À la petite fille de Granby

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À toi, la petite fille de Granby,

Cette semaine, comme beaucoup de parents, j’ai envie de pleurer, j’ai envie de vomir et j’ai peur. Peur de ne pas savoir où s’en va notre monde ou pire, de le savoir justement. Mon cœur dévasté ne cesse de s’indigner.

J’ai lu ton histoire. Pour être tout à fait honnête avec toi, mon cerveau et mon coeur, surtout mon cœur, ont vite fait d’essayer d’oublier et j’ai tenté tant bien que mal de ne plus y repenser.
Mais je ne peux pas. J’en suis incapable. Comment oublier ton histoire ? Ta vie. Ta mort.

À toi, la petite fille de Granby,

Je tiens à m’excuser au nom de notre société malade. Nous n’avons pas été en mesure de te protéger comme tu aurais dû l’être. Nous n’avons pas pu te protéger de ton propre père. Je suis tellement désolée que tu aies été élevée par un homme qui n’en était pas capable. Quand je pense au court séjour d’enfer que tu as vécu dans notre monde, je suis tellement en colère, si tu savais. J’aurais envie de tout détruire, de brasser les choses pour que cette vie que ce que tu as vécue ne se reproduise plus jamais. Jamais.

À toi, la petite fille de Granby,

Si tu étais devant moi aujourd’hui, je te prendrais dans mes bras, je te dirais que je t’aime et je soignerais tes blessures. Celles qui sont apparentes et celles qui ne le sont pas.

Avant de partir pour de bon, il faut que tu saches, princesse, que des gens autour de toi t’aimaient, qu’ils t’aiment toujours très fort et qu’ils ont terriblement de peine pour toi. J’espère que tu le savais. J’espère que tu savais que des gens se battaient pour toi, pour ton bonheur et ta sécurité. Ils ont tenté de te sortir de là. Ils voulaient tellement s’occuper de toi, t’aimer et t’accompagner pour te reconstruire et te donner une vie meilleure.

À toi, la petite fille de Granby,

J’aimerais aussi que tu saches qu’il y a beaucoup de gens qui font de leur mieux pour sauver tous les enfants qui se retrouvent dans de mauvaises familles comme la tienne. Il se donnent corps et âme afin de les préserver et de leurs donner tout ce dont ils ont besoin pour grandir sainement. Le problème, c’est que c’est long. Beaucoup trop long. Le temps passe et les blessures se multiplient.

Quand je pense à toi, par moments, je me dis que tu as eu tellement mal que c’est peut-être mieux ainsi puis je réalise à quel point c’est odieux, aberrant de penser ça. Comment peut-on préférer la mort d’un enfant à sa vie ?

Je ne peux pas croire qu’encore aujourd’hui, des histoires d’horreur comme la tienne continuent de se produire. Dans quel monde vit-on ? Les procédures. La paperasse qui ne finit plus. Les mauvais jugements, faute de preuves. Quelles preuves faut-il pour sauver un enfant? Comment se fait-il que le fait que quelqu’un ait été violent avec lui ne suffise pas? En quel honneur tolère-t-on qu’un enfant soit violenté ? Qu’on le retourne tout bonnement dans son foyer violent en attendant plus de preuves, plus de bleus, plus de coups, plus de négligence… ?Comment peut-on en arriver à ne pas prévenir la mort alors qu’on la voit venir de si loin ? On nous dit d’un côté de signaler toute forme de violence devant le moindre doute et de l’autre que nos signalements ne sont pas assez graves, pas assez répétitifs et pas assez violents. Nous pourrions épargner tant de vies si le système était plus rapide, mieux formé et surtout moins tolérant.

À toi, la petite fille de Granby,

Je m’excuse tellement. Mais ça ne sert à rien. Il est trop tard.

J’aimerais te promettre que ça n’arrivera plus, qu’on va tous se battre pour te défendre toi, et tous les enfants qui vivent la même situation que la tienne. Mais tant et aussi longtemps que le système ne révisera pas ses méthodes, je crains que bien d’autres amis te rejoignent là-haut.

À toi, la petite fille de Granby,

Le système n’aurait jamais dû te laisser mourir et faute de mieux, j’espère que ta vie sera plus douce maintenant.

logo parfaite maman cinglante

7 thoughts on “À la petite fille de Granby

  1. Richard Degré Répondre

    Super bien dit , nous sommes tous en harmonie avec vos écrits et bien malheureux que encore aujourd’hui en 2019 nous vivons des choses semblable

  2. Verena Répondre

    J’ai pleuré longtemps. Douloureusement.
    Aujourd’hui, comme vous, j’ai lu les articles qui ont témoigner de ce drame; un drame pour l’humanité. Qui sommes nous? Oui. Une société malade. Qui a perdu une valeur essentielle: l’amour.
    Comment puis-je continuer de défendre la nature et la biodiversité dans le cadre de mon travail quand je lis ça, dans notre société, y’a de jeunes enfants qui subissent autant de mal, au sain de leur foyer. Comment un parent peut oser faire subir une telle maltraitante à son enfant; un petit être aussi fragile et qui ne demande qu’a être aimé et accompagner dans son développement.
    Un petit être qu’on a mis au monde. Notre avenir.

