Je suis partie

woman back

Je suis partie. N’ayant jamais pensé clore ce chapitre de l’histoire qui avait amassé plusieurs pages de vie et d’habitudes solidifiées, je l’ai quitté. Un crayon en main, plus ou moins inspirée pour écrire la suite, mais sachant que les espaces blancs se rempliront avec le temps.

Je suis partie, mais pas aveuglément. Le mijoté de réflexions s’est mis à bouillir de plus en plus, jusqu’au débordement, jusqu’à la brûlure. Je me suis élancée dans le vide courageusement, comme la femme forte que je suis, partant au combat sans aucune arme. Parce qu’il le fallait, tout simplement.

Je suis partie, me déchaînant du monde connu et confortable que j’habitais depuis des lunes, mais qui siphonnait mes vraies couleurs et me vidait de ma splendeur. Me délaçant des ficelles qui me retenaient à cette personne, je suis partie. Non pas sans craintes, mais avec toute la puissance de la femme que je savais résider en moi.

Je suis partie, vêtue de peur mais aussi d’audace, bravant les terrains ténébreux de la nouvelle vie qui s’affichait devant, qui semblait et semble encore être le néant, souvent.

Je suis partie, désarmée de mes repères tranquilles, désorientée. Avançant lentement mais sûrement vers une lumière au bout du tunnel qui ne me montre pas encore clairement quel chemin prendre, qui encore est tamisée. Défaisant mon cocon douillet mais pas tant, je suis partie. Pour éventuellement déployer mes ailes et me laisser porter vers celles qui les envelopperont de tendresse, de réconfort, d’amour vibrant au même rythme que le mien.

Je suis partie, ne ressentant pas viscéralement cette connexion m’unissant à l’autre, cette certitude qu’on devrait avoir de vouloir devenir blancs et vieux ensemble. Malgré les si, les mais. Malgré les insécurités de femme et de jeune mère qui me consumaient. Désencombrant mon cœur de lourdeurs accumulées au fil du temps, faisant face au vide, mais l’avenir m’appartenant, j’ai pris un chemin divergeant du sien.

Je suis partie, plaçant douloureusement mes idéaux de vie aux oubliettes pour toujours ou temporairement, mais honorant la nécessité d’un jour ressentir ce ‘’doux-puissant’’ appel intérieur, cet élan inéluctable vers un autre cœur.

Je suis partie, n’ayant jamais imaginé prendre la route seule vers un futur incertain, vers un, pour l’instant, chancelant destin. Défiant la surprise autour de moi, les possibles jugements ou pourquoi, j’ai fait un choix. Parce que ça ne regarde personne et que ma petite voix ne me dictait aucun autre choix.

Je suis partie, même si je souhaitais un chemin droit; être la seule femme du seul homme. Malgré le fait que petite, je rêvais d’une histoire sans tache et qui dure toute la vie.

Je suis partie, sachant que ma place n’était pas là. Sentant qu’on ne s’apportait pas ce dont on avait respectivement besoin pour évoluer à deux, pour grisonner paisibles et heureux.

J’ai quitté le navire, parce que je sentais que ce sentiment de vide ne se résorberait jamais en gardant figés mes deux pieds. Parce que je devais faire un premier pas difficile, mais décisif, qui enclencherait le voyage; un des plus grands que j’aie projetés.

Je suis partie, imprimant doucement mes traces dans un chemin divergeant de celui que je partageais avec lui, même si étant coparents, nos vies seront à jamais liées.

Je suis partie, bougeant l’ancre qui était fixée depuis des années, de toutes mes forces je l’ai soulevée. Non pas sans heurts au cœur, j’ai pris le large, sur une mer agitée, vers des horizons inexplorés.

Je l’ai laissé, ne sachant pas vers quoi les vents me porteraient, mais ayant une image nette en tête : celle d’une eau calme et lisse. D’un cœur qui se sait au bon endroit; chez soi.

Je suis partie, un océan mouillant mes yeux, un torrent de larmes brouillant ma vue, parce que de gros morceaux de ma vie m’unissaient à lui, parce que j’avais peur comme jamais mais suis si fière à la fois de ma bravoure; de me donner de l’amour.

Je suis partie, c’était une évidence déchirante. Déroutante. Sans trajet tracé d’avance, sans rassurante guidance.

Je suis partie, lui devant bien ça. Ne voulant pas faire semblant.

Je suis partie, je me suis choisie. Parce que j’en entendais en moi le cri. Parce que je voulais pouvoir un jour me dire de quelqu’un : c’est lui. Parce qu’on a qu’une seule vie. Je suis partie.

Crédit : Lolostock/Shutterstock.com
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