Je ne vois pas le jour où tu seras fière de moi, maman

angry mother and daughter on couch

Maman,

Un matin d’été, tu m’as mise au monde. Tu m’as enseigné la vie au mieux de tes connaissances. Tu m’as donné ton amour et tu m’as appris à être juste et bonne envers les autres. Tu m’as appris à aimer les petites choses de la vie. Tu m’as transmis de bonnes valeurs et tu m’as donné tout ce dont une enfant a besoin mais tu m’as également transmis tes peurs, tes angoisses, ta culpabilité et ton sens du regret. Tu m’as appris à me replier, à ne pas trop m’exprimer, par peur de déplaire, par peur des jugements. Tu m’as appris à ne pas faire de vagues. Tu m’as emmitouflée dans une bulle de bonté et de papillons roses. Et la journée où je n’ai plus vu ces papillons roses maman, je suis tombée de haut

Tu ne m’as pas enseigné la vie, toi, maman. Tu ne m’as pas avertie de la méchanceté du monde. Je l’ai apprise à la dure. J’ai tant pleuré. Je t’en ai tant voulu de ne pas m’avoir enseigné à me défendre au lieu de capituler, à affronter au lieu de me cacher, à hurler au lieu de pleurer.

Lorsqu’est venue l’adolescence, j’en ai eu assez. J’ai déversé toute ma colère colère contre toi. Puis j’ai regretté. J’ai appris à m’excuser. J’ai appris que tu faisais du mieux que tu pouvais. Mais c’était déjà trop tard; j’avais tant de rage à l’intérieur de moi que tu ne m’avais jamais laissé exprimer.

Des crises d’angoisse, j’en ai faites. Des nuits à pleurer, j’en ai passées.  Je ne me suis jamais sentie à la hauteur de ta bonté, maman. Je me disais souvent que je ne pourrais pas être aussi résiliente que toi.

Lorsque j’affronte un problème devant lequel toi-même, tu aurais capitulé.  Lorsque je lève le ton alors que tu te serais repliée. Lorsque j’essaie de m’affirmer et que tu me juges.

Je ne sais pas ce que tu attends de nous, de moi, du monde et de la vie. Mais je sais que tu n’attends pas ce que je suis. Je le vois à la déception dans tes yeux lorsque je suis triste, lorsque je broie du noir, lorsque je monte le ton envers mes enfants. Je le vois ton regard désapprobateur lorsque tu n’approuves pas mes choix, mes décisions, mes convictions.

Je ne suis pas toi, maman. Mes papillons ne sont pas roses. Ils sont différents. Tu es ma meilleure amie, mais ma pire ennemie à la fois. J’ai l’impression que je ne serai jamais assez, ou toujours beaucoup trop pour toi.

Je sais que tu m’as aidée du mieux que tu pouvais. Tu m’as transmis les conseils que tu savais et tu essayais de me faire appliquer le guide de la bonne maman. Tu sais, celui qu’on voit dans les films. J’ai fait du mieux que je peux pour te plaire, maman. Mais je les vois, tes larmes. Je ne suis pas ce que tu aurais voulu.

La vérité, c’est que je ne suis pas une poupée qu’on peut manipuler.

J’en ai assez de tes phrases : “C’est la vie, tout va s’arranger. Fais ce que tu peux. La vie te donne ce que tu es capable d’endurer. Laisse aller le temps, tout va s’arranger”. Ce n’est pas comme ça que je vois la vie, maman. Mets mes lunettes, tu verras. La vie est belle, mais elle est belle à ma façon.

Tu es un peu trop pour moi. Je ne suis pas assez pour toi. Serai-je la personne dont tu seras fière un jour? Comme tu dirais si bien, le temps arrange les choses.

Mais peu importe le temps qui passe, je t’aime malgré tout maman.

 

La Collaboratrice dans l'Ombre
LA COLLABORATRICE DANS L'OMBRE

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