father with baby

Tu es un père satisfaisant

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Je ne t’ai jamais vu bercer notre nouveau-né avec des étoiles dans les yeux. Je n’ai jamais senti que tu profitais de tous ces moments qui n’allaient pas repasser. Tu disais que les bébés, ce n’était pas ce qui t’allumait. Tu étais maladroit, ça se voyait, mais en grandissant, nos enfants n’ont manqué de rien. Ils n’ont pas attendu leur biberon le ventre vide plus de trois minutes et ne sont pas restés des heures dans une couche souillée non plus. Malgré tout, j’avais espoir que lorsqu’ils seraient plus vieux, les choses seraient différentes. J’ai patienté.

Maintenant qu’ils ont vieilli, je ne te vois pas t’agenouiller pour jouer aux petites autos avec eux. Pas plus que tu ne construis un fort l’hiver ou t’amuses à faire des bombes dans la piscine avec eux l’été. Tu es là sans vraiment l’être, assis confortablement à les surveiller de ta chaise de patio. Tu as tellement d’autres choses à penser, tourmenté par ton travail et d’autres obligations. Tu vis dans ton monde d’adulte, pendant qu’eux, mordent à pleines dents dans leur monde d’enfant.

Tu es un père satisfaisant et ce n’est pas mal que tu le sois. Tu es un père qui s’assure qu’il y ait toujours du pain sur la table, que la sécurité des enfants ne soit jamais compromise et qu’ils ne manquent jamais de rien côté matériel. Tu es celui qui sort avec plaisir l’argent de son portefeuille pour que ses enfants aient, à Noël, les plus beaux des cadeaux que leur maman aura pris des heures à magasiner. Tu es celui qui fera le taxi sans broncher pour aller les porter à toutes les activités qu’ils auront choisies.

Parce qu’il y a des papas qui ne font pas tout ce que tu fais, je me vois mal me plaindre et je ne t’en veux pas. Du moins, je ne t’en veux plus. J’ai fait mon deuil de ce papa que tu ne seras jamais même si j’aurais tellement espéré que ça se passe autrement. J’ai abandonné cette idée, tannée de toujours avoir l’impression de te forcer pour venir jouer à des jeux de société en famille.

J’avais bien des rêves pour notre belle famille, bercée par l’illusion d’un père qui allait prendre autant de plaisir à la parentalité que je pouvais en avoir. J’ai rêvé de t’entendre lire une histoire à nos enfants et à changer ta voix quand les personnages discutent pour faire rire ta progéniture. Le peu de fois que tu le fais, je me demande toujours s’ils ressentent ta hâte d’être rendu à la dernière page et d’avoir lu par obligation.

Parce que je suis mal faite, je me suis remise en question. Aurais-je pu mieux te préparer à la vie familiale? Est-ce que j’ai trop rapidement mis de pression pour que nous formions une famille? Aurais-je dû éviter les projets d’envergure que nous avons entrepris, qui ont peut-être fait en sorte de te mettre trop de pression sur les épaules et de ne plus avoir assez d’énergie pour jouer avec les enfants le soir venu?

Aujourd’hui, je profite de notre vie de famille sans toi car j’ai compris que chaque minute de l’enfance de nos petits ne reviendra pas. J’aurais tellement aimé que tu partages cette réflexion, ce sentiment d’urgence et te voir t’emballer à l’idée de passer du temps précieux avec les personnes que tu dis aimer le plus au monde, mais j’ai choisi d’accepter que tu ne verras jamais les choses comme moi.

Ce n’est pas que c’est mal d’être un père satisfaisant, c’est simplement que tes enfants, ce n’est pas des cadeaux de Noël qu’ils se souviendront lorsqu’ils seront vieux. Un jour, peut-être, ils te le diront-ils eux-mêmes et c’est probablement à ce moment-là que tu réaliseras que, finalement, être un père satisfaisant, n’est peut-être pas assez.

Crédit : eckert.photo/Shutterstock.com

La Collaboratrice dans l'Ombre

La Collaboratrice dans l'Ombre est la couverture utilisée par toutes les collaboratrices de l'équipe qui souhaitent écrire des articles crus et criant d'une vérité sans filtre. Souhaitant exprimer et assumer leurs opinions sans pour autant blesser leur entourage immédiat, elles préfèrent alors utiliser le couvert de l'anonymat.

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9 Comments

  • J’ai un papa comme ça. Il nous emmenait aux différentes activités sportives, on partait en vacances tous les ans, aujourd’hui il bricole avec plaisir et répare ce qui doit l’être dans les logements de ses enfants… Mais à part ça, rien.

    Il n’a jamais joué avec nous, ou presque contraint et forcé. Il ne sait pas discuter et n’a jamais su (je redoutais les trajets seule avec lui dans la voiture, qui pouvaient se passer dans un silence absolu). Il ne sait pas prendre de nouvelles, le « je te passe ta mère » arrive beaucoup trop vite.

