Tu es partie de l’hôpital le ventre vide

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Tu avais les yeux brillants depuis que tu savais que tu portais la vie en toi, pour la première, la troisième ou la dernière fois. Malgré la peur et les inquiétudes qui peuvent venir avec la grossesse, l’excitation et l’amour que tu ressentais étaient tellement plus grands.

Rapidement, tu t’étais mise à imaginer son petit visage, tu avais peut-être déjà annoncé sa venue à la terre entière, peut-être seulement à quelques amis ou peut-être que tu voulais attendre un peu.

Tu avais déjà fait une liste des choses à acheter pour ne rien oublier, et tu avais pensé à quelques noms de petites filles et de petits garçons.

Malgré ta grossesse encore toute jeune, tu ressentais déjà quelques changements dans ton corps et dans ton esprit; il t’arrivait même de passer ta main sur ton ventre encore plat.

Puis un bon matin, un bon soir ou une bonne nuit, ton ciel pourtant si bleu quelques minutes plus tôt s’est assombri pour finalement passer du gris au noir, tout juste avant de s’effondrer sur ta tête.

Le sang qui tachait tes vêtements et tes crampes de plus en plus fortes ont accentué spontanément ton angoisse et une crainte immense s’est installée en toi. En route vers l’hôpital, tu as retenu ton souffle. Il n’y a pas eu une minute où tu n’as pas pleuré mais tu as essayé de garder espoir jusqu’à la fin, même si au fond de toi, tu savais qu’il n’y en avait plus.

Une multitude de questions se sont mises à s’entremêler dans ta tête. Comment c’était arrivé. Qu’est ce que tu n’avais pas fait ou fait qu’il ne fallait pas. La culpabilité s’est pointée.

Tout s’est fait si rapidement; quelques heures plus tôt, tu étais enceinte et rayonnante et soudainement, tu ne l’étais plus et atterrée.

Tu es partie de l’hôpital les mains, le cœur, l’esprit et le ventre vides, avec rien d’autre qu’un nuage noir au-dessus de ta tête et toutes ces questions auxquelles tu n’auras jamais de réponse.

Puis, les jours suivants, tu as lentement effacé les images mentales de la future vie que tu t’étais imaginée. Tu as annoncé la triste nouvelle à ton entourage. Tu as annulé ton prochain rendez-vous de suivi de grossesse. Tu as rangé dans le fond d’un placard la petite suce ou le petit pyjama blanc que tu n’avais pas résisté à acheter la semaine dernière. Tu as arraché la page de ton calepin où tu avais écrit la liste d’articles de bébé à ne pas oublier de te procurer dans les prochains mois.

Malgré le temps, tu as tant bien que mal essayé de faire le deuil d’un trop de choses en même temps. Le deuil du bébé que tu as perdu. Le deuil de la nouvelle vie que tu voyais déjà toute tracée. Le deuil de voir ton plus vieux ou ta plus vieille être grand frère ou grande sœur. Le deuil que tes parents deviennent grands-parents. Le deuil de voir ton chum tenir ce petit dernier dans le creux de ses bras. Le deuil d’être maman pour une première ou peut-être pour une dernière fois.

Il n’y a pas de mot pour apaiser la peine d’avoir fait une fausse couche. Ces mots là n’existent pas encore et n’existeront jamais.

Une petite étoile filante est entrée dans ta vie pour en ressortir aussi vite qu’elle était venue.

Mais n’oublie jamais qu’elle sera toujours auprès de toi dans ton cœur.

Karine Pilotte
KARINE PILOTTE

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