À la mère qui n’est plus heureuse, mais qui n’est pas prête à partir

sad mother in kitchen

Je te vois tenter d’avancer depuis des lunes ma belle amie. La vérité, c’est que tu fais du surplace. Je te vois éviter les projets à long terme, puisque t’ignores où tu seras concrètement lorsque ce long terme se pointera.

Je te vois, la peur au ventre, essayer d’imaginer ta vie sans celui avec qui tu la partages depuis bien trop longtemps.

Je te vois tenter de maintenir le cap pour éviter l’éclatement de ta famille, que tu veux plus que tout épargner.  Je te vois trébucher sur ton quotidien.  Douter de toi et de tes capacités de survie en solo.

Je te vois, malheureuse, jour après jour, alors que tu te remets à plus tard.

Et c’est correct. Tu es en train de faire ton deuil ma belle. De tous ces rêves que tu t’étais faits. De tous ces espoirs dont était rempli ton futur. De toute cette réalité que tu subis au quotidien. De tous ces petits moments de bon temps auxquels tu t’accroches lorsqu’ils se pointent. Parce qu’on va se le dire, tout n’est pas toujours gris et sans saveur.

Il t’arrive de retrouver momentanément un peu d’espoir en vous deux. De croire réellement que tout n’est peut-être pas perdu. Mais chaque fois, tu encaisses une nouvelle déception. Tu essuies un nouveau revers. Tu te retrouves au tapis.

Et tu te détestes de te faire vivre tout ça. De te faire « perdre du temps ». D’endurer alors que tu sais que tu ne devrais pas. De rester, alors que tu n’aimes plus.

Mais je crois au contraire que tu avances. Un pas à la fois. Que chaque jour, tu te rapproches un peu plus de ton émancipation. Que chaque jour, tu fais la paix avec ce qui s’en vient inévitablement.

Et une belle journée, tu atteindras ton point de non-retour. Une banalité du quotidien qui t’éclatera au visage et qui fera déborder pour de bon ta coupe déjà trop pleine. Ce jour-là, tu ne te poseras plus aucune question. Ce sera limpide. Tu sauras exactement quoi faire pour mettre un terme à ta douleur. Pour avancer, pour de bon cette fois.

Ton point de non-retour, tu ne l’oublieras jamais. Il s’inscrira en toi comme l’un des moments les plus décisifs de ton existence. Tu y repenseras longtemps après. Et tu sauras. Tu sauras qu’à cet instant précis, ton deuil de vous deux était fait.

Et tu avanceras enfin.   Confiante et heureuse.

Marie-Claude Lamarre
MARIE-CLAUDE LAMARRE

5 thoughts on “À la mère qui n’est plus heureuse, mais qui n’est pas prête à partir

  1. Florence Arnould-Lalonde Répondre

    Quel beau texte! Je le lis et relis et je me transporte il y a deux ans lors de ma séparation. Une petite chose banale a fait déborder le vase et je suis partie avec mon fils. Deux ans plus tard je suis FIÈRE de ce que j’ai accomplis. Merci pour ce texte si vrai et réconfortant.

  2. Geneviève Paré Répondre

    Bonjour Marie-Claude
    Pourquoi je vous ai lu ce matin? Parce que le web m’a apporté à vous… et probablement un signe de la vie. J’ai pleurer, pleurer et pleurer en vous lisant. Je viens de prendre la décision de me séparer. Et de vous lire m’a fait du bien. De comprendre que je ne suis pas la seule et je peux penser à moi.
    Merci

  3. EmMom Répondre

    Wow mes je suis sans mots….je suis cette femme.

  4. Jade Répondre

    C’est grâce à ton texte que j’ai eu le courage de me séparé, de quitter la relation dans laquelle je n’étais plus heureuse. J’ai pleuré, je mi suis reconnu..! Ton texte m’a fait du bien & enfin j’ai l’impression de me retrouver…Merci 😇

  5. Marie Répondre

    Quel beau texte, je viens de tomber dessus par hasard ! J’ai l’impression que ça a été écrit pour moi ….

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