La vraie vie d’une éducatrice en garderie

kid angry crying

J’ai été éducatrice pendant presque dix ans. J’ai opéré un service de garde en milieu familial pendant six mois. Ensuite, je suis allée travailler dans une installation privée. Puis tu sais quoi ? Ben j’ai tilté. Carrément.

Changer une quarantaine de couches par jour, donner je ne sais pas combien de bisous sur des bobos, montrer à un p’tit-pou comment boire son verre de lait et dire vingt-sept fois à un terrible two écrit TDAH sur le front de mettre ses souliers, ce n’est pas pour moi. J’ai fini par réaliser que je ne suis pas le type de femme qui a la vocation. Tu sais, ce genre qui te dit que sa réelle paye, ce sont les câlins que les enfants lui donnent.

En parlant de salaire, Messieurs, Mesdames, savez-vous combien gagne une éducatrice pour veiller sur vos enfants toute la journée, les traiter comme si c’était les siens, dealer avec les maladies, les cacas mous et les grosses peines? Combien gagnent ces deuxièmes mamans qui mettent en exposition leur corps aux nombreux virus que vous amenez à la garderie même si vous ne devriez pas ? Pas assez, trop peu, c’est-du-gros-n’importe-quoi !

Ce travail est tellement un don de soi. Beaucoup de gens pensent qu’être éducatrice, c’est magique. Ben oui toi. On passe nos journées à chanter des chansons, faire des bricolages et s’émerveiller de l’innocence des enfants. Ben non. On passe nos journées à changer des couches, à courir après notre temps pour fiter dans le timing de la routine rythmée au quart de tour.

On fait de la discipline. On joue aux perroquets, on range des vêtements souillés dans des sacs en plastique qu’on n’a même pas le temps de rincer tellement on est dans le jus. On crème seize enfants deux fois par jour, on enfile le même nombre de bas de soute l’hiver. Sans compter le nombre de fois où on court après des mitaines égarées et des cache-cous oubliés.

On fait une programmation qui touche à toutes les sphères de développement et qui coïncide avec l’âge des enfants de notre groupe pour finalement, (trop souvent) faire fuck all de ce qu’on avait prévu parce l’administration nous pousse dans le cul pour être dehors à 10h01 au plus tard. Et si en plus t’as la chance d’avoir un escalier à monter… il te reste exactement quatorze minutes et vingt-sept secondes pour réussir à faire trente-deux empreintes de mains sur un papier de construction. Question de prouver aux parents de tes marmots que tu ne te pognes pas le beigne.

Ça c’est sans compter les cas plus difficiles. Des enfants, pitchez-moi des roches, très mal élevés ou en attente d’un diagnostic. Et là, tu demandes de l’aide. Mais l’administration est trop occupée à remplir sa pouponnière pour faire plus de cash (T’sais, des poupons, c’est payant) et elle est trop radine pour te procurer de l’aide extérieure. Tu te fais alors dire, entre deux changements de couches et quatre mouchages de nez, que tu devrais faire du renforcement positif. TU ME NIAISES-TU?

À toi, parent, client d’un CPE, d’une installation privée ou d’un milieu familial. À toi, le parent qui a de la difficulté à gérer ton kid qui fait une crise de bacon à côté du stand de barres de chocolat à l’épicerie, je veux te dire… Sois gentil ok? Viens pas chialer en fin de journée que la manche du t-shirt de ton gars est taché de jus de bette. T’avais juste à pas lui mettre pour venir à la garderie.

Et à toi, chère ancienne collègue, à toi, éducatrice de mon enfant qui j’espère lira ce texte, je tiens à te dire que je te lève mon chapeau, que je te vénère. Ton travail n’est pas assez reconnu.

Mais de la reconnaissance, envers toi, j’en ai un char pis une barge ! Merci.

Crédit : Sasenki/Shutterstock.com
Margaux MacKay
MARGAUX MACKAY

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