant avec toi une vague d’espoir en l’avenir. J’ai traversé les premières semaines avec toi comme une balade improvisée, pleine d’insouciance et d’enthousiasme, gagnant jour après jour une force et une confiance en moi que je puisais dans l’importance que ta présence me donnait dorénavant. Je me surprenais à caresser tendrement mon ventre, j’imaginais ton visage et le prénom qui s’y accorderait, je te faisais de la place partout dans mon quotidien. Je me sentais peu à peu devenir ta maman, mon amour pour toi grandissait à mesure que mon corps s’adaptait au tien et cela me remplissait d’un bonheur que j’aimais garder secret.

Et puis il y a eu cette tempête plus forte que tout ce que j’avais vécu jusqu’alors. Cette tempête qui a éclaté et balayé tout sur son passage, ne laissant derrière elle que l’ombre de ce qui avait existé, les souvenirs de l’avant et la nostalgie des jours heureux. Allongée sur une table d’auscultation froide, j’attendais que l’on me confirme que tout allait bien. Mais il y a eu l’écran, un silence qui m’écrase encore les poumons, mes yeux qui cherchaient frénétiquement du mouvement, puis un regard dans lequel j’ai lu tout ce à quoi je refusais de croire. Ensuite des mots que j’ai à peine entendus, couverts par le bruit fracassant de tout ce qui se brisait en moi. À cet instant, étendue là, mon cœur a explosé en milliers d’éclats que jamais plus je ne pourrais rassembler. J’ai été emportée dans la tempête, heurtée par une mer déchaînée, puis jetée contre les falaises jusqu’à perdre mon souffle dans les remous de tout ce que j’avais déjà imaginé pour nous.

Ton cœur s’était arrêté, et le monde autour de moi avec lui.

Depuis ce moment, je navigue dans un monde dans lequel réalité et cauchemar se confondent. Mon corps à qui je devais tant m’apparaît désormais comme une machine défaillante, incapable de te protéger, toi, petit être qu’il a pourtant créé de toutes pièces. Je traverse l’après-toi sans savoir où aller, ni que faire du temps qu’il me reste. Tu n’es plus là, et il n’y a rien après toi. Le temps passe, la douleur s’estompe, la peau se régénère sur les plaies, mais le vide reste partout où je t’avais imaginé.

Comme un réveillon de Noël sans neige, un puzzle incomplet, une nuit sans lune.

Tu me manques tant.

Ta maman pour toujours

Crédit : Motortion Films/Shutterstock.com
Manea Teraiharoa
MANEA TERAIHAROA

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *