Ces temps-ci, ça va ordinaire

sad woman in her room

Ces temps-ci, ça va ordinaire. Ça ne va pas mal, ça ne va pas bien. Ça va vide. Entre mes trente-quatre brassées de lavage, les allers-retours entre le travail et la garderie qui se multiplient au fil des jours qui passent et les soupers que je fais en batch comme une automate programmée pour faire bouillir des pâtes et réchauffer de la sauce à spaghetti, j’ai l’impression de vivre entre deux chaises.

Ces temps-ci, ça va ordinaire. Ça ne va pas mal, ça ne va pas bien. Ça ne goûte rien. Entre les cours de piscine du plus jeune et les pratiques de soccer du plus vieux, les fins de semaine s’égrènent entre deux battements de cils et elles se finissent quand je m’évanouis dans mon lit le dimanche soir en réalisant que je n’ai rien fait pour moi. Rien, d’excitant. Rien, qui m’ait fait plaisir au-delà du sourire dans la face de mes enfants dont j’ai pris l’habitude de me satisfaire comme si c’était la plus belle affaire du monde. Comme si c’était l’unique chose par laquelle j’avais le droit de jouir de ma bonne humeur.

Ces temps-ci, ça va ordinaire. Ça ne va pas mal, ça ne va pas bien. Ça va banal. Entre mon chum et moi, l’amour bat son plein moins fort qu’il l’a déjà battu. On ne s’aime pas moins, on s’aime autrement. On s’aime beige sans se tirer sur le lit pour faire l’amour. Sans s’embrasser avec la langue avant de partir travailler. Les papillons qui me bourdonnaient dans les trippes et l’envie de me jeter dans ses bras me manquent même si mon cœur bat encore quand je me couche sur son épaule dans notre lit quand il fait noir. Je l’entends moins, mon coeur, et j’aurais envie qu’il me résonne dans les oreilles pour nous réveiller quand on dort.

Ces temps-ci, ça va ordinaire. Ça ne va pas mal, ça ne va pas bien. Ça va gris. J’ai tout ce que j’ai toujours voulu, mais j’ai l’impression d’avoir un vide à côté du cœur que je ne sais pas comment patcher. Un vide qui parle de la liberté que j’ai perdue le jour où j’ai mis des enfants au monde. Un vide qui pleure les ambitions que j’ai regardées prendre le large sans réaliser que c’est une partie de moi qui flottait sur le fleuve St-Laurent. Comme une vieille cochonnerie trop loin pour que je puisse la rattraper parce que l’eau était trop froide.

Ces temps-ci, ça va ordinaire. Ça ne va pas mal, ça ne va pas bien. Ça va en ligne droite. Ni par en haut, ni par en bas et j’ai besoin de voler. Je n’ai pas perdu mes ailes, je pense que je ne sais juste plus comment faire pour m’en servir et toucher les nuages de ce qui me parle juste à moi, en tant que la fille que j’étais et que je voudrais encore être. Celle dont les yeux brillaient avant d’être une mère. Celle qui s’inventait des histoires de prince charmant avant d’être une blonde. Celle que j’étais avant de devenir celle que je me suis laissé devenir, cette mère-blonde-femme que j’aime par bouts, mais à qui il en manque des gros morceaux.

Ces temps-ci, ça va ordinaire. Ça ne va pas mal, ça ne va pas bien. Mais j’ai décidé de faire mes bagages pour aller nulle part et pour aller partout. Pour me trouver cachée en dessous du divan plein de poussière et me dire de sortir. Pour m’écouter rire parce que j’ai du gros fun noir comme quand j’avais quatorze ans.

Pour me retrouver et faire de ma vie d’avant et celle d’aujourd’hui un tout qui fait beau.

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Une réflexion sur “Ces temps-ci, ça va ordinaire

  1. P. Répondre

    Merci de mettre des mots sur ce que je ressentais et n’arrivais pas à décrire.

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