Adieu, mon cher allaitement

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Mon cher allaitement,

Tu m’en as fait vivre des hauts et des bas. Avant d’avoir mon premier enfant, comme beaucoup de futures mamans, j’étais loin de m’imaginer ce que tu serais vraiment. Je n’y voyais que du beau et je me disais que ce serait facile, naturel. Après tout, il s’agissait de nourrir mon enfant, rien de bien compliqué. Mais c’était te sous-estimer.

Au tout début, j’ai dû t’apprivoiser. Pour la première fois, j’ai fait la connaissance de ce sentiment gratifiant, mais ô combien effrayant, d’être liée à un petit être qui ne dépendait que de moi.  J’ai accepté sans broncher de devenir indispensable à n’importe quelle heure du jour et de la nuit tout en essayant d’adopter la bonne position, de réussir la meilleure prise du sein qui soit et de m’assurer que mon bébé buvait régulièrement autant d’un bord comme de l’autre et en quantité suffisante. Sans compter les gerçures, les retroussements d’orteils pour endurer la douleur et les dépenses en crèmes toutes plus miraculeuses les unes que les autres, je suis partie à la découverte de ma détermination pour rencontrer mes limites et les dépasser. Et j’en ai pleuré une claque. Pourquoi un acte si naturel pratiqué par les femmes depuis la nuit des temps était si difficile pour moi? Mon bébé n’ouvrait pas assez grand, il faisait du reflux, je ne le positionnais pas tout à fait à la bonne hauteur, j’étais trop crispée, j’avais un débit trop fort, j’étais trop ci, et pas assez ça. Malgré ma santé mentale qui en prenait un coup pour te garder, j’ai refusé d’abdiquer.

Puis, après quelques mois, les douleurs et les questionnements se sont peu à peu dissipés et j’ai commencé à te trouver plus agréable, plus facile. J’étais heureuse et fière de ne pas t’avoir abandonné, toi, mon allaitement en montagnes russes. De plus en plus confiante en moi, mais encore trop rigide dans mes croyances à ton égard, je ne t’ai quitté qu’une fois atteint l’objectif que je m’étais fixé au départ. Un peu nostalgique, mais sereine, j’avais besoin de me recentrer et de reprendre un peu de liberté avant nos prochaines retrouvailles que je savais prochaines, quelques mois plus tard seulement.

Dès l’arrivée de mon deuxième bébé, j’ai su que ma relation avec toi allait être tout autre. Bien sûr que c’était toujours prenant, mais cette fois les doutes et les questionnements avaient cédé la place à une douce sérénité. J’ai abandonné les règles à suivre que je m’étais imposées la première fois et qui m’avaient étouffée pour n’écouter que mon instinct et mon bébé. Et ce fut merveilleux. Il y a bien eu quelques embûches ici et là, mais la confiance qui vient avec l’expérience et la symbiose créée avec mon bébé les ont vite balayées. Je savais que cette fois, ce ne serait pas moi qui provoquerais notre séparation et que j’allais profiter au maximum de ces moments d’amour et de proximité que tu m’offrais avec mon bébé, mon dernier bébé.

Aujourd’hui, mon bébé devenu grand a décidé qu’il était temps de te dire au revoir. Ou adieu, plus précisément. Je suis heureuse et fébrile de retrouver ma pleine liberté, mais j’ai aussi le cœur gros à l’idée de cette page de ma vie avec toi qui se tourne. Oh oui, tu m’en as fait vivre des hauts et des bas, toi, mon cher allaitement. Mais au final, ce que je garde de notre relation, c’est la capacité à me faire confiance et à écouter mon instinct de maman que j’ai développé avec toi. C’est la fierté d’avoir persévéré dans les moments difficiles pour en apprendre davantage sur moi et aller à la poursuite de mes idéaux. Et ce sont les doux souvenirs des nuits lointaines à tenir contre moi mes bébés repus et endormis alors que je n’avais pas encore fermé l’œil une minute. Parce que si c’était à refaire, je ne changerais rien à notre histoire, pour le meilleur et pour le pire.

Anne-Marie Proulx
ANNE-MARIE PROULX

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