À toi, mon patron, merci de comprendre que j’ai des enfants

mother kiss baby head

Cher patron,

Je pense qu’on se comprend mal. La face longue que tu as faite quand je t’ai annoncé que je devais partir chercher mon plus jeune à la garderie pour cause de gastro explosive en disait long et elle ne disait rien de bon. Pendant l’espace d’un instant, j’ai vraiment cru que tu pensais que je cherchais une façon détournée de prendre des petites vacances. Je ne sais pas si c’est parce que tu penses que s’occuper d’un enfant qui a la gastro représente le summum de la détente. Si c’est le cas, je peux te les apporter, lui et son plat de vomi, pour que tu puisses te faire une opinion sur l’affaire en toute connaissance de cause. J’espère que t’es pas trop mal-au-coeureux.

Un enfant entre zéro et cinq ans, c’est un puits sans fond de maladies de toutes sortes. Quand t’en as deux, t’es faite, ils se passent les microbes à l’infini jusqu’au primaire. Le Lysol, l’HydraSense, le Tempra, l’humidicateur, le Vicks en dessous des pieds et les oignons dans les bas, c’est de la poudre aux yeux. Ça ne traite rien. Ça fait juste passer le temps jusqu’au jour où les microbes finissent par frapper le mur immunitaire qui se construit à la même vitesse que les pyramides d’Égypte. C’est long.

Entre-temps, tout ce que tu peux faire, c’est constater que tu ne peux rien faire du tout. Entre deux visites à la clinique et trois antibiotiques, tu regardes ta progéniture avec ses yeux larmoyants d’enfant tousser sa vie ou vomir ses tripes avec ta guenille de Lysol et tu attends. À temps perdu, tu jettes un œil à tes économies aussi affaiblies que ta progéniture et tu te sens impuissante. Impuissante devant sa quatrième otite consécutive, sa laryngite, son infection urinaire, son intolérance aux protéines bovines. Name it, le choix ne manque pas. Impuissante devant ton budget qui prend une débarque digne d’un Jeep Dodge Ram qui aurait passé la rampe d’un viaduc pour aller se fracasser sur l’autoroute en dessous. Impuissante devant ton employeur qui te fait une face de carême, fâché que tu n’aies pas considéré l’option de mettre ton petit patient en adoption ou de le serrer dans un centre de soins de longue durée jusqu’à 4h30.

Me suis-tu ?

Cet après-midi, crois-moi, j’aimerais mieux pousser mon crayon que mon torchon. J’aimerais mieux savoir que mon enfant et mes économies évoluent plutôt que de les ramasser à la petite cuillère.

Si je ne suis pas au bureau aujourd’hui, demain ou la semaine prochaine, ce n’est pas par choix. C’est pour prendre soin de la génération de demain. Celle qui te soignera quand tu seras malade, qui te servira au restaurant à ta retraite et qui enseignera à tes petits-enfants.

Ça fait que ça me ferait bien plaisir si tu disais à ton regard noir de prendre un break quand je t’annonce que je dois partir gérer des flaques de vomi, des cacas mous et des nez qui coulent vert. Je te promets que la gestion des microbes n’a rien à voir avec le Club Med et que dès qu’E. coli lèvera les voiles, tu me retrouveras derrière ma pile de papiers, avide de remporter le prix d’excellence de l’employée de l’année.

Crédit : Alina Tanya/Shutterstock.com
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