Merci de ne pas m’arracher mon nouveau-né des bras

woman with baby crying

À toi, peu importe ton nom, ton sexe, ton âge, ton lien de sang ou affectif,

À toi qui ne peux prétendre au titre de “papa” ou de “maman” auprès de mon nouveau-né,

Merci de ne pas m’arracher mon bébé des bras.

Je sais bien que tu as envie de le prendre et ce, pour une multitude de raisons ou de possibilités.

Peut-être que tu veux prendre mon bébé parce que tu trouves cela merveilleux de tenir un être si petit et fragile. Ses mains sont tellement petites, ses pieds si mignons. Tu es là, à observer la moindre de ses mimiques, le moindre de ses mouvements. Tu te surprends toi-même à te dire “Qu’est-ce qu’il est léger !”. Puis ses oreilles, son pyjama, vraiment, il y a de quoi fondre devant mon poupon.

Peut-être que tu veux prendre mon bébé parce que cela fait partie de tes us et coutumes. Selon toi, il est bien normal de porter un nouveau-né. Il ne faut pas faire de chichis et il faut l’habituer dès la naissance aux bras des autres pour ne pas en faire un asocial. C’est vrai quoi, tes parents et tes grands-parents ont toujours procédé ainsi, et tu n’en es pas mort.

Peut-être que tu veux prendre mon bébé parce que tu as un désir d’être maman à ton tour. Tu te demandes si tu es capable de le porter convenablement, de bien tenir sa tête. Tu veux peut-être te convaincre toi même que tu es prête, ou le prouver aux autres. Éventuellement, tu te dis que c’est l’occasion de t’entraîner.

Peut-être que tu veux prendre mon bébé parce que tu es déjà une maman expérimentée et aguerrie. Les bébés n’ont aucun secret pour toi. Après tout, tu en a eu trois, on ne va pas t’apprendre comment s’occuper d’un bébé. Puis ça te rappelle un petit peu les tiens et le temps qui a filé à une vitesse folle. Tu es certainement un peu nostalgique, mais ça te met du baume au cœur et te ravive quelques souvenirs au passage.

Peut-être parce que tu aimes mon bébé. Tu as envie de nouer des liens, de lui chanter une berceuse. Tu veux qu’il reconnaisse ta voix, tes yeux, ton sourire. Tu veux qu’il sache combien il compte pour toi et tu espères qu’il en sera de même pour lui. Tu l’as tellement attendu depuis l’annonce de la grossesse que tu ne veux pas attendre une minute de plus pour chérir ce cadeau de la vie.

Peut-être. Mais.

Le problème, c’est que lorsque tu me prends mon bébé des bras, je le perçois de façon viscérale comme un arrachement. Je suis en pleine fusion avec ce mini-moi que j’ai fabriqué patiemment pendant neuf mois et mis au monde courageusement et te le donner engendre en moi un tsunami d’émotions que je suis incapable de gérer avec mes hormones en folie.

Comprends-tu que, pour le moment, je ne sois pas prête à me séparer de lui, même cinq minutes ? Mettrais-tu tes envies et ta fierté de côté pour nous préserver en cet instant de bonheur fusionnel et passager ?

Je t’en supplie, sois patient. Je te promets que tu auras tout le temps nécessaire pour connaître mon bébé et vice-versa. Mais pas tout de suite. Laisse-nous le temps de nous découvrir, de nous aimer, de nous faire confiance et de nous reposer. Je t’en supplie, ne m’oblige pas à me justifier et ne lève pas les yeux au ciel si tu n’arrives pas à trouver en toi l’empathie nécessaire.

S’il te plaît, ne m’arrache pas mon bébé des bras.

Attends plutôt qu’il te tende les siens.

Margaux Quoniam
MARGAUX QUONIAM

7 thoughts on “Merci de ne pas m’arracher mon nouveau-né des bras

  1. Emeline Répondre

    Bonjour,

    Pour ma part, je comprends ce sentiment mais j’aime aussi voir mon bébé interagir avec d’autre. On ne devrait jamais faire un enfant pour soi. C’est une personne pour qui il est bon comme pour nous d’etre avec d’autres.

    Emeline

    1. Nana Répondre

      Je suis d’accord que ça fait vraiment plaisir de voir son bébé interagir avec d’autre personne, mais un nouveau né n’interagie pas… Il a besoin de sa maman et de son papa mais passer de bras en bras il n’y a aucun intérêt pour lui, puis un jour il se met 1 réagir aux sourires des gens, tendre les bras vers eux et la ça a tout son sens de le laisser y aller.

  2. Mylène V Répondre

    Bravo pour la verbalisation de ces moments où en plus on ne sait pas toujours dire non !
    👍👍
    👏👏

  3. Bérénice de castro Répondre

    Oh que ces mots me parlent !
    Quand ma fille est née j’ai eu les mêmes ressentis, mon entourage ne comprenait pas …
    J’ai été “poussée” à consulter une psychologue qui m’a vite rassurée en me disant que je n’ étais pas anormale ni folle juste “Maman” avec un vécu de grossesse et d’accouchement particulier ! Grâce à son accompagnement j’ai appris à me faire confiance et à faire confiance à ma fille et nous avançons encore chaque jour. Elle a 15 ans et les séparations sont toujours un crève coeur pour moi mais j’avance. …!
    Merci pour ces mots !
    Bérénice

  4. Soulabail Répondre

    Je trouve les commentaires super bien c est vrai je n’ étais jamais posé cette question maintenant j y prendrai garde.
    C est vrai quand je relis le texte ,je me remémore des années antérieures et c est vraiment le même ressenti .
    Merci pour ce partage

  5. LANOLY Répondre

    Ça malheureusement été le cas pour moi pour mon premier enfant. Quelques jours après mon accouchement ma belle-mère est venu chez moi durant 1 mois et demi et elle faisait toujours venir du monde chez moi,je ne parle pas d’une ou deux personnes mais bien plus. Ils voulaient bien évidemment tous prendre mon bébé. Ça a été très dur pour moi déjà par la fatigue et tout simplement parce que je n’avais pas envie de donner mon bébé. Elle m’a souvent critiqué en disant qu’elle laissait tout le monde porter son fils (mon conjoint) et que je devais faire pareil “d’arrêter mon cinéma”. J’en ai encore des séquelles après 1 ans, l’envie de faire d’autre enfant m’est passé car j’ai senti ma maternité gâchée.

  6. Françoise Clerc Répondre

    J’attends toujours que les parents me le mettent dans les bras. Question: tu veux le prendre?
    S’ils ne le font pas je ne me permets pas de le prendre. C’est eux qui jugent.

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