Vive les moules carrés

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Je suis vraiment écœurée des gens qui pensent que tous les enfants qui ne fitent pas dans le moule sont automatiquement “malades”. Comme si être différent, c’était mal. Comme si on flushait la possibilité d’offrir à un enfant la chance de s’aimer comme il est dès sa plus tendre enfance. Bonjour les psychothérapies à l’âge adulte (et même avant).

C’est cru et ça fait mal, mais comment peut-on être surpris de constater que les soins en santé mentale ne fournissent pas et que le taux de suicide chez les jeunes n’arrête pas d’augmenter dans un contexte pareil ?

Dès qu’un enfant est distrait en classe et que ses notes chutent le moindrement, tout le monde pense automatiquement qu’il doit avoir un trouble quelconque sans jamais se demander si ce n’est pas plutôt le système d’éducation qui ne lui convient pas. Cet enfant-là, facilement dans la lune, n’aime peut-être pas ça l’anglais, les maths ou les sciences ? Toi, quand t’étais jeune, tu étais concentré en permanence à l’école? Tu n’avais pas de fourmis dans les jambes et tu ne ressentais jamais l’envie irrépressible d’aller courir dans la cour de récréation ? À six ans, t’aimais sincèrement toutes les matières ?

Quand ton enfant s’exprime, que ce soit par des pleurs, des crises et même par des coups, il n’essaie pas de te convaincre qu’il doit être diagnostiqué et il n’essaie pas non plus de te signifier son envie de prendre des pilules; il essaie seulement de te démontrer que quelque chose ne va pas et ce quelque chose-là n’a fort probablement rien à voir avec ses neurotransmetteurs. Peut-être même qu’il essaie, tout simplement, d’extérioriser son sentiment d’être mis à part par une société trop conformiste. Veux-tu un enfant ou un soldat ?

Qui te dit que les réactions de ton p’tit ne proviennent tout simplement pas du fait qu’il se sent incompris ? Tu serais content toi, si on t’empêchait de vivre et d’être celui que tu as envie d’être en permanence ?Tu serais heureux toi, si on te rappelait sans cesse que tu dois faire comme les autres dans un monde où les règles, la norme et l’apparence comptent tellement ?

J’aimerais te dire que les diagnostics n’existent pas. Ce serait tellement plus beau et doux dans le cœur de tous les enfants comme dans celui de tous les parents. Malheureusement, ce n’est pas le cas et je sais que c’est très dur pour beaucoup beaucoup de parents. Mais s’il te plaît, arrête de penser que si ton enfant sort du moule, c’est clairement parce qu’un diagnostic lui pend au bout du nez.

Qu’on se comprenne bien, je te comprends d’être à boutte par moments quand ton enfant sort des sentiers battus. De ne parfois voir que le gris dans son comportement. De te dire que ce n’est pas normal, qu’avec son frère tout va bien mais qu’avec lui, c’est différent. Ce n’est pas facile de miser sur le positif quand le négatif assombrit l’harmonie de ton cocon familial. Élever, éduquer un enfant, c’est la plus belle et la plus difficile des aventures. Mais ça, c’est comme le mariage, pour le meilleur et pour le pire.

Chaque enfant est unique, différent et c’est ce qui crée la beauté de la vie. Chaque humain vient avec son lot de forces et de faiblesses et c’est ce qui fait qu’il l’est, humain.

Quand on donne la vie à quelqu’un, ce n’est pas pour en faire la copie d’un être qui existe déjà; c’est pour créer quelqu’un qui, à sa façon, se fera une place dans ce monde si particulier.

Les enfants ne sont pas tous faits pour être dans des moules bien ronds. Il y en a qui fitent, d’autres moins et d’autres pas et c’est parfait comme ça. Pour ma part, je suis fière d’avoir engendré une petite fille qui sort du lot, qui ne sera pas jamais un “no name parmi d’autres no name”. Je veux, je souhaite, qu’elle puisse s’aimer comme elle est, avec tous ses défauts et ses qualités et ma job est de miser sur ses forces pour tenter d’atténuer ses défauts ou de mieux dealer avec.

Si ton enfant ne rentre pas dans le moule lui non plus, je te suggère fortement de miser sur son côté lumineux plutôt que de passer ton temps à t’attarder sur son côté sombre et de considérer ces petits angles droits qui dépassent du moule comme sa plus grande force.

Vive les moules carrés.

Margaux MacKay
MARGAUX MACKAY

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