J’ai deux enfants, mais je dis que j’en ai seulement un

sad mother with pink socks

J’ai deux enfants. Pourtant, lorsque les gens me demandent combien j’en ai, je ne dis pas la vérité. Je n’ose pas parler de mon petit deuxième. J’évite le malaise. Je ne mentionne que mon grand garçon. Pourtant, dans ma gorge est coincé le prénom de mon plus jeune.

Mon cœur de maman voudrait en parler plus souvent, mais le silence qui règne lorsque je parle de lui est insupportable

Lorsque mon grand répond tout bonnement aux gens qui demandent s’il a un petit frère ou une petite sœur qu’il a un frère mort, rapidement, on esquive la conversation. Les yeux remplis d’incompréhension, il hausse les épaules. Pour lui, parler de son frère fait partie intégrante de son quotidien. Son frère a existé, pour lui comme pour moi. Il a été dans mon ventre. Nous lui avons parlé, lui avons chanté des chansons. Nous l’attendions avec tellement d’impatience.

À la maison, nous continuons de parler de lui, mais en public, prononcer son prénom provoque une onde de choc. Certaines personnes de mon entourage m’écoutent en parler pendant des heures sans jamais lever les yeux au ciel. D’autres évitent discrètement le sujet.

Pourtant, j’ai tellement envie d’en parler.

Plusieurs saisons se sont écoulées depuis son décès prématuré dans ma bedaine toute ronde et j’éprouve le besoin de garder sa mémoire vivante. D’expliquer aux gens comment tout cela s’est passé. Non pas pour attirer l’attention ou encore la pitié, mais pour faire comprendre toute la grandeur de cette difficile épreuve et tout ce que cela m’a apporté.

Lors d’un rendez-vous post accouchement, mon médecin m’avait dit de conserver ce que cette grossesse m’avait apporté de bon. À ce moment, je n’avais qu’une envie : lui crier au visage que rien de positif ne pouvait être relié à ce qui m’arrivait. Elle m’a dit de m’accrocher aux bons moments, comme l’annonce de la grossesse, les premiers coups de pied ou encore les moments où je lui parlais. Je sais aujourd’hui qu’elle avait raison. Tout l’amour que j’éprouve pour ce petit ange est infini exactement comme celui pour mon premier fils. Malgré la douleur de la perte, demeure une douce image de ce petit bout de moi qui n’a pas pu prendre son premier souffle.

Je respecte les gens qui ressentent un malaise à entendre parler de mon fils mort-né. Par contre, je peine à comprendre qu’encore aujourd’hui, ce soit tabou d’en parler. Je suis reconnaissante d’avoir dans mon entourage des personnes à qui je peux tout dire. Des amies qui peuvent tout entendre. Un chum qui est là pour moi. Par contre, je sais que je suis chanceuse d’avoir tout ces gens.

Souvent, je pense à celles qui gardent pour elles tous ces détails si importants. J’ai de la peine de penser que ces filles vivent seules ou presque la perte d’un enfant.

Aujourd’hui, des groupes de soutien et des forums existent, mais ils travaillent trop souvent dans l’ombre. On n’ose pas parler de ce genre de deuil, mais il n’en reste pas moins qu’il est important de le faire car c’est  l’une des meilleures façons de continuer d’avancer.

Pour ma part, parler de mon fils le garde vivant. J’ai l’impression qu’en parlant de lui, j’honore sa mémoire et je suis certaine de me rappeler les moindres détails de son court passage dans nos vies.

Mélanie
MÉLANIE

17 thoughts on “J’ai deux enfants, mais je dis que j’en ai seulement un

  1. Natacha Répondre

    Wow merci pour ce texte. J’ai moi même perdu mon fils en octobre dernier à 40.3 semaines. Ton texte ma fait beaucoup de bien. Surtout la partie de garder bon souvenir. Merci. Merci beaucoup.

    1. Océane Répondre

      Un texte tellement émouvant qui me renvoie à tout ce que je ressens depuis ce 07 Octobre 2019 : jour de naissance de notre deuxième enfant, notre petite fille Camille, née sans vie à 8 mois de grossesse.
      Une rencontre différente mais tellement intense – une absence physique mais une présence permanente dans mon coeur et ma tête – l’envie d’en parler quotidiennement et pourtant tellement de silence pour ne pas mettre mal à l’aise….

