L’avortement ou la fois que j’ai appris la présence du passager clandestin

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Je ne sais pas trop comment c’est arrivé. Est-ce une de mes rares pilules oubliées ou bien est-ce que mon chum est équipé avec un régiment de spermatozoïdes olympiques voulant défier ma médication anti-bébé? On ne le saura vraiment jamais mais bref, plusieurs malaises physiques plus tard, j’ai fait le test de la vie et force m’était d’admettre que j’avais passé haut la main avec les deux barres bien inscrites, révélée par mon pipi sur un insignifiant bout de plastique. Assise sur ma toilette, les pantalons aux chevilles, j’ai pleuré. J’ai pleuré dans la douche. Puis, j’ai pleuré sur mon divan. Et dans mon lit.

Mon idée était faite depuis des années déjà; devant cette situation, il était évident que j’aurais recours à l’avortement. Sans questionnement. Mais, tout de même, de nouvelles questions me sont apparues.

De quoi aurait-il eu l’air, ce bébé qui me donnait déjà des nausées? Aurait-il les yeux de son papa? Peut-être mon nez? Aurait-il ressemblé à ses sœurs? Aurait-il été un garçon ou bien une fille?

Et ses sœurs, comment auraient-elles trouvé la nouvelle? Probablement qu’elles auraient été emballées.

Comment l’aurait-on appelé? La question qui tue quand tu attends un enfant. Un choix déterminant! Un nom grandiose parce qu’on attendrait de lui des choses toutes aussi grandes? Ou bien un nom bien ordinaire qu’il partagerait avec quatre ou cinq enfants de sa classe tout au long de ses années scolaires? Un nom composé qu’il aurait de la difficulté à écrire? Ou bien un nom très court? Nous serions-nous entendus sur un nom ou j’aurais cherché toute seule de mon côté et mon chum aurait approuvé ou refusé mes suggestions?

Aurait-il été en santé? J’avoue avoir bu beaucoup trop de vin alors qu’il était passager clandestin. Aurais-je été une maman empathique? J’ai si peu de tolérance pour les gens qui se plaignent d’être malades. J’aurais pu lui prodiguer de bons soins et mon chum est presqu’un pharmacien; à nous deux, on aurait su veiller à son bien-être. Mais la santé, c’est quelque chose qu’il nous est impossible de contrôler. Aurais-je pu être une bonne maman pour un enfant malade?

Aurait-il été agréable? Gentil? Autonome? Heureux? Aurait-il eu beaucoup d’amis ou très peu? Aurait-il été intelligent? Un peu tannant? Petit ou bien grand? M’aurait-il donné des cheveux blancs? Aurait-il testé ma patience? Fort probablement, j’ai la mèche courte, c’est connu. J’aurais assurément pleuré plusieurs fois.

Toutes ces questions m’ont traversé l’esprit, mais je suis en paix avec le fait qu’elles ne trouveront pas leurs réponses. Je ne saurai pas qui ce foetus aurait pu être. J’assume ma décision d’y aller de l’avant avec l’avortement. En y pensant, j’ai des larmes de soulagement. Soulagée de pouvoir choisir de garder ma vie comme elle est actuellement. Soulagée de ne pas me rendre malheureuse à élever un enfant qui n’est pas désiré par deux parents qui en ont déjà plein les bras. Soulagée aussi et surtout d’être aussi certaine de mon choix et soulagée d’avoir un chum présent, qui m’appuie, tout près derrière moi. Mais reste que j’aurai peut-être quelques fois, l’espace de courts instants, une petite pensée pour ce petit passager clandestin qui n’est plus.

La Collaboratrice dans l'Ombre
LA COLLABORATRICE DANS L’OMBRE

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