À toi, le parent qui court à l’infini les soirs de semaine

woman angry kitchen

La cloche annonçant la fin de ton shift de travail s’apprête à retentir et tu te tiens près au départ, toi, le parent moderne, spécialiste sans ressources tangibles de la conciliation travail-famille.

À 4h30, tu t’élances et tu sautes successivement dans ton coat, ton char et l’autoroute paquetée de monde, tout en jetant un coup d’œil inquiet et frénétique au temps qui file, craignant d’arriver en retard à la garderie de ton cadet et de devoir affronter un bill aussi salé que la face de carême de l’éducatrice de ton p’tit par le fait même qu’elle aussi est en retard sur son quart parental de soir.

Pendant que ton p’tit s’habille à la vitesse d’une tortue mourante en quête d’un plan d’eau sur une plage du Costa Rica, tu te consumes en jetant un coup d’œil à ta montre toutes les trois secondes et quart en poussant des soupirs plus bruyants qu’un respirateur artificiel, tout en te demandant comment ton p’tit, qui prétend courir plus vite que Spiderman, Iron Man et tous leurs dérivés, ce même p’tit qui te file entre les doigts en s’époumonant tout nu dans le corridor à l’heure du bain, peut mettre autant de temps à enfiler quatre malheureux vêtements et une paire de bottes.

Après avoir replongé une vingtaine de minutes dans l’abondance d’une trâlée de chars remplis de gens heureux avec les poings en l’air et la face crispée parkés sur le chemin, tu arrives finalement chez vous avec la broue dans le toupet et des cernes aussi marqués sous les bras que dans la face, prête pour la suite plus trépidante et renversante encore de cette mémorable, usuelle et interminable soirée de semaine.

La plus vieille, arrivée à la maison par ses propres moyens grâce à son autonomie grandissante, est attablée devant ses quarante-huit livres de devoirs et leçons qui te ramèneront plus tôt que tard à revisiter des notions académiques qui ont pris le bord de ta mémoire en 1990 pour cause d’inutilité totale évidente. Ses yeux dans la graisse de bines suivant les allées et venues de son frère pas mal plus intéressantes que son duo-tang jaune et son livre plate sur les baleines t’obligent à la rappeler à l’ordre toutes les trois secondes et quart tout en t’adonnant à la préparation du souper dans la joie et l’allégresse.

Ton cadet choisit le moment où t’as les deux mains dans le steak haché pour renverser son verre de jus dans un grand cri auquel sa sœur répond par un second cri encore plus strident au moment même où ta belle-mère trouve que ce serait un maudit bon timing pour appeler, question de prendre des nouvelles.

Quinze minutes plus tard, ton souper est accueilli de j’aime-pas-ça et de grimaces en rafale et se poursuit avec des négociations musclées sur le thème d’encore-trois-bouchées-pour-avoir-un-dessert et de boudage en bonne et due forme jusqu’à ce que les assiettes, ou ta jauge de patience, c’est selon, soient complètement vides.

Après avoir battu ton dernier record de cordage de vaisselle dans le lave-vaisselle plus rempli que jamais, l’annonce du bain est accueillie par une pluie de protestations nécessitant que tu répètes plus ou moins quarante-huit fois pour que tout le monde daigne se déshabiller, non sans mentionner à quel point la vie est injuste.

Le bain se passe sans anicroche jusqu’à ce que tu annonces que c’est le jour J et que tout le monde devra être torturé par un douloureux lavage de cheveux qui se terminera par une crise de larmes pour cause de savon qui pique-pas dans les yeux.

Dents brossées, pyjama sur le dos, tu couches ta progéniture dont les trémolos dans la voix témoignent de son état de non-retour imminent en raison d’une fatigue critique et accrue qu’elle croira bon de traiter en restant réveillée et en se relevant huit fois plutôt qu’une pour cause de soif incontrôlable, d’envie de pipi soudaine, d’effroyable peur du feu et de monstres dans le garde-robe, tout en prenant soin de scraper l’ultime moment où tu prévoyais t’évacher dans le divan, tant attendu depuis six heures et quart ce matin.

Au bout de ton jus et de tes ressources, tu t’endors finalement dans le divan vingt minutes après l’extinction des feux. Mais, c’est pas plus mal. Parce qu’à minuit et demi, la gastro, la toux et les cauchemars pourraient bien s’inviter.

Lâche pas, toi, le parent qui court à l’infini les soirs de semaine. Je suis avec toi. On l’est tous.

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Crédit : Andrey Armyagov/Shutterstock.com

4 thoughts on “À toi, le parent qui court à l’infini les soirs de semaine

  1. Ninoune Répondre

    Exactement ça !!!!

  2. Brigitte A. Répondre

    Bon, ça ressemble à mon quotidien, mais il y a le papa qui est là pour m’aider. Ah oui!!!!, il ne faut pas oublier les lunchs, autre tâche qui s’ajoute. N’empêche que le soir, avant d’aller au lit, je regarde mes fils dormir avec amour et fierté. On lâche pas.

  3. lau and the girls Répondre

    Haha, mais c’est tellement ça !

  4. Amélie Répondre

    Défaire les lunchs, refaire les lunchs. Vider le lave-vaisselle, remplir le lave-vaisselle. Faire sécher les mitaines, tuques, bottes. Passer l’aspirateur une fois le souper terminé. Préparer le souper du lendemain… En plus de tout ce qui est écrit dans ce si beau texte!!!! Et tout ça entre 18:00 et 20:00… Lancez-moi des pierres si vous le désirez mais moi je ne trouve pas que c’est digne d’une vie équilibrée 🙁

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