Mon amour, je vieillis

man woman kiss in kitchen

Mon amour, je vieillis.

Je les vois, ces cheveux blancs qui se multiplient de jour en jour. Ma tempe droite est la malheureuse victime de cet envahissement et mes stratagèmes pour le cacher sont de moins en moins efficaces. Bientôt, je devrai aller chez la coiffeuse par nécessité, plutôt que pour le trip de changer de tête et redonner du houmpf à mon sex-appeal.

Je les vois, ces fines lignes qui se pointent au coin de mes yeux. Je me dis que j’aurais dû commencer la crème anti-âge à vingt ans, mais, clairement, il est maintenant trop tard pour penser à la prévention. J’essaie de me convaincre qu’elles sont le signe de mes nombreux fous rires, mais en vain.

Je les vois, ces kilos en trop qui s’accumulent sournoisement au fil des ans. Petit à petit, ils font leur nid autour de ma taille et de mes cuisses et, malgré tous mes efforts, ils sont de plus en plus difficiles à faire partir. Toujours me priver, calculer, dépenser, couper, portionner, ce n’est pas la vie que je veux mener. Je veux m’émerveiller, goûter, découvrir, profiter. Je veux savourer ma vie, pas la restreindre.

Je les vois, ces fines lignes bleutées qui apparaissent sur mes jambes. Une raison de plus pour préférer les espadrilles aux talons hauts. J’essaie de contrôler les dommages mais, je dois me rendre à l’évidence, mes jambes, que je trouvais pas mal de mon goût autrefois, portent maintenant elles aussi des stigmates laissés par le temps. Sans parler de mes cuisses, qu’il m’est de plus en plus difficile d’exhiber sans penser à leur peau toute cabossée.

Je la sens, cette énergie qui diminue, comme si j’étais toujours sur la fin d’un marathon, plutôt que sur la ligne de départ du sprint. Les journées sont une course folle perpétuelle. Il fut une époque où j’attendais fébrilement le vendredi soir, impatiente de me faire belle pour sortir danser jusqu’aux petites heures. Maintenant, sitôt 16h00 sonné, je m’empresse d’aller chercher une boîte jaune ou rouge contenant notre souper, de mettre mon jogging et de me verser un verre de vin devant la télé. Pas très sexy, je sais. Sans parler des samedis soirs, qui me semblent parfaits seulement quand il n’y a rien d’écrit dans la case du calendrier familial, ce calendrier dont j’ai absolument besoin pour pallier mes trous de mémoire, qui sont de plus en plus fréquents.

Je les sens ces petits bobos qui sortent, ceux plus longs à guérir comme ceux avec lesquels je devrai apprendre à vivre. La petite raideur du matin. Le genou qui craque. La digestion plus lente. La migraine qui me guette constamment. Autant de petites raisons de me plaindre quotidiennement. Comme si une vieille chialeuse prenait possession de moi, lentement mais sûrement.

Je m’entends quand je juge les filles de vingt ans qui sont toujours habillées de façon trop indécente à mon goût, trop de maquillage, trop de faux cils, la jupe trop courte. Dans le fond, il faut bien se l’avouer, je suis juste clairement jalouse de la fermeté de leurs fesses, de leurs seins ronds et aériens, de leur peau parfaite. Je suis jalouse d’elles qui prennent tout ça pour acquis, qui ont l’impression que ça durera toujours. Je suis jalouse du temps qu’elles ont devant elle pour profiter de leur jeunesse.

Mon amour, je me vois vieillir.

Je sais que tu le vois aussi.

Pourtant, dans tes yeux, je me vois toujours aussi belle. Merci de me regarder comme si j’avais vingt ans pour toujours. Comme si j’étais la plus belle femme du monde. Comme si le temps n’avait pas d’emprise sur moi. Comme si je ne prenais pas d’âge. Vieillir à tes côtés, ça me fait un peu moins peur.

Maude Tweddell
MAUDE TWEDDELL

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