    Je pensais qu’il allait un peu s’ouvrir en étant grand père. Pas du tout. Il ne joue pas avec eux. « À quoi? ». Ne sait pas quoi leur dire. S’énerve vite quand ils deviennent bruyants. Mon neveu a récemment confié à ma mère qu’il n’aimait pas son grand père et qu’il ne voulait pas être seul avec lui.
    C’est triste, très triste. Mon père a fait des enfants « parce qu’il fallait » je crois. Il s’en est matériellement occupé. Mais à part ça, pas grand chose. Je ne le connais pas vraiment et il ne me connaît pas vraiment. Et c’est un gros trou dans mon coeur qui a sappé ma confiance en moi très longtemps.

    • J’ai un modèle semblable ici… Ajoutons à cela qu’il a laissé sa famille initiale pour en refaire une deuxième et que cette fois-ci les erreurs du passée ne sont pas reconduites. Ni pour la nouvelle progéniture, ni pour les petits-enfants.

      Je retiens de ceci qu’il faut chérir nos enfants et que chaque action faite ou manquée aura des conséquences.. heureusement pour nous, notre mère a excellé dans le rôle des deux parents!!

    • Je ne comprend pas cette critique envers le père, il semble d’un père présent pour ses enfants.

      Il ne faut pas oublier qu’un père n’a pas nécessairement la même sensibilité qu’une mère et ça ne fait pas d’eux de mauvais parents pour autant.

      Être parent, est à la base, un travail d’équipe. donc dans cette histoire, le père est le côté plus rationnel de la relation.

      Ce n’est pas négatif pour un enfant d’avoir un des parents plus « rigide ».

  • Mon compagnon ne veut pas d’enfants. Ce n’est pas ce qui l’allume et il ne voudrait pas le leur faire ressentir.
    Dois-je mettre la pression pour qu’il satisfasse mes désirs en reniant les siens au risque de le voir être juste un père satisfaisant ? Ou bien dois-je renier les miens ?
    Peux-tu répondre à ma question?
    Merci

    • Bonjour !
      Je pense que renier le manque de désir de l’un ou le désir de l’autre sont des possibilités tout aussi mauvaises.
      Ton compagnon ne veut pas d’enfant. Toi, tu en as vraiment le désir.
      Vous avez tous les deux raison.
      Cela signifie peut-être simplement que vous n’êtes pas fait pour faire votre vie ensemble. Je pense qu’il est important de ne pas faire passer son couple avant ce qui est pour nous des besoins primaires. Il n’est pas raisonnable d’abandonner ses passions ou de renoncer à avoir un ou des enfants à cause de son partenaire. C’est beaucoup trop lourd pour soi-même et pour l’autre qui n’a généralement rien demandé.

  • Honnêtement, tant qu’à être sur la page d’une parfaite maman cinglante, soyons cinglante. Je t’ai lue, chère maman dans l’ombre, et tout le long je ne pouvais que me dire à moi-même et espérer que tous ces mots que tu as partagé avec nous, tu les a dit à voix haute à ton conjoint. Je crois que ça pourrait aider à te libérer de cette amertume que tu ressens quand tu le regarde aller et que tu le trouve juste satisfaisant… même si tu ne le trouves pas investit à 100%, même si tu t’es imaginer un père idéal dans ta tête et que finalement, il n’est pas ce que tu souhaitais….c’est blessant pour lui de le juger de satisfaisant. Mon opinion évidemment, mais je trouve que cela sonne comme dire:  » ce n’est pas exactement cela que je voulais mais ça va faire la job! » C’est de ton conjoint que tu parles, tu l’aimes assez pour avoir fondé une famille avec lui, vous ne semblez manquer de rien. Peut-être que tu devrais lui exprimer ce que tu ressens et lui demander s’il s’en rend compte qu’il agit comme ça?

  • La culture du pas assez dans toute sa splendeur. Horrible le ton de cet article. A quoi sert-il à part rendre encore plus mal les personnes qui peuvent par moment ressentir cela? Je n’aime pas du ton le ton de parfaite maman cinglante. Plaintif et qui ne m’a pas du tout aidé mais juste culpabilisée davantage alors que je faisais une dépression du post parthum. Cela m’a également angoissée pendant ma grossesse. J’ai cru que la parentalité ne serait synonyme que de sacrifices et de tristesse. Comme si le fait d’être une bonne maman ne pouvait signifier que cela. Ce genre d’article mortifère n’aide en rien les parents.

  • Ici, papa de 3 qui est de ces papas qui n’ont pas appris a être des papas, car leur propre père ne leur a pas montré. Ici aussi, rapidement j’ai compris qu’à le forcer à faire des activités avec nous cela n’était plaisant pour personne, j’ai donc pris sur moi que je ferais des activités solos avec mes mousses. Maintenant, ils sont rendus plus grands, la 2e vient de partir en appartement et les 2 autres sont toujours avec nous, ces années ne reviendront plus et moi aussi je regrette qu’il n’ai été qu’un père satisfaisant quand je vois des enfants qui font des activités avec leur papa et qui ont du plaisir à le faire. Mais, bon, comme vous dites en vieillissant les enfants lui ont fait savoir ce qu’ils avaient sur le coeur, comme attendu le tout n’a pas très bien été reçu, car c’est ce qu’il a appris d’être un père, j’ai espoir qu’a force de se le faire dire, il devriendrat un meilleur grand-papa parce que ça non plus son modèle ne lui a pas appris…

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