    .. notre avenir. Pour faire cela, il ne faut pas se respecter, ni respecter les autres; il faut être carrément vide de l’interieur.

    Je viens de terminer la série podcast traffic qui parle de l’exploitation sexuelle de jeunes adolescentes… j’etais déjà sensible émotionnellement à la fin des 6 émissions et j’apprend ce tragique événement. Comme vous l’ecrivez Ici, nous faisons partie d’une societe malade.
    Une société malade sur une planète malade.

    Le dérèglement est profond et à l’intérieur de nous.

    Pour mon garçon, que j’ai désiré des années, et qui est aujourd’hui avec nous, je souhaite de vivre dans un monde différent où les gens s’aiment et s’entraident.

    ❤️ Petite fille de Granby.

  3. Jean-Sébastien Dufault Répondre

    Je ne peux pas comprendre comment un pere de famille puisse agir comme sa avec sa propre fille comment peut on mettre un enfant au monde pour lui faire subir de tel chose meme si le pere raconte ne pas avoir eu laide approprié cest impardonnable cest sa responsabilité au pire daller a la dpj pour leur donner la petite fille jai 3 enfants et ma conjointe 4 jai eu souvent le gout de leur tapper une fesse mais non et la dpj quelle joke gang de cave sa ouvre des dossier pour des parent qui se chicane mais pas pour une histoire comme celle la 1 morceau de robot pour ses maudit sans genie

  4. Marie-Édith Roy Répondre

    Oufs! TELLEMENT vrai tout ça. À chaque fois que je pense à elle, je me mets à pleurer. C’est plus fort que moi…

  5. Mélanie kingsbury Répondre

    C’est dégueulasse cette situation un enfant mérite pas au tend de souffrance et de torture c’est au parent de prendre leurs responsabilités et si il sont pas capable ton qua pas avoir d’enfant mais c’est pas correct de torturer un enfant moi même je suis passer par plein de moment de torture dans ma vie j’espère que le message est clair

  6. Myriam Lessard Répondre

    N.B. dans ce texte le ”toi” désigne M. et Mme tout le monde
    On se scandalise, on traite les parents de monstres et les intervenants d’incompétents. Puis on oublie quelques jours après, revenant à nos petites affaires qui vont bien.
    Tu te dis cela et te réconfortes en te disant que toi tu es, ou serais bien sûr, un très bon parent. Parce que toi, dans la même situation que ce parent, avec les mêmes troubles de santé mentale, le même passé, situation économique, réseau social, le même manque de soutien, etc. etc., toi tu aurais fait beaucoup mieux. Je ne dis pas que ce qui s’est passé est excusable, bien au contraire. Je dis que quand tous les facteurs de risques sont réunis, que t’es tout le temps à bout et que tu n’as pas d’aide, c’est véritablement dangereux. Pour TOUT LE MONDE, même TOI, que tu veuilles y croire ou non. C’est une réalité que je ne souhaite à personne. Une réalité que tu ne veux pas connaître.
    Mais non tu te dis. Tu te crois à l’abri de perdre les pédales un jour. Vraiment? C’est une illusion confortable. Mais si demain tu subis un traumatisme crânien ou émotionnel? Si pendant les 5 prochaines années, tu vis un stress chronique intense qui endommage ton cerveau? Il y a des chances que tu ne sois plus le même, temporairement ou pour toujours. Qui sait ce qui va arriver à partir de là?
    Et aussi, tu te dis que toi, si tu avais été l’intervenante-constamment-dans-le-jus-qui-doit-faire-ce-qu’elle-peut-avec-le-temps-et-les-ressources-qu’elle-a, et qui voit l’horreur de la misère humaine à tous les jours, tu aurais fait beaucoup mieux. Comment peux-tu le savoir?
    C’est infiniment triste, on est d’accord. Mais à quoi bon taper sur la tête de tout le monde? Tu peux chialer contre tout le monde et contre la société. On est bon là-dedans.
    Mais tu peux aussi décider que tu vas mettre de l’avant des valeurs de solidarité et d’entraide.
    Tu peux t’intéresser à ce que vit ton ami, ton frère, ton collègue. L’écouter pour vrai sans jugement et sans lui dire de faire ci ou ça. Lui dire :
    « C’est difficile pour moi de comprendre ta situation mais je vois que ce n’est pas facile ce que tu vis ». (Être entendu et compris, c’est déjà beaucoup)
    « Qu’est-ce qui te ferais du bien? Du répit? Un coup de main? Te changer les idées? »
    « Qu’est-ce que peux faire pour toi? »
    « Pour vrai, je veux que tu m’appelles si ça ne va pas »
    « Qui d’autre pourrais t’aider? Aimerais-tu consulter? »
    Me semble que si on se préoccupait un peu plus des autres au lieu de s’occuper juste de notre petit nombril, il arriverait moins de drames de toutes sortes…
    Merci si tu as fait ce petit examen de conscience.

    Partage/ colle si tu es d’accord

    1. Marie Répondre

      Très bien dit, je n’ai jamais trouvé l’ordre dans ma tête pour expliquer avec autant de justesse ce que tu as décrit. Merci de parler et d’utiliser tes ressources personnelles pour ouvrir le cœur des gens

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