À toi mon premier qui passe pourtant si souvent en deuxième

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Ce soir, je prends le temps de te regarder dormir et je pleure en silence. Je pleure parce que je te trouve si résilient malgré le fait que tu es un si tout petit garçon. Je pleure parce que depuis que ton frère est arrivé, je ne m’occupe plus de toi comme je devrais le faire. Je pleure parce que même si je m’étais promis que ça n’arriverait pas, je te néglige mon grand.

Je te néglige quand je te laisse terminer ton déjeuner seul devant les bonhommes parce que je dois m’occuper de ton frère. Je te néglige quand je te laisse pleurer parce que ton frère me réclame encore une fois. Je te néglige quand, pour une rare fois, tu te réveilles la nuit et que je reste couchée dans l’espoir que tu te rendormes. Je te néglige quand je me choque après toi parce que je suis fatiguée et que la seule chose que tu désires, c’est que je m’occupe un peu de toi. On a beau dire que l’amour ne se divise pas mais se multiplie, mes mains à moi ne se sont pas doublées depuis l’arrivée de mon deuxième bébé.

Mais malgré tout ça, malgré la maison qui n’est plus en ordre comme avant, malgré mes sautes d’humeur plus fréquentes, malgré l’impatience qui me gruge en dedans, malgré que je ne te cuisine plus de bons petits repas comme avant, tu m’aimes autant. Tu continues de me faire de gros câlins. Tu continues de me murmurer “T’aime maman” aux oreilles. Tu continues de venir me rejoindre le matin dans mon lit. Malgré tout ça, tu aimes aussi ton frère plus que tout. Tu lui parles dans un langage que vous deux seuls comprenez. Tu dis “où bébé ?” quand il n’est pas dans son lit. Tu me dis quand il pleure. Tu vas chercher une débarbouillette pour m’aider à ramasser la flaque de régurgit qu’il a faite sur le plancher.

Mon grand garçon, merci de me montrer ce qu’est l’amour inconditionnel. Merci d’être déjà si grand malgré ton petit âge. Merci de me pardonner le désordre et les sautes d’humeur. Merci de me faire comprendre que malgré la culpabilité qui me ronge en dedans, tu sais que je t’aime tout autant. Du haut de tes deux ans, tu as déjà compris ce que j’ai de la difficulté à accepter : tu grandis et tu comprends déjà que tu n’es plus mon bébé.

Les pleurs de ton frère viennent arrêter ma contemplation. Je te donne un bisou rapide sur le front et je vais m’occuper de ce petit être qui a, pour l’instant, si souvent besoin de moi. Des larmes silencieuses continuent de couler sur mes joues mais je sais que, bientôt, je serai de nouveau en mesure de passer plus de temps avec toi.

Édith Deschambault
ÉDITH DESCHAMBAULT

3 thoughts on “À toi mon premier qui passe pourtant si souvent en deuxième

  1. Gem Répondre

    Beau texte! Nous vivons la même chose avec nos deux amours… et c’était très difficile, particulièrement au début. Aujourd’hui, ma fille a 10 mois et mon garçon a 30 mois et les choses vont mieux. Mais ça nous a prit du temps. Et mon garçon, si mature et responsable, a toujours aimé sa soeur, depuis les premiers jours. Sa colère, qu’il a vécu dans son adaptation face à l’arrivée de ce nouveau membre de la famille, était dirigée entièrement contre nous, ses parents. C’était dur. Et j’ai eu le même genre de constat déchirant “j’aimerais tellement te donner tout mon temps et mon attention” mais c’était impossible. Les choses passent et se placent. Aujourd’hui, je sais que nous avons fait les bonnes choses avec les moyens que nous avions et au mieux de notre connaissance. Notre garçon a vécu ce qu’il avait à vivre et on s’est tous adapté. Aucun bras supplémentaire n’a poussé, malheureusement, mais aujourd’hui tout va bien comme tel. Bref, à toutes les mères qui trouvent ça dur, ça va se placer. Gardez courage et continuez à avancer, un jour ce sera un bonheur total.

  2. Cha Répondre

    Ton texte est si touchant… je me pose la question du deuxième, et tes mots sont si vrais!

  3. Aude COURBOULEIX Répondre

    Oh Edith, les larmes me viennent… j’ai trois enfants et vis exactement cela. Ma grande est propulsée au rang d’aînée mais a tout autant besoin d’attention que son petit frère et sa petite soeur… je la vois grandir et ai peur de passer à côté de choses, de ne pas lui donner ce dont elle a tant besoin…

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