Mon bébé, si tu pars avant moi

mother with daughter

Mon bébé,

J’ai pris pour acquis qu’un jour tu deviendrais grand, que tu irais à la maternelle et que tu y jouerais avec d’autres enfants. Je t’ai imaginé adolescent ingrat et conflictuel avec les bras trop longs pour le reste de ton corps. Je t’ai vu à l’âge adulte et j’ai rêvé du jour où je serais grand-mère. Puis j’ai réalisé que les enfants ne sont pas immortels et qu’ils peuvent eux aussi mourir.

Si tu pars avant moi, je ne regretterai pas les nuits infinies que j’ai passées à te cajoler, ni de t’avoir aimé de toutes mes forces et avec toute mon âme. Je ne regretterai pas d’avoir appris à te connaître par cœur, miette par miette, pour savoir comment te rassurer quand tu as peur, faim ou froid. Je ne regretterai pas avoir mis toute mon énergie à accomplir mon rôle de mère au meilleur de mes capacités, de toujours avoir repoussé mes limites pour me découvrir dans ce nouveau rôle afin de mieux subvenir à tes nombreux besoins.

Si la vie t’arrache à mes bras, je ne regretterai pas d’avoir fait office de meilleure amie pour toi jusqu’à ce que ta fratrie arrive. Ni d’avoir été agent de paix lorsque celle-ci s’est jointe à la partie. Je serai fière d’avoir répondu à toutes tes questions existentielles au mieux de mes connaissances afin d’apaiser ta curiosité insatiable. Je ne regretterai pas d’avoir préparé des milliers de repas afin de faire l’inventaire restreint de ceux que tu aimes. Je serai heureuse d’avoir su t’inculquer la différence entre le bien et le mal au mieux de mon jugement, malgré qu’il me soit parfois arrivé de remettre en question mes propres valeurs.

Si tu me quittes prématurément, je contemplerai ma maison grande et vide les larmes aux yeux tout en me rappelant toute l’autonomie que j’ai su te permettre de développer. Je saurai que j’ai mené ma mission de maman avec succès, car tu auras pu voler de tes propres ailes, même si tu n’auras pas pu en profiter assez longtemps. Du moment que tu étais heureux, mon cœur sera en paix.

Si j’ai à te voir partir, j’aurai la conscience tranquille, car je sais que j’aurai fait de mon mieux tout au long de ton existence. Je veux bâtir ta vie, et continuer la mienne en suivant ce principe.

Et pour ne jamais l’oublier, je ne te tiendrai plus jamais pour acquis mon bébé.

Maude Forget
MAUDE FORGET

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