À toi, maman d’un petit guerrier

sick kid at hospital

À toi, maman d’un petit guerrier,

Un jour, tout allait bien. Puis en l’espace de quelques minutes, tout a basculé.

Ton enfant, la prunelle de tes yeux, la chair de ta chair, est malade, gravement malade.

Le médecin n’est pas passé par quatre chemins pour te l’annoncer. Il te l’a dit tout simplement. Parce qu’honnêtement, il n’y a pas de bonne manière d’annoncer ça et qu’il sait très bien au fond de lui qu’il vient de te faire vivre la pire journée de ta vie, qu’il t’a dit les mots qu’aucun parent ne veut entendre : cancer. C’est le côté ingrat de son travail; sa passion c’est l’humain, l’enfant, c’est trouver tout ce qu’il faut pour le guérir, mais ça commence toujours avec la job ingrate de détruire le cœur de ses parents.

Tout autour de toi, le monde continu de tourner. Mais ton monde à toi, il ne tourne plus comme avant. Tout vient de s’effondrer. Ça tourne carré. Plus rien ne sera plus comme avant.

Pour toi, il y a un avant et il y a maintenant.

Avant, ton cœur allait bien. Maintenant, il est coincé dans un étau. L’inquiétude le comprime tous les jours et toutes les nuits.

Tu viens de mettre les pieds dans le train d’une montagne russe pour laquelle tu ne voulais pas de billet. Tu vas y vivre des hauts et des bas. Des bas, plus bas que tu ne l’aurais cru possible. Et des hauts encore plus vertigineux que tu n’aurais pu l’imaginer. Des montées lentes, mais réconfortantes. Des descentes fracassantes. Et des vagues d’émotions qui te font apprécier la vie différemment.

Avant, tes journées étaient bien remplies. Maintenant, il n’y a rien de plus beau qu’une journée pendant laquelle il ne se passe rien.

Tu étais si prévoyante. Le chef de ta tribu. Tu planifiais tout au quart de tour dans ta vie. Métro, boulot, dodo. Pas de place à l’imprévu, à la surprise, à l’inattendu. Maintenant que tu vis le pire imprévu de ta vie, tu as appris à vivre au jour le jour, pour vrai. Pas juste de le dire parce que c’est à la mode d’avoir l’air zen; tu vis dans le présent, à la minute près. Parce que le futur te renvoie de sombres possibilités. Que tu ne veux pas aller là. Alors tu te concentres sur ce qui se passe maintenant et apprécies chaque minutes que la vie te donne avec ton enfant. De tout façon, c’est impossible de prévoir quoi que ce soit. Tout dépend de comment ça va aller demain. La seule chose à ton agenda sont des rendez-vous à l’hôpital. Des traitements, des examens, des spécialistes et tu te surprends à t’ennuyer du temps où c’était difficile d’avoir rendez-vous avec un médecin.

Avant tu vivais à un rythme effréné à la poursuite du bonheur. Maintenant, tu avances doucement dans la vie et tu réalises que le bonheur se trouve dans les choses simples.

Se réveiller le matin dans ton propre lit plutôt que sur la banquette douteuse d’une chambre d’hôpital. Une nuit sans douleur. Une journée sans douleur. Voir ton enfant sourire. Un rire aux éclats. Respirer l’air pur. Un ¨Je t’aime maman!¨ Des mots si simples que tu redoutes de ne plus jamais entendre lorsque tu te retrouves seule dans ton lit le soir et tu t’autorises à verser quelques larmes.

Avant, tu disais que tu ne saurais pas quoi faire si ton enfant tombait malade et que c’était la pire chose qui pouvait t’arriver. Maintenant que cette « pire chose » est arrivée, tu as trouvé une force en toi que tu ne soupçonnais même pas avoir.

Tu as décidé de rester forte, de garder espoir. Même si parfois tu te demandes si tu vas tenir le coup et que t’as le goût de baisser les bras, tu y arrives. Parce que l’amour pour ton enfant est plus fort que tout. Parce que ton petit combattant qui souffre et qui endure tous ces traitements, garde le sourire. Parce que chaque jour, il t’apprend la résilience.

Avant, tu t’en faisait avec tout et pour rien. Maintenant, tu choisis tes combats.

Tes priorités ont changé. La vaisselle sale qui s’accumule, les paniers de linge qui débordent et tous les tracas du quotidien ne te dérangent plus. Malheureusement, en échange, une petite toux, un nez qui coule, une légère fièvre sont angoissants. Parce que ça te vaut une visite automatique à l’hôpital et que ça pourrait être bien pire qu’un simple rhume.

Je sais qu’au fond de toi, tu voudrais revenir à ta vie d’avant, mais tu sais comme moi que c’est impossible. Sache que tu n’es pas seule dans ton monde qui tourne carré; tout autour de toi gravitent aussi d’autres mamans qui vivent la même chose que toi. Prends le temps de jaser un peu avec elles entre deux rendez-vous; quand on se rend compte que nous sommes plusieurs dans ce monde qui ne tourne pas rond, le quotidien devient moins lourd et on réalise parfois que, faute de santé, dans notre monde qui tourne carré, le temps file moins vite et tous les petits bonheurs goûtent meilleur parce qu’on sait en apprécier toute la valeur.

Crédit : wuttichai tongsuk/Shutterstock.com
Caroline Bolduc
CAROLINE BOLDUC

18 thoughts on “À toi, maman d’un petit guerrier

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *