Mon garçon, j’ai peur de vieillir

father hold kid's hand

Mon garçon,

J’ai peur de vieillir. Tu me diras que c’est un peu ridicule, puisque c’est inévitable. Ce serait comme avoir peur de la terre qui tourne autour du soleil ou des Nordiques qui ne reviendront pas.

N’empêche, j’appréhende le jour où je serai vieux. Quand les rôles s’inverseront et que tu devras prendre soin de moi. Quand je ne serai plus le super-héros sur lequel tu pourras t’appuyer.

La vieillesse demeure encore un lointain horizon, mais les années s’additionnent. Ton corps s’allonge et tes traits se définissent au même rythme que ma chevelure s’affine et mes rides se creusent.

La vieillesse est insidieuse. Elle se manifeste tranquillement, un deuil à la fois. Mon corps est déjà moins agile, plus fragile. J’ai commencé à mettre un petit coussin en dessous de mes genoux quand je joue sur le sol avec toi et je grogne en m’agrippant sur un meuble quand je me relève.

Je voudrais être ton papa fort et plein de vitalité pour toujours. Celui que tu regardes avec admiration quand il compte un but au hockey. Celui qui te remonte le moral quand tu as une mauvaise journée. Celui qui t’apprend à écrire, poser une tablette, faire une belle passe au soccer ou cuisiner.

Or, un jour, ce sera toi qui me tiendras la main pour que je ne tombe pas sur un trottoir glacé.

Un jour, tu me rappelleras de prendre mes médicaments.

Un jour, ce sera toi qui vas t’inquiéter si je tombe malade. Qui vas me forcer à aller consulter un médecin même si je te dis que ça va passer.

Un jour, tu vas me chicaner parce que je mange trop de sucre. Tu vas me dire que c’est pas bon pour mon taux de glycémie.

Un jour, tu vas me rappeler d’aller à mes rendez-vous et je vais te répondre que je ne suis pas sénile.

Mais le pire dans tout ça, c’est qu’un jour, tu vas me battre au tennis. Forcément.

Oui, j’ai peur de vieillir. Mais tu as raison lorsque tu me réponds que c’est ridicule. Car si je me rends à ce jour-là, celui où je serai vieux, c’est que j’aurai passé de nombreuses années avec toi, je t’aurai vu grandir et devenir un homme.

Et l’âge est un bien petit prix à payer pour demeurer à tes côtés.

Charles
CHARLES

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