À toi, la maman inquiète

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Être maman, c’est un accomplissement, une vocation, une mission, un rôle, une chance, un miracle. C’est pour le meilleur. Mais c’est aussi pour le pire. Ce pire, insidieux et invisible, qui refait surface surtout dès que tu es seule et que tu peux prendre du temps pour toi, pour te reposer ou pour être quelqu’un d’autre qu’une maman l’instant d’un court moment : une amie, une amoureuse, une sœur. Cette petite voix qui ne cesse de te tourmenter et qui te susurre des histoires farfelues à l’oreille auxquelles tu t’accroches et tu crois sans demander à ta logique ce qu’elle en pense. Telle une schizophrène, tu écoutes cette petite voix, qui n’est sûrement pas la tienne, disperser dans ton esprit des images tout droit sorties de films d’horreur de série B. Tu imagines de l’eau qui s’infiltre dans ses poumons, une auto qui le propulse sur la chaussée, les crocs d’un animal qui percent sa petite peau, la faim et la soif qui l’assaillent, le craquement de son cou après une chute dans l’escalier, un sou qui bloque son œsophage…

L’Inquiétude avec un grand I, cette tare de la maternité qui te gruge de l’intérieur, est responsable de plusieurs scénarios improbables et tus par respect pour l’intelligence de tes proches. Avec l’absence de tes enfants vient ce cancer qui te ronge et qui te rend vulnérable, déraisonnable, presque misérable. L’inquiétude est vicieuse et sournoise. Comme la bactérie mangeuse de chair, elle t’ampute. Ta raison se sclérose et ton imagination la remplace, incompétente dans son rôle de banalisation. Tu te noies sous une mer d’émotions qui deviennent les principes sur lesquels sont basées toutes tes certitudes.

L’Inquiétude avec un grand I, cette partie de toi que tu refuses d’accepter, que tu ne comprends pas. Elle prend tellement de place et elle te manipule comme une marionnette. Elle te fait faire les cent pas, ronger tes ongles, mordre le dedans de tes joues. Elle te pousse à inventer des prétextes pour appeler. Il doit s’ennuyer de toi et pleurer depuis que tu l’as laissé. Il doit croire que tu l’as abandonné. Il doit se sentir terriblement seul sans toi. Ces pensées te hantent. Elles te font passer pour une vraie folle. Tout est de la faute de l’Inquiétude. Elle te dicte même comment parler, elle commence toutes tes phrases par « et si… » et les conjugue au conditionnel toujours avec le même dénouement : tu serais dévastée et anéantie.

S’il fallait que quelque chose arrive à tes enfants… Cette possibilité, aussi infime soit-elle, prend une ampleur démesurée dans ta vie. Si elle oriente tous tes choix, ne t’inquiète pas, tu es une bonne maman.

Julie Pelletier
JULIE PELLETIER

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