Maman, pourquoi tu te fous de ta santé ?

senior woman in ambulance

Ma maman d’amour, la mamie en or de mes enfants,

Tu as franchi le cap de la soixantaine il y a quelques semaines. Pendant que tu soufflais les bougies de ton gâteau trop sucré, pendant que mes petits te chantaient “Bonne fête” de leurs voix flûtées, sais-tu à quoi je pensais, moi? Que ce serait peut-être la dernière fois qu’ils te chanteraient cette chanson-là.

Ça fait deux ou trois ans que ton corps t’envoie des signes alarmants. Des tours d’ambulance, des nuits à l’urgence, des batteries de tests, des nouvelles pilules, ce ne sont plus des événements rares à ton calendrier. Ah! c’est sûr, tu te remets toujours sur pied. Tu finis toujours par aller mieux. Mieux pour l’instant. Mieux jusqu’à quand?

Tu minimises ces événements, tu fais des allusions à ton décès éventuel avec légèreté, comme si c’était une bonne joke. Tu me parles toujours de Monsieur Chose qui mange tellement plus mal, de Madame Machin qui bouge bien moins, d’un tel qui fume beaucoup plus ou d’une telle à qui il est arrivé dix fois pire. Ils sont vivants, eux, alors il n’y a pas de quoi s’énerver! Tu te compares, pour mieux te consoler. Mais moi, ça ne me console pas. Le voisin, ta cousine, Pierre, Jean, Jacques, je m’en contrefous. Ce ne sont pas eux qui sont malades, c’est toi! Pourquoi tu ne changes pas?

Maman, je suis fâchée contre toi. Parce que quand tu reviens d’une de tes énièmes virées à l’hôpital, avec tes éternelles excuses et tes minuscules résolutions si vites abandonnées, je me dis qu’au fond tu ne nous aimes pas assez. Moi, papa, tes petits-enfants, ça a l’air qu’on ne compte pas assez pour que tu veuilles vraiment rester. Je me dis que tu t’en fiches un peu de nous faire pleurer.

À chaque fois, c’est ça que je voudrais te dire. Mais j’suis pas capable. Je me rappelle que c’est ton corps, ta vie, tes choix. Je me dis que ce n’est pas le moment, que tu as besoin de te reposer, qu’il te faut du soutien et non des reproches. Je me promets de t’en parler quand tu iras mieux pour vrai. Mais je me dégonfle, je ne le fais jamais. Je n’ai même pas assez de couilles pour signer ce billet….

Je t’aime maman. Pis maudit que j’ai peur que tu meurs.

La Collaboratrice dans l'Ombre
LA COLLABORATRICE DANS L'OMBRE

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