Mes jumelles : un miracle et une épreuve

twins newborns

Mon bedon est à découvert, la gelée bleue me donne le frisson et mes yeux sont rivés sur l’écran. Je pleure de façon si subite et si torrentielle que je n’ai même pas le temps de me demander pour quelle raison je me répands exactement. Deux petites crevettes crèvent l’écran dans toute leur splendeur, leur miracle, et déversent sur moi une onde de choc extraordinaire : je n’aurai jamais deux enfants. Nous ne serons jamais quatre à la maison. De trois, nous passerons à cinq. Ma tête et mon cœur se passent le relais et m’assaillent de trop de questions à la fois, trop d’émotions qui se livrent et se livreront une bataille perpétuelle entre le bonheur parfait et le lot d’inquiétudes que cette nouvelle a engendrées.

“Il faut changer d’auto. Est-ce que je voulais trois enfants? Va falloir que mon chum participe plus aux tâches. Le plus vieux va se sentir délaissé. Ça va coûter cher, les couches et la garderie. Des jumelles identiques : est-ce que je vais avoir l’impression d’aimer un seul enfant ou de les aimer de la même façon? Et si je les mélangeais? Même faire les commissions va demander de l’organisation. Elles sont mieux de ne pas faire de coups à l’école parce qu’elles sont identiques! Tous les rabais sont faits pour des familles de quatre. Est-ce que ma maison est assez grande? Est-ce que je vais avoir assez de temps et d’amour à donner? Fini le temps de qualité entre adultes pour les quatre prochaines années. Je vais tellement être grosse, vive les vergetures. On dirait que j’aurais préféré qu’elle soient différentes, par curiosité, pour savoir à quoi peuvent ressembler trois enfants issus de notre couple. Ouf, la bouffe pour tout ce petit monde-là… je suis dans le jus!”

“Il y a des rabais pour les jumeaux dans certains magasins. La loyauté dont elles vont faire preuve dès leurs premiers jours de vie est un témoignage émouvant. Si je les mets dans la même couchette, elles peuvent s’apaiser mutuellement et ça réduit l’anxiété chez l’enfant. Certaines garderies ont un prix réduit pour trois enfants. Leur probable complicité donnera lieu à des moments uniques, cocasses, poignants. Peu de gens peuvent se targuer de vivre une telle expérience, une aventure aussi extraordinaire. Beaucoup de gens vont me proposer de l’aide parce que je suis bien entourée. Grossesse à risques élevés : j’ai peur pour mes filles. Deux fois plus d’inquiétudes pour le double d’amour, ça vaut la peine. Je dois maintenant faire preuve d’organisation et de plus de rigueur au quotidien. Je vais devenir encore plus une meilleure personne grâce à elles. Elles risquent d’être dans les mêmes fêtes d’amis, les mêmes cours ou les mêmes activités, donc deux fois moins de déplacements. Je ne les habillerai pas avec les mêmes vêtements, ça pourrait nuire au développement de leur personnalité propre. Je me sauve d’une grossesse et je gagne du temps. Elles vont jouer et grandir ensemble… c’est merveilleux.”

Mes jumelles, vous incarnez le miracle, mais aussi l’épreuve d’une vie, le gros lot et le coup du destin. Votre parallélisme, votre similitude, votre gémellité nourrissent mes sentiments et réflexions dilemmatiques. Vous êtes tout ce que je souhaite, mais aussi tout ce dont j’ai peur.

Vous m’affaiblissez, mais me rendez à la fois plus forte.

Julie Pelletier
JULIE PELLETIER

2 thoughts on “Mes jumelles : un miracle et une épreuve

  1. Jessyca Nepton Répondre

    J’ai eu droit à la même surprise il y a quelques mois. J’étais seule à l’échographie (qui n’était pas prévue initialement) et mon coeur a fait un tour complet en les voyant à l’écran. Une grosse montagne russe de motions en effet.
    Maintenant qu’ils sont là depuis 3 semaines (un garçon et une fille pour nous, donc j’ai sauté quelques uns des questionnements énumérés dans votre billet) et je me pose encore certaines de ces questions.
    Toutefois, à chaque fois que je les regarde, je comprends que l’amour ne se divise pas pour passer de 1 à 3, mais se transforme pour faire de la place à tout ce beau petit monde là sans “rien” enlever à personne (je dis “rien” car bien sûr, mon plus grand doit apprendre à faire avec un peu moins d’attention que par le passé puisque l’énergie et le temps, eux, ne se trouvent pas augmenter par l’agrandissement familial 😉 ).
    Je vous souhaite donc bonne chance pour la suite. Bien qu’on ne s’en croit pas nécessairement capable initialement, on trouve des ressources inattendues. Je vous souhaite que toute l’aventure se passe pour le mieux pour vous 5!

  2. Céline Répondre

    Je peux aussi vous comprendre … Il y a 30 ans en juillet 1988 je mettais au monde 2 garçons à 35 semaines de gestation …. De retour à la maison 8 jours après nous 2 grandes filles nous attendaient du haut de leur 3 et 4 ans …. nous avons passé de 4 à 6 en l’espace de 13 minutes lolllll

    Le plus beau cadeau à vie que mes 4 enfants … On s’en sort, je suis de tout cœur avec vous toutes qui avez des grossesses gémellaires …

    A oui un de mes jumeaux sera papa de jumeaux à son tour en juin prochain …. sa plus grande aura 2 ans 😉

    Bonne continuité

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