À toi qui me trouves chanceuse d’avoir une garde partagée

kid run away

Tu me regardais la mine un peu basse l’autre jour, pis tu m’as demandé ce que j’avais.

C’est là que je t’ai expliqué à quel point je trouve ça difficile les journées loin de mon coco. Pis t’es partie à rire en me disant que je devrais me trouver chanceuse d’avoir la garde partagée, d’avoir des journées de « congé » de mon enfant, de pouvoir avoir une vie pour moi, d’en profiter, de pouvoir voyager l’esprit tranquille.

Eh bien, laisse-moi t’expliquer petite maman, c’est quoi cette chance dont tu me parles si candidement.

Je te mentirais si je te disais que je n’apprécie pas mon café chaud, d’avoir le temps de me sécher les cheveux comme il faut ou les sorties avec mes amis au nouveau resto hot sans avoir peur du lendemain matin…

Mais quand je laisse mon lapin partir chez son autre parent, mon coeur se sépare. Pas que je pense qu’il ne va pas s’en occuper comme il le faut, non. Mais parce que c’est tellement contre-nature de s’éloigner de ses enfants si longtemps, sans pouvoir être là pour les réconforter.

Pis l’autre moitié de mon coeur essaie de s’étourdir, de ne pas penser, et de s’occuper tellement, que je tomberai de fatigue quand je retrouverai mon oreiller.

J’ai la chance de me réveiller à trois heures du matin en sursaut de ne pas l’entendre bouger dans son petit lit. Celle de me lever pour aller me bercer dans sa chambre en lui chantant à travers le ciel sa douce berceuse pour que les étoiles l’enveloppent s’il devait se réveiller dans son sommeil là-bas où il est.

La chance de déjeuner toute seule en regardant sa chaise haute vide et d’imaginer les bouts de toasts qui revolent partout et son petit sourire taquin. Celle de ne pas entendre ses petits pas me suivre partout à quatre pattes dès que je change de pièce. La chance de ne pas le voir sauter dans mon lit tout heureux le samedi matin pour lui préparer son bol de céréales.

La chance de manquer des petits moments de sa vie qui va si vite. De ne pas savoir ce qui l’a émerveillé pendant ces journées-là. De ne pas avoir entendu ses questions loufoques que seul un enfant peut te sortir en voiture.

La chance d’avoir manqué ses premiers mots, ou ses premiers pas, ou ses premiers n’importe quoi.

Tu vois, plus souvent qu’autrement moi, je te trouve chanceuse de pouvoir vivre tout ça quotidiennement. Je te trouve chanceuse d’être exaspérée, de ramasser les 1001 legos et morceaux de casse-tête derrière tes enfants, de consoler leur crise de bacon pour un rien, de t’obstiner avec eux pour faire les devoirs.

Mon coeur de parent va peut-être s’habituer. Je vais sûrement apprendre à apprécier ces petits moments de répit. Mais pour l’instant, je ne suis pas prête à te dire que je suis chanceuse de cette vie de famille qu’on m’a imposée, ou à pousser un éclat de rire en pensant à tout ça.

Alors petite maman, je t’en prie. La prochaine fois que je te dirai que j’ai le coeur gros, retiens tes éclats de rire et tes jugements. Prends juste une petite pause pour me serrer dans tes bras, me dire que tu comprends et que ça va aller.

Marianne DP
MARIANNE DP

8 thoughts on “À toi qui me trouves chanceuse d’avoir une garde partagée

  1. Emma Répondre

    C’est touchant, et tellement vrai !
    Toutes les mamans rêvent d’avoir un “break” de temps en temps, de profiter d’un moment rien que pour elles.
    J’étais la première à dire “Chouette, elles dorment chez papi et mamie ce soir, donc demain matin, petit déj au calme en tête à tête avec mon bouquin préféré !!”. Oui mais la réalité de la solitude d’une maman en garde partagée est bien différente.
    Passer un week-end loin de ses enfants pour souffler n’est rien comparé au fait de ne plus les voir que la moitié de l’année et d’être loin d’eux pour les fêtes, le jour de leur anniversaire…
    Je découvre cette vie de maman séparée en garde alternée et c’est un déchirement, qui s’ajoute à la perte du couple, de la famille telle qu’on l’avait rêvée, de notre maison, de notre zone de confort… Un tsunami m’a-t-on dit. Oh oui, un tsunami.
    Bravo pour ces mots si justes.

