À toi, la mère que j’ai jugée à l’épicerie

kid cry at grocery

Quand je t’ai vue pour la première fois, je t’ai méprisée. Tu étais là, dans l’allée des céréales, pendant que ton petit faisait une crise sur le plancher. Le ton neutre, la colonne molle et l’attitude d’une fainéante. Je t’ai jugée aussi quand, au parc, tu regardais ton téléphone, ignorant les soixante-trois pirouettes identiques de ton enfant qui souhaitait tant que tu sois la fan #1. Et je n’ai pas plus non plus m’empêcher d’émettre un jugement quand j’ai constaté que tes enfants connaissaient davantage le nom des personnages de Disney que celui des légumes de ton potager. Comment pouvais-tu être si négligente face à une enfance qui ne reviendrait pas?

Toutes ces fois-là, je me suis dit que j’aurais fait une bien meilleure mère que toi. Du fond de mon quatre et demi, avec mon teint reposé et mon chat sur les genoux, j’entrevoyais déjà mon rôle de mère comme celles des séries américaines; pas comme toi, la fainéante du supermarché ou la soumise de la technologie. Mes plans étaient dessinés, mes intentions louables, j’avais noté trente-sept références Google sur les bienfaits de la lavande pour garder mon calme, une panoplie de recettes santé, fait la liste des meilleurs jouets sans BPA et celle de tous les produits naturels pour soulager les poussées dentaires.

Puis je suis devenue mère et depuis, j’ai dévalé l’allée des céréales plus de fois que bien des parents jusqu’au jour où j’ai cessé de le faire. Maintenant, je change tout simplement d’allée en remerciant le déni d’exister. J’ai essayé plusieurs bancs de parc et j’ai accepté de manquer les sempiternelles pirouettes de mes enfants; on va se l’avouer, ça finit par être barbant. Non seulement mes enfants connaissent les princesses Disney, mais les dessins animés de Netflix et les chansons sur Youtube. Ensuite, je me suis mise à lire tous ces blogues sur la rébellion des mères et je me suis noyée dans l’indignité et le p’tit rosé.

Toi la fainéante du supermarché, j’ai cessé de te juger quand j’ai compris ce que tu vivais depuis 5h32 du matin. À toi, l’ignorante du parc, j’ai réalisé que ces treize minutes de pirouettes te servaient à reniper ta santé mentale et ta jauge d’énergie et que pendant le temps que ton enfant passait devant un écran, tu pouvais préparer des repas chauds et respirer l’odeur des draps frais.

Alors je tiens à t’offrir mes plus sincères excuses; l’empathie m’a appris plus que les livres n’ont pu le faire. Qu’on se le dise, bien souvent, encore aujourd’hui, je te suggère des livres que je n’ai pas eu le temps de lire, des trucs que je n’applique pas, des tableaux dont je remets en doute l’efficacité, mais quand tu me racontes, je t’écoute et te comprends.

Tout ce que j’essaie de faire maintenant, c’est d’élargir ton éventail de solutions pour t’éviter de perdre la tête, de t’apprendre à revoir tes priorités, à changer tes perceptions, à te rassurer sur le rôle le plus important de ta vie, celui où tu te négliges et te dévalorises.

Tu es une bonne mère, et ce, même si tu dépasses parfois tes limites.

Jenny Fourcaudot
JENNY FOURCAUDOT

Une réflexion sur “À toi, la mère que j’ai jugée à l’épicerie

  1. Sarah De Carufel Répondre

    Bravo Jenny pour ce beau texte! Il me rejoint beaucoup!! 😉

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