Non, je ne suis pas heureuse à tous les instants d’être maman

maman fatiguée avec bébé

Non, je ne suis pas heureuse à tous les instants d’être maman.

Même si plusieurs prétendent que je devrais l’être, que je me plains le ventre plein et que je devrais faire preuve de reconnaissance en tout temps parce que j’ai de beaux enfants en santé,  il m’arrive régulièrement d’être à bout de souffle, en colère ou de fondre en larmes.

Non, je ne suis pas heureuse à tous les instants d’être maman.

Quand les enfants sont bruyants depuis un bon moment et ce malgré mes avertissements, je ne les regarde pas tendrement en souriant; je leur demande de baisser le ton en haussant un peu trop le mien et je rêve d’une nuit à l’hôtel seule, étendue dans le plus grand silence.

Non, je ne suis pas heureuse à tous les instants d’être maman.

Quand les petits se chicanent à toutes les heures du jour, que les disputes se multiplient et que je joue les arbitres tout en tentant de préparer le souper, je ne flotte pas sur un nuage; je me sens dépassée et j’attends avec impatience le moment où tout ce beau petit monde ira rejoindre les bras de Morphée.

Non, je ne suis pas heureuse à tous les instants d’être maman.

Quand je dois me lever plusieurs fois par nuit pour moucher des nez, changer des draps souillés et réconforter mon plus jeune effrayé par le cauchemar qu’il vient de faire, je ne trépigne pas de joie; je suis on ne peut plus heureuse d’être présente pour mes enfants, mais je ressens aussi une pointe d’irritabilité et je rêve du moment où je pourrai avoir plus de trois heures de sommeil d’affilée.

Non, je ne suis pas heureuse à tous les instants d’être maman.

Quand, au bureau, je passe l’heure du lunch à prendre des rendez-vous et planifier les repas en grignotant le coin de mon sandwich au jambon et que le soir s’ensuit la course de la garderie et du souper à préparer, je ne nage pas dans la bonheur; je me sens submergée et je me demande si j’aurai un moment pour moi avant les vingt ans de mes enfants.

Non, je ne suis pas heureuse à tous les instants d’être maman.

Quand je viens tout juste de terminer de ranger la maison pour constater qu’une tornade a sévi de la première à la dernière minute juste derrière moi, multipliant les graines de biscuits, les jouets qui font du bruit et les flaques de lait, je ne me sens pas épanouie; j’ai l’impression cuisante que tout ce que je fais est à recommencer perpétuellement.

Non, je ne suis pas heureuse à tous les instants d’être maman.

Quand je me suis couchée tard et des petits pas me réveillent à cinq heures du matin, je ne me dis pas toujours que j’ai énormément de chance; parfois, je me remémore ces matins où je pouvais dormir jusqu’à onze heures et, même si je ne me passerais plus de mes enfants, je soupire un peu de nostalgie.

Non, je ne suis pas heureuse à tous les instants d’être maman.

Quand mes amis sans enfant voyagent aux quatre coins du monde, qu’ils sortent manger dans des restaurants branchés ou qu’ils partent en roadtrip improvisé, je ne regrette en aucun cas d’être maman, mais je ne parviens pas à faire taire la partie de moi qui envie cette liberté que je ne retrouverai pas avant de nombreuses années.

Non, je ne suis pas heureuse à tous les instants d’être maman.

Quand je fais le taxi toute la fin de semaine entre les différents cours de mes enfants et que je cours à la pharmacie et à l’épicerie entre chacun d’eux, je ne pleure pas de joie en me disant que j’ai la plus belles des vies; je me demande plutôt si mes fins de semaine seront à nouveau synonyme de repos avant mes cinquante ans.

Non, je ne suis pas heureuse à tous les instants d’être maman.

Quand je n’ai pas passé un moment en tête-à-tête avec mon amoureux depuis des mois, faute de temps et de gardienne, je ne me dis pas que la maternité n’a que du bon; je me dis qu’elle met mon couple à rude épreuve et j’espère sincèrement trouver une manière de faciliter les choses.

Non, je ne suis pas heureuse à tous les instants d’être maman.

Quand je fais tout pour tout le monde sans que personne ne le reconnaisse jamais, je ne pense pas qu’être mère est toujours le plus beau rôle d’une vie; je pense qu’il s’agit aussi d’un rôle ingrat qui manque souvent de « merci ».

Non, je ne suis pas heureuse à tous les instants d’être maman.

Quand je m’emporte, que je perds patience, que je crie ou que je me mets à pleurer parce que j’ai dépassé mes propres limites en tentant d’être cette mère parfaite qui est heureuse à chaque minute de sa maternité, je réalise qu’il n’y a rien de mal à ne pas profiter de toutes les minutes. Parce que même si j’adore mes enfants, que ma vie est plus belle que jamais avec eux et que je ne pourrais plus m’imaginer la vivre sans leur présence, la maternité, comme toutes les choses qui composent notre vie, ne peut pas être toujours rose.

Non, je ne suis pas heureuse à tous les instants d’être maman.

Et contrairement à ce que croient certaines personnes, le reconnaître ne fait pas de moi une mauvaise mère.

Cela fait de moi une femme libérée de ses attentes irréalistes et une bien meilleure maman.

Crédit : Bricolage/Shutterstock.com
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2 thoughts on “Non, je ne suis pas heureuse à tous les instants d’être maman

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