Lettre à ma belle-fille

little girl with woman

Ma belle-fille,

L’amour qu’on éprouve l’une pour l’autre ne sera jamais inconditionnel. Jamais totalement gratuit. Jamais sans questionnement. Jamais sans l’ombre d’un doute. Je sais qu’il pourrait être brisé, effacé, oublié. Je sais que notre lien disparaîtrait si un jour, ton père et moi venions qu’à nous tourner le dos. Mais pourtant.

J’aimerais que tu saches que même si je suis arrivée tard dans ta vie, même si je ne t’ai pas portée, même si je n’ai pas de souvenirs de ta tendre enfance, même si je n’apparais sur aucune photo de toi petite, même si je ne t’ai pas bercée, pas enseigné à marcher, même si je n’ai pas eu à te consoler lorsque tu trébuchais, la place que tu occupes aujourd’hui dans ma vie est immense. Majeure. Incontournable.

Tu n’étais au départ qu’une petite bête sauvage. Dure d’approche. Tu me scrutais. De loin. Du coin de l’œil. Prête à me voir m’enfarger. Espérant sans doute que je prendrais peur. Que je fuirais ce no man’s land où je n’étais visiblement pas la bienvenue.

Mais je n’avais rien à perdre. Je n’espérais rien non plus. Je ne voulais pas à tout prix que tu m’aimes, ni même que tu m’acceptes. Je n’étais moi-même pas certaine de vouloir rester. Tu ne le savais pas, mais le rôle de la belle-mère, je n’étais pas certaine d’être prête pour ça dans ma vie.

Alors je suis restée là, moi aussi à t’observer. À attendre que tu me fasses signe. Me disant que si ça devenait trop corsé pour moi, je n’avais qu’à battre en retraite et à oublier cette histoire qui se tramait entre ton père et moi.

Et la vérité, c’est que je suis tombée en amour avec ton père en même temps que j’ai appris à t’aimer. Parce que quelque part, je savais que vous formiez un tout. Je ne pouvais pas prendre uniquement l’homme et laisser de côté le père. Je ne pouvais pas me le rentrer dans le cœur, s’il n’y avait pas de place suffisante pour toi aussi. Et ça, j’en étais tout à fait consciente.

Mais heureusement un jour, tu as baissé ta garde. Tout doucement, tu m’as souri. Tranquillement, tu m’as tendu la main. Patiemment, notre complicité a germé. Étonnamment, tu t’es hissée dans la liste d’humains desquels je me soucie, avec qui j’aime être et qui me font du bien.

Puis un jour, j’ai réalisé contre toute attente que ta présence me rendait heureuse. Que j’aimais que tu sois auprès de nous, au même titre que mes propres enfants. Même si tu n’avais pas été tirée de mes entrailles. Que je me souciais de toi, de ton bonheur et de ta sécurité même si je n’avais jamais rêvé d’une vie de famille reconstituée.

Je crois que tu as aussi saisi que je n’étais pas là pour remplacer ta mère. Pour prendre sa place auprès de toi. Je demeure toutefois une figure parentale, mais qui n’a pas à jouer le rôle ingrat qui revient souvent aux parents. J’aime prendre soin de toi, t’écouter, te faire connaître un modèle différent de mère à travers la façon dont j’agis avec mes enfants, mais je n’aurai jamais la prétention d’être meilleure que la tienne. Je sais qu’elle sera, avec raison, toujours unique à tes yeux.

Tu es si différente de mes propres enfants. Tu ajoutes à ma vie de si belles nuances, de si belles couleurs qu’il m’est impossible de ne pas me considérer chanceuse de partager une partie de ton quotidien.

Merci pour tout ce positif que tu m’apportes et merci de rendre, à ta façon, nos instants partagés si uniques.

La Collaboratrice dans l'Ombre
LA COLLABORATRICE DANS L'OMBRE

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