  2. Pamela Répondre

    M’y God que je comprends ça… t’étais là..pendant un beau moment…tu m’a réveillée avec tes petits coups… Jusqu’au matin ou j’ai sus que ça n’allait pas.
    Pour bien des gens qui ne comprennent pas , tu n’est pas…. Mais pour moi, tu est passée. Brièvement oui, mais tu es passée 🖤😢🌠

  3. G Répondre

    Tellement vrai tout ça!! J’ai aussi accouché d’un bébé mort-né à 37 semaines de grossesse. J’avais déjà à ce moment un garcon de 2 ans, et j’ai eu depuis un autre garçon. J’ai eu 3 garçons, mais lorsqu’on me demande, je dis toujours que j’en ai 2… Mes enfants vivants, (surtout mon plus jeune, qui a 5 ans), parlent par contre sans gêne de leur petit frère décédé, et qu’ils auraient aimé connaitre. On n’oublie jamais… Le temps rend les choses plus faciles à vivre (ca fera bientot 7 ans) , mais je le porte dans mon coeur à tout jamais, ce petit être parti trop tôt…

  4. Maman de Thomas Répondre

    Ton texte est tellement vrai. Mon histoire est similaire. Mon plus jeune aimerait tellement pouvoir jouer avec son grand frère! Pour nous deux, il fait partie de notre réalité, malgré le fait qu’il n’a Jamais eu la chance de le côtoyer. On pense et on parle de lui très souvent. On a hâte d’un jour être tous réunis. Pour l’instant il veille sur nous. On y croit et ça nous fait du bien. Presque 12 ans maintenant. Avec le temps et avec les étrangers, j’ose le dire quelques fois. Je trouve, surprenament, qu’on peut en discuter plus facilement selon moi… ou différemment. D’autres fois, avec des proches, les émotions refont surface. Peut importe à qui ou comment, c’est à la limite thérapeutique. Le deuil périnatal est la chose la plus difficile à surmonter dans une vie à mon avis et mérite de ne pas être tabou. Bon courage.

  5. Allvira Répondre

    Bonjour,
    Je comprends tellement votre douleur.
    J’ai eu 2 enfants, mon 1er est mon Prince des Etoiles né sans vie le 14 mai 2018 (IMG) et ma fille, presque 8 mois née le 31 mai 2019
    Mon fils s’appelle Zachary et je ne supporte pas qu’on l’appelle Zach. Ma fille s’appelle Evîe, qui signifie Source de Vie
    Je parle de lui même hors de mon cercle proche, ceux que cela dérange tant pis, il n’a peut-être pas respiré et donc existé pour ces gens là mais pour moi il est mon fils, mon ange et notre protecteur
    J’aime mes deux enfants, même si la peur de finir par aimer plus ma fille au fil des années est présente
    Courage à vous

  6. Line Garand Répondre

    Moi j’ai perdu un fils de 19 ans Michael et pour beaucoup il n’aime pas en parler mais moi j’ai besoin d’en parler. Il reste mon fils même s’il n’est plus. Le 12 avril ca va faire 13 ans

  7. Claudette Répondre

    Bonjour,

    Si je vous rencontrais j’aimerais que vous me parliez de lui…et de vous…quel est son nom?

    Avec Amour,

    Claudette

  8. Stephanie Répondre

    Bonjour Melanie, je compatis de tout coeur avec toi. Tu sais, les gens n’en parlent pas avec toi pas parce que le sujet est tabou, mais plutôt qu’ils ne savent pas comment réagir face à ta peine et ta douleur. La société actuelle fait en sorte que nous ne savons pas comment réagir quand les émotions nous envahissent. J’ai vécu quelque chose de similaire quand mes enfants ont été victimes d’agression sexuelle. Alors que je disais à mes enfants qu’ile ne devaient pas avoir honte, que ce n’était pas de peur faute, l’école me demandait de leur dire de ne pas en parler aux autres… J’ai refusé et je peur ai dis qu’il devrait en profiter pour ouvrir la discussion, faire de la sensibilisation, de la prévention. Si tu as besoin d’en parler, parles-en. C’est aux autres à apprendre à gérer leurs émotions. Tu as assez à gérer les tiennes. Tu peux leur dire aux gens : Je n’ai pas besoin que tu me dises rien, juste que tu m’écoutes… Bon courage à toi!

    1. Julie Répondre

      💜😍💜 très bien dit et j’espère que plusieurs verront, et surtout, liront avec le coeur ton inspirant message !

  9. Catherine Haché Répondre

    Moi, je dis que j’ai 4 enfants, dont 3 vivants. Mon petit Mikaël est très présent a mon esprit, même s’il est né a 20 sem, il y a presque 10 ans. Je l’ai dorloté et chéri dans mes bras durant ses 3h de vie. Ce petit être d’une lbs et demi, long comme la main de mon mari, qui nous a laissé un vide en nous quittant si tôt. Ici aussi, je garde sa mémoire vivante, pour nous il a existé. Mes garçons et ma fille ont un petit et un grand frère (dans le cas de mon plus jeune). Je suis d’accord que c’est triste que ce soit tabou, en 2020. C’est pourquoi il ne faut pas arrêter d’en parler…et justement, de s’ouvrir a ceux qui l’ont vécu en leur permettant d’en parler ouvertement. Continuons de conscientiser les gens de notre entourage !
    Bravo pour ce magnifique texte !

  10. Jessica O’C Répondre

    Bonjour,

    Hier, cela a fait quatre mois que ma fille est « née ». J’avais appris deux jours plus tôt, à 38 semaines de grossesse, que son cœur s’était arrêté…

    Je te souhaite bon courage et mes condoléances pour ce petit garçon tant aimé…

    D’une autre maman qui dit qu’elle a deux enfants et non trois…

  11. Véronique Répondre

    Je n’ai pas d’enfants, je n’ai rien vécu de semblable. Mais un simple petit mot pour apporter peut-être une réflexion ou un regard extérieur. Les gens qui évitent le sujet, peut-être le font-il parce qu’ils ont peur d’être maladroits, ne savent pas comment l’aborder ou se demandent simplement si vous avez envie d’en parler ou pas… Je ne le vois pas comme un tabou, mais le simple fait que les gens ne veulent pas faire de gaffe en replongeant la maman endeuillée dans sa peine sans trop savoir si c’est correct ou pas. En tout cas, personnellement, je serais du genre à prêter oreille si la jeune femme m’en parle, mais j’attendrais qu’elle en parle pour être sure que c’est bien ce dont elle a envie, en parler :-). Chaque personne est différente et c’est un peu difficile de savoir les façons de réagir de chacun. Sur ce, votre histoire me touche beaucoup, gardez courage!

  12. Marie-Ève Répondre

    Je pleure beaucoup en lisant tous ces témoignages, mais je souris aussi de voir que nous ne sommes pas seules à vivre le deuil d’un enfant mort-né. Ma petite Marie-Fleur de 22 semaines et 4 jours est venue au monde le 11 octobre 2019, atteinte d’une maladie létale, elle n’aurait pas survécu. Nous avons décidé, son père et moi, d’interrompre la grossesse. C’est, à ce jour, la plus grande épreuve de ma vie. C’est mon premier enfant. Reste que nous sommes désormais des parents. Je vis beaucoup d’anxiété sociale depuis l’intervention. Je me dis que les gens cachent leur trop grande sensibilité à mon égard quand ils évitent le sujet. J’espère que la prochaine grossesse nous permettra de parler plus librement d’elle. Merci de lever le voile sur ce tabou social qu’est le deuil périnatal. Nos bébés ont existé, nous les avons aimés et les aimerons toujours. Je t’aime ma petite géante aux grands pieds Xxx

  13. D Répondre

    Nous avons perdu notre deuxième enfant (première fille) à 39 semaines. Nous aurions choisi de planifier une césarienne, elle serait peut être en vie. Nous avons choisi d’accoucher par voie basse après une césarienne d’urgence pour notre premier enfant (garçon). Non seulement, ma conjointe a d’abord tenté d’accoucher notre fille morte par voie basse et poussé pendant 3 heures, mais cela a fini en césarienne. Plusieurs conséquences à ajouter à toute la douleur de l’épreuve : une convalescence avec un enfant en bas âge à la maison, une césarienne “obligatoire” pour un éventuel 3e enfant et une horrible sensation de perte de contrôle total sur toute la situation. Nous sommes “expatriés” loin de notre famille mais le réseau d’amis local s’est révélé extrêmement fiable. Oui, du support existe, des groupes de soutien, etc. On se retrouve seul avec sa douleur, son manque, son sentiment d’injustice… seul le temps aide à faire passer les choses. L’entourage a des réactions diverses : nous devions en consoler certains nous mêmes (!), certains voulaient faire quelque chose mais ne savaient ni quoi ni comment, certains evitaient simplement d’en parler. Le plus déroutant a été d’expliquer à notre fils de 2 ans que sa petite soeur est décédée et qu’elle ne viendrait pas a la maison.
    Je sais que ma femme n’a pas terminé son deuil meme si nous avons eu un autre garçon…
    La vie continue, la sensibilité des gens est très variable, mieux vaut en parler avec des proches qui ont compris notre douleur et qui sont en mesure de nous accompagner dans notre cheminement.
    Merci pour votre article.

  14. Doune Répondre

    Des fois on a juste envie d’en parler,mais les gens pensent qu’on devrait oublier et passer à autre chose ,mais malheureusement on ne peut pas.cela fait plus d’un an pour moi,et pas un jour sans que je ne pense a ce petit être qui était mort-né.

  15. Manon Répondre

    C’est difficile et rare sont les gens qui comprennent faut l’avoir vécue pour comprendre c’est un morceaux de ton coeur qui est arraché a jamais. Ca fait mal tellement mal. Mon petit garcon aurait eu 22 ans le 18 Octobre 2020

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