J’ai peur de ne pas revoir mon enfant la semaine prochaine

Ce matin, je t’ai reconduit chez ton père avec la boule au cœur, sachant que dans une semaine, tout pourrait avoir changé.

Au fil des années, je me suis habituée à te dire au revoir, à vivre sans toi la moitié du temps, à te parler sur FaceTime, à ne pas toujours être celle qui te flatte les cheveux, remonte ta couverture une dernière fois et te dit bonne nuit avant de t’endormir. J’ai appris à lâcher prise, à enfouir au loin ma peur qu’il t’arrive quelque chose, à me raisonner, à accepter de ne pas te surveiller moi-même pour t’empêcher qu’il t’arrive du mal. La vie me l’a appris, rien ne sert de s’inquiéter.

Mais tout ce que la vie m’a appris a foutu le camp dernièrement. Cette fois-ci, la menace est réelle. Une semaine en temps de pandémie, c’est une éternité. Chaque jour à  treize heures, sur mon petit écran, de nouvelles règles, de nouvelles mauvaises nouvelles. On sait tous que demain, ça n’ira pas mieux, ça ira sans doute pire. Plus de gens infectés, plus de restrictions. On s’accroche à plus loin, dans un mois, deux peut-être…

Quand je t’ai dit “Je t’aime, on se voit vendredi prochain” en te quittant aujourd’hui, j’ai essayé très fort d’y croire mais en une semaine, les règles peuvent changer.

À l’heure actuelle, on fait confiance aux parents pour prendre la meilleure décision qui s’applique à leur cas mais dans trois jours, si la crise sévit, ordonnera-t-on que le parent le moins à risque garde l’enfant? Et comment s’entendra-t-on sur la question, ton père et moi?

Dans trois jours, si la crise sévit, ordonnera-t-on que les enfants restent désormais où ils sont?

Dans trois jours, si la crise sévit, serais-je la prochaine cible de l’opinion publique si nous continuons à te changer de famille à chaque semaine?

Dans trois jours, si le virus entre dans ma maison, combien de temps devrais-je me battre contre la maladie avant de te serrer de nouveau dans mes bras?

Dans trois jours, si le virus entre dans votre maison, combien de temps serez-vous en quarantaine, alors que je  mourrai d’inquiétude? Tomberas-tu gravement malade sans que je puisse prendre soin de toi?

Je t’ai protégé du mieux que j’ai pu au cours de la dernière semaine, du coronavirus autant que du sentiment de détresse qui m’envahit parfois. Je t’ai tout de même expliqué que c’était possible que nous ne puissions pas nous revoir au moment prévu, si les règles changent pour protéger la population ou si l’un de nous tombe malade. Mais je t’ai assuré que tout reviendrait dans l’ordre, très bientôt. Que tes barres tendres préférées t’attendraient dans l’armoire dans sept jours ou un peu plus. Que je n’aurais pas le temps de finir le gros casse-tête avant que tu reviennes. Que nous sortirions bientôt nos bicyclettes pour aller nous promener au bord de la rivière.

“Encore un dernier câlin, Maman.” Avant de refermer la porte de chez ton papa, on s’est serrés très fort, une dernière fois.

À dans sept jours, mon amour.

Sophie Perron
SOPHIE PERRON

5 thoughts on “J’ai peur de ne pas revoir mon enfant la semaine prochaine

  1. Luc Répondre

    Mon nom est Luc, je suis travailleur Paramedical au NB. j’ai 2 enfants. cette semaine, elle sont chez leurs mere. je ne sait pas quand je pourrai les prendre dans mes bras a nouveau. merci pour votre text. il represente la réalité de plusieurs de mes confreres et consoeur de travail. ensemble nous pourrons passer a travers <3

  2. Carole Racicot Répondre

    C’est tout a fait cette inquiétude que j’ai pour ma fille et ses deux enfants! que le grand qui revient de chez son père ( où deux autres enfants d’une nouvelle blonde, vont aussi dans une autre maison chez leur père) contamine sa toute petite soeur de 3 mois , sa mère et beau père!! Pourtant à la télé le Dr. Arruda, l’a dit que c’était à un parent( le plus responsable) de garder l’enfant à la maison pendant le confinement!! mais ils osent pas de lire plus fort et le mettre obligatoire comme pour tous les règlements obligatoire: école fermées, pas de visite au CHSLD,, juste les épiceries et pharmacies demeurent ouvertes, nouveaux règlements bloque maintenant les régions pour éviter la contagion, mais tous ses enfants qui change de maison constamment, où est leur isolation, leur confinement!! pour leur protection!?? pourquoi pas un nouveau pour eux. C’est pas aux avocats de décider c’est au gouvernement pour freiner aussi la contamination plus à risque dans ces situations nombreuses , c’est un cas de Santé publique!!

  3. [email protected] Répondre

    [email protected]
    Mon fils de 17 ans est chez son père et virus pas virus je le vois pas beaucoup! Depuis les fêtes je l’ai vu à la fin février. Si on met tout les chances pour pas contaminer son ado et personne de son entourage est mal ! pourquoi empêcher de le voir 10 mins sans le toucher?

  4. Anne Répondre

    Je suis pab dans un chsld ont se prépare a avoir des cas dans les prochaine semaine , j’ai envoyé ma fille en confinement chez m’es parents pour un temps indéterminé, ma fille de 11 ans pleurait car elle ne pourra pas me voir, je l’appelle a tout les jours , je m’ennuie mais je fais tout ceci pour son bien et pour le bien de mes parents … Merci piur ton texte tellement réaliste

  5. viviane gauvin Répondre

    Thank-you for your beautiful text . I too , am asking myself the same questions . My 18 year old daughter left on Friday for her alternate week at her father’s home . Should she stay only in one place ? Should she continue to alternate ? Everyday , the conditions change and I also fear to not be able to see her for weeks on end. God bless you and your family .

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *