Tes antidépresseurs, ta honte

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Je veux te parler du papier chiffonné au fond de ta sacoche qui te ramène à ce que tu crois être tes faiblesses. Oui, je veux te parler de ta prescription d’antidépresseurs que tu te refuses à aller chercher à la pharmacie.

Je suppose que t’es allée consulter parce que tu te sentais ben fatiguée, limite à boutte, ou que t’avais commencé à avoir plein de symptômes physiques inquiétants. Tu sentais que quelque chose clochait, comme si ton corps te lâchait.

J’imagine que t’es débarquée un matin dans le bureau de ton médecin. J’imagine que tu t’es surprise à pleurer ta vie quand il t’a demandé ce qu’il pouvait faire pour toi aujourd’hui. Tu l’as pas vue venir, la valve de ton trop-plein qui s’est ouverte d’un coup, pour laisser échapper tout ce que t’avais sur le coeur. Parce que t’étais pas là pour ça, t’sais. T’étais là pour ton malaise physique.

Le médecin t’a écoutée, patiemment, le regard compatissant. Il t’a questionnée longuement, il t’a examinée, puis il a tranché : ton bobo, il se passe dans ton cerveau. Il t’a donné quelques conseils et il a signé le petit papier que t’as mis au fond de ta sacoche. T’es repartie, bouche bée.

C’est pas pour moi, que tu t’es dit. T’es vraiment juste trop fatiguée, que tu t’es répété. Tu vas te ressaisir, ça va te passer. T’es certainement pas rendue là, toi. Pis tu t’es crue. Parce que t’as toujours regardé d’un œil mauvais les médicaments qui jouent dans la tête des gens. T’as souvent jugé ceux qui en prenaient, par ignorance, je sais, et tu t’es toujours dit que toi, t’en aurais jamais besoin.

Je sais que tu penses que t’es plus forte que ça. En fait, tu veux être plus forte que ça. Tu veux être capable de t’en sortir toute seule. Tu te dis que tu vas y arriver, t’as juste besoin de repos, pis de beaucoup de volonté. Oui, je sais tout ça. Ça se peut.

Mais admettons que finalement, tu n’y arrives pas et que tu te décides à aller les chercher. Je veux te dire que t’as pas à avoir honte. T’es tellement pas la seule qui tombe au combat. Tu le sais juste pas, parce que ces choses-là, on ne les dit pas. On ne s’en vante pas.

T’auras beau te juger comme t’as jugé les autres qui sont tombées avant toi, il reste qu’il y a un déséquilibre dans ta vie, et qu’il y en a un chimique dans ton cerveau, aussi.

Ça se peut que la volonté et le repos ne suffisent plus pour rétablir cet équilibre chimique dont t’as besoin pour fonctionner au quotidien. Pour réussir à jongler avec ton matin-pressé-garderie-métro-boulot-stress-garderie-devoirs-stress-souper-activités-stress-bain-dodo-insomnie sans l’échapper deux ou trois fois par jour et sans te sentir plus que complètement dépassée si une journée, y’a quelque chose qui s’ajoute, que t’avais pas planifié.

Alors, j’aimerais ça qu’aujourd’hui, tu mettes ton jugement envers toi-même de côté, pis que t’acceptes que t’as le droit d’utiliser l’aide qui est sur ton papier.

J’aimerais ça que tu admettes que c’est pas un échec et que personne ne te demande d’être parfaite. Sauf toi.

J’aimerais ça que tu comprennes que t’es pas faible parce que tu n’arrives plus à tout faire, parce que t’es complètement dépassée par ta vie ou parce que ton anxiété t’empêche maintenant de fonctionner. T’es juste humaine et t’as probablement juste essayé d’être trop forte, tout le temps et trop longtemps.

J’aimerais ça que tu acceptes que c’est correct de te donner ce coup de main dont t’as besoin pour te sortir la tête hors de l’eau.

Quand tu respireras de nouveau, tu pourras apporter les changements dans ta vie qui t’empêcheront de retourner là où tu te trouves aujourd’hui.

Mais avant, permets-toi de respirer plus facilement.

Parce que ta santé mentale, elle a beau être invisible, c’est la base de ton bonheur.

Et il n’y a pas de honte à vouloir ton bonheur, même si ça veut peut-être dire pour toi de passer par les antidépresseurs.

Meliane
MELIANE

13 thoughts on “Tes antidépresseurs, ta honte

  1. Cyn Répondre

    Merci mille fois

  2. Cyn Répondre

    Merci mille fois ?

  3. Kim Répondre

    Encore tellement tabou ! Il n’y a pas de honte à en prendre câline! Tu as la sagesse de t’aider! Sois en fière! Ou fier. ..J’en ai déjà pris et ça m’a sauvé la vie. Avec l’aide d’une Psychotherapeute incroyable! J’étais dans les abîmes …. je n’existais plus…je survivais… je suis bien aujourd’hui . Je suis à l’écoute de mes besoins. Je suis capable dire non ….je me respecte. J’ai travaillé sur moi et je le fais encore chaque jour. Je ne suis pas parfaite et je ne voudrais jamais l’être!

  4. Cynthia Répondre

    Merci milles fois pour ce billet
    Hier mon BB a eu deux mois et ma plus grande 20 mois et j’en arrache tellement ! Demain au RDV de suivit de mon mini j’avais affronter mon angoisse et avouer l’inavouable ! J’ai un post partum!

  5. Nancy Répondre

    Tellement vrai Merci ?

  6. Marie Répondre

    Merci, merci, merci !! 🙂

  7. Marie Répondre

    Merci, c’est exactement ce que j’avais besoin d’entendre. Je me suis tellement revue avec mon papier en sortant du bureau du médecin vendredi passé. C’est bon de voir que je ne suis pas la seule.

  8. Caro Répondre

    Une réalité que bien trop de mamans vivent dans le silence. N’ayez pas peur de parler à votre entourage. Vous pourriez rester surprises. J’ai du me rendre très bas pour être capable d’affronter ma nouvelle vie: maman de 2. Il faut écouter les messages que notre corps nous envoie. Je sais que c’est facile à dire (ecrire) mais une fois que c’est fait, la remontée est beaucoup plus facile. Et non ce n’est pas une question de faiblesse la médication ou la thérapie. Ce sont des très bons outils pour s’aider à aller mieux. Reste que prendre le temps et se reposer sont essentiels à la guérison. Demandez de l’aide à vos proches. Ils sont plus susceptibles de vous comprendre s’ils savent ce qui se passe. Prenez soin de vous.

  9. Lili Répondre

    Merci vraiment merci . Une maman au bout du rouleau et qui commence les antidépresseurs.

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  11. Cha Répondre

    Moi c’est pas la honte qui me freine, c’est la trouille des effets secondaires et puis de ne plus parvenir à m’en passer plus tard…

  12. Marie Répondre

    J’ai traîné cette prescription 6 mois… sans me rendre compte que mon état se détériorait. 6 mois plus tard, une neuropsy que je voyais pour evaluer un TDA m’a gentillement fait réaliser que le rouleau était vide… depuis un bout! Le lendemain, j’etais en arrêt de travail avec des antidépresseur et RDV chez une psy. 1 an plus tard, je vais mieux que jamais! J’ai passé’ 6 mois en arrêt, à accepter ce qui m’arrivait, à prendre soins de moi. Le plus beau cadeau que j’ai pu me faire!

  13. Francois Répondre

    Pour moi aussi, comme surement plusieurs, ce sont les risque de dépendances et d’effets secondaires qui font qu’on essaie de ne pas en arriver la. Je comprends pas qu’il y ait encore de honte en 2019, ce devrait etre le contraire. Pour moi, c’est une fierté de ne pas etre capable de continuer de courir dans un monde aussi fou, matérialiste et superficiel.

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