Ça ne va plus

unhappy woman with mask

Ce soir, le mur que je tente de garder intact depuis la début de la pandémie s’est fissuré. Depuis mars, j’étais dans un déni constant afin de me protéger, me maintenir à l’abri. Je m’adaptais et continuais à vivre en me disant que tout allait bien aller et à faire comme si de rien était. Mais ce soir, ça ne va plus.

Ça ne va plus parce que je suis à bout de souffle. J’aimerais retrouver le sourire des gens et ne plus voir cette barrière de tissu, ce masque, qui entrave la chaleur humaine. Spécialement ceux qui couvrent le visage des éducatrices, des enseignantes et des infirmières pour qui le contact humain est si important.

Ça ne va plus parce que je suis usée par le fait que mon travail se limite à m’enfermer dans mon bureau ou à être en télétravail, sans que je puisse échanger dans un cadre de porte avec un collègue ou encore rigoler avec d’autres sur l’heure du dîner. Les rencontres virtuelles et les autres trucs sont bien, mais peu nombreux sont ceux qui y prennent part et ça ne remplace pas les discussions de corridors, celles qui ne se planifient pas, qui arrivent normalement comme un vent de fraîcheur à travers chaque journée de travail.

Ça ne va plus parce que je m’ennuie de mes amis, de leurs histoires, de leurs rires et leur contact me manque. J’aimerais pouvoir leur préparer un bon repas et les recevoir chez moi comme avant. Je suis lasse de voir mes enfants privés de relations avec leur famille et avec d’autres enfants, de ne pouvoir célébrer leur anniversaire et de simplement être des enfants. Je m’ennuie aussi de mon couple et de passer du temps seule avec mon chum autre que pour un souper devant la télé quand les enfants sont couchés. Mon sport et mes coéquipières, qui étaient pour moi une soupape, me manquent aussi cruellement.

Ça ne va plus parce parce que je me sens dénaturée. J’ai l’impression d’incarner le rôle d’une autre. Je sens qu’on m’empêche d’être qui je suis profondément. Je me sens confrontée dans mes valeurs profondes. J’ai besoin de rêver et d’avoir des projets, mais je dois mettre tout sur pause. Je m’y suis faite pendant un certain temps, mais c’est maintenant lourd à porter. J’ai perdu le peu de pétillant qu’il me restait. Il n’y a plus de place pour les relations humaines si importantes et cruciales pour mon bien-être. Il n’y a plus de place pour les soupers organisés à la dernière minute et la visite qui arrive à l’improviste. Je ne trouve plus cette spontanéité au quotidien. Je suis sans cesse en train de réfléchir aux conséquences de mes gestes avant de les poser. Est-ce que je respecte les consignes de la santé publique ? Est-ce que la personne verra mon geste comme déplacé et un risque de contamination? Est-ce qu’elle va sentir sa bulle envahie? J’aimerais pouvoir démontrer mon soutien à ma collègue qui ne va pas bien, la prendre dans mes bras. Parfois les paroles ne sont pas adéquates, seuls les gestes le sont.

Ça ne va plus parce que je suis épuisée à force de mettre en place des stratégies et des solutions pour m’adapter au nouveau contexte et aux nouvelles consignes. Surtout en sachant que tous ces efforts ne serviront plus à rien dans quelques semaines, puisque notre réalité change continuellement.

Oui, cette pandémie va passer et un jour, nous retrouverons sans doute nos vies normales. Mais je me demande quels seront les impacts à long terme. Quels seront les dommages collatéraux.

Oui, cette pandémie va passer, mais lorsqu’elle sera derrière nous, la bataille ne sera pas terminée car il restera beaucoup de murs, comme le mien, à reconstruire.

Vanessa
VANESSA

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