Mon enfant, des fois, tu déranges ma vie

annoyed mother

ATTENTION : ce texte reflète l’opinion de son auteure et non l’opinion de la plateforme de La Parfaite Maman Cinglante dont le but n’est pas de prendre position mais d’offrir une tribune à toutes les mamans souhaitant faire part de leur vision de la maternité ainsi que de leur expérience personnelle. Par ailleurs, si vous souhaitez écrire un texte en réponse à ce billet, notez que vous pouvez le faire en tout temps et le faire parvenir à [email protected]

Ma fille,

Mea culpa, des fois, tu déranges ma vie.

Il arrive parfois que je préférerais ne pas t’avoir eue. Je sais, je sais, ça ne se dit pas des affaires de même. Mais on va se le dire, toute bonne mère pense ça de ses enfants au moins une fois dans sa vie et je pense bien dire tout haut ce que bien des parents pensent parfois tout bas.

L’affaire, c’est que c’est de la job, tu sais, d’avoir un enfant.

Des fois, je repense à ma vie d’avant; plein de sorties, à me coucher à pas d’heure tout en pouvant me lever à midi. Maintenant, une grasse matinée équivaut à me lever une demi-heure après sept heures. Et ce, même si je te fais garder et que tu n’es même pas là pour me réveiller. Tu m’as programmée. Faut que je te dise, je suis fatiguée et des fois, je trouve ça lourd.

Surtout ces temps-ci. Ton caractère puissant et affirmé se fait de plus en plus sentir et parfois je peine à le comprendre. J’essaie d’instaurer une constance dans mes consignes et mes règles. J’essaie de peine et de misère de soutenir mes « Non » et, force est de l’admettre, je plie souvent.

Je ne te cacherai pas que par moment, je suis fatiguée de mon rôle de mère. Fatiguée de ne plus pouvoir penser juste à moi. Fatiguée de penser et de vivre pour deux et oui, parfois, la fatigue que je ressens fait en sorte que j’achète la paix.

Je te remets un petit film même si j’avais dit que c’était le dernier et même si le soleil brille dehors. Dora est une excellente gardienne et c’est clair que si je la croise un jour, je lui paierai un verre. Je veux juste la paix, un petit moment dans une autre pièce à faire le vide autour de moi avec « Sac à dos, sac à dos! » en bruit de fond.

Il m’arrive de ne pas avoir envie de te faire à souper. Je ramasse une couple d’affaires dans le frigidaire et le garde-manger qui, combinées, regroupent les quatre groupes alimentaires et je garroche ça dans des assiettes. On mange, tu me racontes ta journée, je regarde l’horloge et je constate que l’heure du dodo n’arrive pas assez vite à mon goût.

Oui, parfois, je te couche avant le temps. Quand tu me fais une petite crise du haut de tes trois ans et que je me dis que je ne peux pas acheter la paix encore une fois, je te couche. Je ferme ton rideau, tu ne vois pas que le soleil est encore là et tu t’endors, tranquillement, en jouant toute seule dans ton lit.

Après un matin pressé où tu n’as pas collaboré, il arrive que je pousse un soupir de soulagement lorsque je te dépose à la garderie. Il arrive aussi que je ne m’ennuie pas du tout de toi. Que je profite de ton absence, de mon moment.

Parfois tu vas à la garderie quand je ne travaille pas. Je me mets en pyjama, je me call du resto et j’écoute un bon film avec des « vraies » personnes. Au moment d’aller te chercher, il arrive parfois que je me dise « Ah non, pas déjà! J’en aurais encore pris, de ce temps de semi-liberté ».

Parfois, j’assume totalement ce que je suis en train de te confier. D’autres fois, je me sens coupable. Coupable de penser que de temps en temps, l’envie me pogne de fuir mes responsabilités et de partir seule avec moi-même en roadtrip à quelque part. Coupable de ne pas avoir envie d’aller au parc avec toi, de te chatouiller ou de faire le monstre pour la millième fois de la journée. Coupable de trouver que lorsque tu es chez mamie, je passe un moment tellement ressourçant. Coupable de me sentir libre et de prendre goût à cette liberté quand tu n’es pas avec moi.

Pourtant, je ne crois pas que tout ça fait de moi une mauvaise mère.

Parce que je me remets régulièrement en question. Parce que je t’aime et que ton bonheur et ton bien-être sont les choses les plus importantes dans mon échelle de priorités dans la vie.

Parce que je sais que tu es dans mon ventre, chaque matin, mes premières pensées sont pour toi. Parce qu’il n’y a pas un moment dans la journée où je ne pense pas à toi d’une façon positive. Parce que même s’il arrive que je te considère comme un petit nuage sur ma vie, les fois où je te perçois comme un beau et grand soleil sont un milliard de fois plus fréquentes.

Parce que si quelqu’un venait frapper à ma porte en m’offrant une vie de rêve et de paix en échange de ta belle personne, je refuserais catégoriquement. Il n’y a rien, rien de rien, qui pourrait acheter ou remplacer tous les moments de joie et d’amour que tu peux me faire vivre.

Un jour, tu seras peut-être maman à ton tour et je crois que c’est important que tu saches que des bonnes mères à 100%, en tout temps, ça n’existe pas. De toute façon, si j’étais si parfaite, je suis persuadée que je finirais par te taper sur les nerfs.

Je suis juste humaine, tu sais. L’amour inconditionnel, ça existe, crois-moi. Mais comme toute bonne chose, il faut parfois des pauses. Je ne serai pas toujours au top dans mon rôle de mère. J’ai et j’aurai par périodes, de la misère à l’assumer et je douterai par moments.

Mais sache, ma belle grande fille d’amour, que ces petits moments gris font partie de la vie, mais que mon amour pour toi prendra toujours le dessus sur tout le reste. Parce que malgré les moments difficiles et les remises en question, je serai toujours la meilleure maman du monde pour toi et tu seras toujours le meilleur enfant du monde pour moi.

 

Crédit : Tatyana Dzemileva/Shutterstock.com
Margaux MacKay
MARGAUX MACKAY

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