À mon garçon qui a souri jusqu’à la fin

baby hand in cribble

Cette nuit, ta grande sœur est venue me rejoindre dans mon lit. Elle dormait mal à cause de son gros rhume et voulait le réconfort de maman. Blottie contre moi, elle m’a dit qu’elle était trop bien avant de se rendormir paisiblement. Ça m’a tout de suite rappelé toutes les nuits difficiles que j’ai passées à l’hôpital avec toi, pendant tous ces mois où tu te battais contre la leucémie. En regardant ta sœur collée contre moi, je n’ai pas pu m’empêcher de m’imaginer ce qui se passait dans ta tête pendant tes traitements.

Tu étais beaucoup trop jeune pour comprendre que tous ces maux t’étaient infligés afin de te sauver la vie. Les médicaments qui te rendaient malade et te donnaient des démangeaisons horribles visaient à combattre les mauvaises cellules qui te détruisaient de l’intérieur. Tu n’avais que quelques mois, mais tu savais qu’il se passait quelque chose en voyant les infirmiers et infirmières arriver avec leur masque couvrant leurs yeux, leurs gros gants et leur jaquette en plastique pour t’administrer ta chimio.

Ton papa et moi avions le cœur brisé de te voir endurer autant de souffrances, mais tu continuais de sourire. Tant que tu étais dans les bras de maman ou de papa et que ta sœur venait te visiter les fins de semaine, tu étais heureux. Ta force nous donnait le courage de continuer de nous battre à tes côtés avec espoir, de continuer à sourire nous aussi malgré l’horreur que nous vivions.

Tu étais heureux jour après jour. Mais tu vivais dans la peur, car chaque jour apportait son lot de traitements et de tests. À quoi pensais-tu quand on te réveillait chaque matin pour te piquer? Quand on t’insérait un tube dans le nez? Quand on t’immobilisait pour changer tes pansements? Quand on te faisait des biopsies? Te demandais-tu pourquoi je ne t’aidais pas? Te sentais-tu trahi? Si tu avais été assez grand pour parler, m’aurais-tu demandé de te sauver?

Le jour de ton décès, tu étais particulièrement colleux. Tu ne me laissais même pas te déposer pour te déshabiller. J’ai dû lever le ton pour que tu me laisses te mettre sur le lit ne serait-ce qu’un instant. Je me souviens encore de ton regard triste. Savais-tu que tu allais me quitter à peine deux heures plus tard? Voulais-tu me coller pendant le peu de temps qu’il nous restait? Quand tu as ouvert les yeux pour prendre ton dernier souffle, était-ce pour me voir une dernière fois?

On m’a souvent dit que tu avais reçu plus d’amour durant tes seize mois de vie que beaucoup de gens dans toute leur vie. C’est probablement vrai. Le personnel me chicanait souvent parce que j’attendais de virer au jaune pour aller aux toilettes. Tu étais toujours dans mes bras, ceux de papa ou dans le porte-bébé. Quand tu as appris à marcher, on te courait après en poussant ton poteau à soluté, sous les rires de ceux que tu croisais. Tu as reçu des millions de bisous et de câlins, et tu nous en as donnés tout autant. Je sais que j’ai tout fait pour toi et que je t’ai tout donné. Mais je n’ai pas pu te sauver de ces souffrances et de ton départ beaucoup trop prématuré. Perché sur ton étoile, j’espère que tu me pardonnes de ne pas avoir pu te sauver et que tu sais que je t’aime à l’infini.

Anne Boucher
ANNE BOUCHER

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