Je suis une mère à boutte de ne pas pouvoir s’exprimer sans être jugée

woman in kitchen with coffee

Dans la lignée des j’t’à boutte, ben moi j’t’à boutte de ne pas pouvoir m’exprimer sans me faire ramasser en tant que mère, et ce, peu importe le sujet. J’t’à boutte de ne pas pouvoir vivre ma vie et en parler sans me faire juger, critiquer, rabaisser.

J’t’à boutte de ne pas pouvoir dire que je suis épuisée après une semaine d’absence de mon chum, parce que je ne suis pas une monoparentale, une soloparentale, veuve, ou tout autre statut matrimonial existant. J’ai pas le droit de l’avoir trouvée rough, ma semaine?

J’t’à boutte de ne pas pouvoir me plaindre de mon horaire de fou, entre ma job à temps plein, l’école, les activités des enfants, les amis et la famille. Oui, je fais des choix, mais parfois, j’ai le droit de trouver que ça en fait beaucoup. Y’en a qui vont dire que je suis chanceuse d’avoir une bonne job pis toute, mais des fois c’est rushant un brin.
Que je ne puisse pas dire haut et fort que j’y vais un peu de reculons à la rencontre de plan d’intervention, version 4, de fiston. Oui, je me préoccupe de son bien-être, mais on a jasé des mêmes affaires que les dernières fois et j’avais de l’ouvrage par-dessus la tête au bureau, alors ça ne me tentait pas pantoute.

J’t’à boutte de ne pas pouvoir dire sans me faire lancer des tomates (bio j’espère) lorsque je dis qu’on a été souper dans un fast-food parce que j’étais trop lâche pour faire à souper. Mes kids mangent du brocoli pratiquement chaque jour, ça fait qu’un burger gras avec des frites full ketchup de temps en temps, je ne pense pas que ça va les scrapper pour le reste de leurs jours.

J’t’à boutte de ne pas pouvoir chialer qu’il fait frette dans les arénas du Québec parce que je passe environ quatre heures et demie par semaine à me geler les fesses pour l’amour de ma fille. Qu’on se comprenne bien, j’aime ça la voir s’épanouir dans son sport plutôt que de végéter devant la télé à huit heures le dimanche matin, mais quand je dis que je sauterais bien une pratique pour prendre ça mollo, au chaud, y’a toujours quelqu’un pour me répondre que c’est moi qui l’inscris. Je suis frileuse, je peux-tu ?

J’t’à boutte de ne pas pouvoir publier que pour la fête de mon p’tit, on va jouer à un jeu de guerre en famille, où on va se tirer dessus avec des fusils laser pis qu’on va vraiment avoir du fun. Il trippe sur la guerre, l’armée, les chars d’assaut, les armes, mais ça ne fait pas de lui un tueur, juste un p’tit gars qui a hâte d’avoir douze ans pour pouvoir intégrer les cadets, mais qui est doux comme un agneau dans la vie.

J’t’à boutte de ne pas pouvoir parler des succès de mes proches ou de moi-même, sans me faire dire à mots couverts que je me pense mieux que les autres ou que ce n’est rien d’exceptionnel, ou de sentir la jalousie des autres. Je n’ai pas le droit d’être juste heureuse quand il arrive quelque chose de bon dans ma vie et de vouloir le dire? C’est plus plaisant de se remonter en voyant le malheur des autres que de les voir profiter de chaque petit bonheur dans leur vie?

J’t’à boutte de ne pas pouvoir dire que je les mettrais dehors pour une journée, que je les donnerais pas cher, que je les vendrais pour leurs organes, que j’ai besoin de vacances seule. Juste le dire, jamais je ne le ferais, voyons! Ils ont beau être ma raison d’être, des fois ils font tout pour me mettre en colère, me rendre triste, me faire sentir comme une mauvaise mère. Même si je sais que ce n’est pas ce qu’ils pensent ou ce qu’ils veulent. Même si je ne suis pas si mal prise.

J’t’à boutte de ne pas pouvoir faire pitié, deux-trois minutes de ma vie, parce que là, j’en arrache. Même si je vis avec le papa de mes enfants, qu’on s’aime depuis longtemps, qu’on a une maison, deux chars, tout ce dont on a besoin, assez d’argent pour partir en voyage en famille, qu’on mange pas juste du macaroni et qu’on a soit-disant tout pour être heureux.

Parce que des fois, être heureux, c’est pas juste ça.

Je suis une mère qui a des hauts et des bas, qui passe par vingt-huit mille émotions quotidiennement et qui a besoin de l’exprimer haut et fort une fois de temps en temps. C’est-tu possible sans déclencher la troisième guerre mondiale ?

Sophie Métivier
SOPHIE MÉTIVIER

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