À toutes les mamans atteintes de troubles alimentaires

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Je sais que ce n’est pas évident tous les jours de vivre avec un trouble alimentaire. Que tu sois guérie ou non. Que tu sois encore prisonnière de cet enfer ou que tu y aies survécu, vivre avec un trouble alimentaire est un combat de chaque instant. Comme si tu étais un ex-alcoolique qui doit éviter de côtoyer l’alcool sauf que ton vice à toi, c’est la nourriture et le contrôle de ton poids.

Aujourd’hui, même si tu n’y penses pas à tous les jours, il y a des jours où c’est plus fort que toi; tu ne peux pas t’empêcher de penser à ce que tu as mangé et ça te donne envie de sauter un repas. Ah! puis deux tiens, pourquoi pas? À bien y penser, tu as tellement bouffé que tout ce que tu mérites, c’est de te priver toute la journée.

C’est normalement là que tu te rappelles que c’est comme ça que tout a commencé la première fois. La fois où tu t’es retrouvée à quatre-vingt-sept livres mouillée et qu’on a dû t’hospitaliser. Tu te rappelles le calvaire que tu as vécu, le comptage de calories, les séances de sport pas mal trop intensives et les innombrables heures passées à la salle de bain quand la toilette était devenue ta meilleure amie.

Aujourd’hui, même si tu essaies de toutes tes forces de ne pas détester ton image dans le miroir, il y a des jours où c’est plus fort que toi et où tu ne peux pas t’empêcher d’haïr tes vergetures et ton petit bourrelet laissé en héritage par l’accouchement de ton petit dernier. Tu te dis que les quelques redressement assis que tu fais sur ton lit le soir ne sont plus suffisants. Qu’au lieu d’en faire cent, tu devrais passer à deux cents.

C’est normalement là que tu te remémores les longs moments passés à observer ton corps frêle et tu te souviens à quel point tu te trouvais grosse malgré le fait qu’on pouvait voir très clairement chacune de tes côtes. Tu te souviens que tu étais tellement maigre que ton corps avait commencé à faire pousser un léger duvet pour te tenir au chaud. Même les interminables sessions sportives ne pouvaient venir à bout de cette horrible image que tu avais de toi-même.

Aujourd’hui, même si tu t’étais promis que tu ne le ferais jamais plus, chaque fois que tu vois ton ventre gonfler par la nourriture parce que tu n’as pas pu t’empêcher de prendre un deuxième morceau de gâteau lors de ton dernier souper de famille, l’envie de t’enfoncer deux doigts dans la gorge, pour sentir ton estomac vide et apaiser ton angoisse, est toujours là.

C’est normalement là que tu te rappelles ton cycle infernal de boulimie durant lequel tu avais bien failli y laisser ta vie.

À toi, la maman atteinte de troubles alimentaires ou qui pense l’être, je sais que ce n’est pas évident tous les jours de vivre avec cette maladie. Elle ne guérit jamais tout à fait et elle vient bien souvent infecter tes pensées et l’image que tu as de toi-même et parfois, regarder ton corps peut être un douloureux rappel de cet épisode de ta vie.

Mais souviens-toi bien que même si tu n’es pas guérie, ton trouble alimentaire n’est pas obligé de reprendre le contrôle de ta vie. Continue de te battre et si cela implique d’aller chercher de l’aide, vas-y.

Andréanne Boisvert
ANDRÉANNE BOISVERT

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