Mes enfants, je n’en peux plus de vous entendre dire que vous avez faim

hungry kid

Mes enfants,

On va mettre quelque chose au clair : je n’en peux plus de vous entendre dire que vous avez faim.

Pas que je ne comprenne pas qu’à l’approche de l’heure des repas, vous commenciez à ressentir le besoin de manger. Pas que je ne comprenne pas que le parfum de la nourriture qui mijote éveille votre envie de vous sustenter. Pas que je ne comprenne pas qu’en milieu d’avant-midi ou d’après-midi, vous ayez envie de vous mettre de quoi sous la dent.

Ce que je ne comprends pas et que je ne peux plus entendre, c’est cette maudite phrase lancée à qui mieux mieux quand je n’ai même pas fini de desservir la table. C’est cette maudite phrase que vous prononcez quand je n’ai même pas fini d’avaler ma dernière bouchée. C’est cette maudite phrase que vous me garrochez alors que vous n’avez même pas fini votre assiette, sous prétexte que vous n’aviez plus faim, deux minutes auparavant.

On va se le dire, vous êtes des trous sans fond et je sais que vous n’êtes pas l’exception qui confirme la règle; chaque enfant passe un jour par là. Mais sérieusement, rendu au point où nous en sommes, manger est pour vous plus un passe-temps qu’un besoin à combler. Vous mangez parce que c’est le fun, pas parce que votre besoin de satiété n’est pas comblé. Vous mangez alors que vous pourriez simplement faire des Lego et du bricolage. Pour vous, une activité comme les autres. Ça passe le temps, ça tue l’ennui. Ça dégourdit votre mâchoire, alors qu’il serait plus profitable de vous dégourdir les pattes à la place.

Et vous ne lâchez pas le morceau (celui de votre prétendue faim) après mon premier, deuxième ni même troisième refus. Tout y passe. Vous agissez comme des petits êtres qui auraient été affamés pendant des jours, des enfants dont le besoin primaire de se nourrir n’aurait pas été comblé depuis des lunes. Si je n’étais pas celle qui vous nourrit huit fois par jour, je pourrais facilement croire en vos supplications et vos lamentations, mais je la connais, votre pièce de théâtre. Et étrangement, j’ai découvert comment y mettre fin : vous amener à penser à autre chose. Faire diversion. Le temps nécessaire pour que votre cerveau enregistre et gobe tout ce qu’il vient tout juste d’avaler et réalise enfin que finalement, il n’a plus faim.

Alors chers enfants, je vais continuer d’être la marâtre qui vous affame et qui ne vous nourrit pas suffisamment pour votre propre bien-être. Parce que le bénéfice que vous procurera cet aliment supplémentaire si convoité, mais non nécessaire, ne le sera qu’à court terme et que le dommage qu’il risque de provoquer à long terme est, à mon avis, beaucoup trop dommageable. Je veux que vous développiez d’autres réflexes que celui de vous tourner vers le frigo ou le garde-manger quand vous vous demandez quoi faire de vos dix doigts parce que la nourriture ne doit en aucun cas, être la réponse appropriée à la gestion de vos émotions, quelles qu’elles soient.

Marie-Claude Lamarre
MARIE-CLAUDE LAMARRE

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