    1. Joanie Répondre

      Je suis bien d’accord… je le vis présentement… tout nouveau… difficile de voir le cœur déchiré des enfants quand tu leur dit qu’ils s’en vont chez papa… même s’ils adore leur papa… ils ne veulent pas pour autant se séparer de maman… ne plus faire d’activité en famille… pas tjrs facile.

    2. Chauvet Répondre

      C’est tellement vrai et triste pour les parents de savoir qu’on ne peut rien faire pour son enfant qui souffre d’être séparé de ses enfants même que pour la durée d’un Week-end

  2. Lamoureux Répondre

    Ouf que je vis cela et je ne l’aurais jamais cru. Quand elle est avec son autre parent, je suis d’une tristesse sans nom. Ca me fait mal dans le ventre. Merci, ce soir ca me berce le cœur triste

  3. martine daigle Répondre

    avoir un break et se le faire imposer, y a toute une différence

  4. Karen Gosselin Répondre

    La chance? Je ne sais pas si je peux dire que c’est une chance mais ce que je peux te dire c’est que malgré que tu passes des moments sans ton petit bout, essaye d’imaginer que tu dois expliquer à ton enfant que son père n’est plus là. Que ce n’est pas qu’il ne l’aime plus mais parce que la mort c’est un peu trop définitif pour qu’il revienne. Je peux te dire que je l’aurais volontier envoyé à son père plutôt que d’essuyer ses larmes parce qu’elle ne le verra plus. Je l’aurais volontiers envoyé à son père plutôt qu’elle se sente de trop ou jalouse parce que le fils de mon chum lui va chez sa mère et qu’il a ses deux parents. Je l’aurais volontiers envoyé à son père plutôt qu’elle n’ait pas la possibilité de lui montrer son bulletin ou de l’inviter à son spectacle de fin d’année. J’aurais volontiers négocié avec une belle-mère dans sa vie à elle plutôt qu’avec son cœur brisé. Et quand je ne savais plus quoi faire j’aurais volontiers appelé son père pour qu’on en parle ensemble. C’est dur j’en doute pas la garde partagée mais j’aurais volontiers vécu ça à la place de ce que j’ai eu quand elle avait 7 et moi 26

  5. Steph Répondre

    5 ans que je subis la garde alternée. Sans elles la semaine et week end de papa je survis juste pour avoir la chance de les serrer ds mes bras la semaine suivante. Tellement triste de ne pas partager tout avec elles, de ne pas être la à chaque instant… on m a dit il y a 5 ans tu t y feras … QUAND? Et tt le reste est en suspend. Ne refait pas ta vie avec qq qui habite loin , ne change pas de boulot qui modifie ton organisation et leur rythme..pourquoi? Si tu changes leurs habitudes, les eloignes de leur amies: tu les destabilises donc on confiera la garde à l autre parent… trop cool la garde alternee et oui on est vraiment trop chanceuse…

  6. Mario Répondre

    J’ai lu le texte et j’ai lu vos commentaires. Mes chères mamans… Vous semblez refuser votre sort. S’il est vrai qu’on s’ennuie lorsque la marmaille part chez l’autre parent, les gamins aussi s’ennuient. Acceptez le fait que vos enfants on besoin de leur 2 parents et faites la part des choses. Ne soyez pas indignés de ce que vous ressentez et préoccupé-vous de ce que vos enfants ressentent. Qui plus est, vos gamins apprennent les émotions comme ils ont appris à marcher, à manger seuls, à dessiner, à jouer, à courir, etc. Si vous êtes heureux de voir vos enfants enfin retrouver leur autre parent, votre enfant sera aussi heureux. Si vous êtes triste… Ils seront triste. La garde partagée c’est absolument agréable quand TOUT le monde est contant.

    Lorsqu’on a décidé d’avoir des enfants, on a décidé de vivre pour eux. Il est vrai que c’est plus compliqué de faire des choix de où habiter, où travailler.

    Arrêtez de penser juste à vous et pensez un peu à eux… Vous serez surpris des sentiments de bonheurs que vos enfants auront lorsque vous aurez assumé votre échec avec l’autre parent.

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