Des fois, mon chum, j’aurais le goût de te hurler après

woman sad crying on floor

Des fois, mon chum, j’aurais le goût de te hurler après. J’aurais le goût de te prendre par les épaules pour te brasser pis te forcer à m’expliquer. M’expliquer ce qui s’est passé pour que tu deviennes l’homme que tu es aujourd’hui.

Avant, avant, il y a dix ans, avant qu’on soit des parents, avant même qu’on soit un couple, tu étais mon meilleur ami. T’étais drôle, insouciant et plein de vie et de projets. T’as remué ciel et terre pour me conquérir pendant des mois et force est d’admettre que t’as réussi, même si j’étais à terre, brisée en mille morceaux et méfiante. Tu m’as prise comme ça, pis t’as recollé les morceaux, un à un, à coups de caresses, de folies, de patience et de compréhension.

Pis avec tout ça, j’ai fini par me reconstruire, pis par me trouver belle à travers tes yeux.

Ça fait qu’on a continué notre vie à deux, sur le chemin tout tracé que la plupart des couples empruntent sans se poser de questions. On a eu un enfant, on a acheté une maison, on a vécu plein de bons moments. On a eu notre lot de malheurs aussi, mais on est toujours passés à travers.

Alors qu’est-ce qui s’est passé? J’ai beau retourner ça dans ma tête encore et encore, je ne sais pas à quel moment on s’est perdus. À quel moment le fait qu’on soit totalement opposés a cessé d’être drôle pour devenir épuisant. À quel moment j’ai cessé de me trouver belle dans tes yeux, parce que tes yeux ne me regardent même plus, sauf pour demander quelque chose.

Avec le recul, je me rends compte qu’on a traversé notre lot de malheurs parce que j’ai toujours ramé comme une folle pour ne pas tomber dans la cascade pendant que toi, tu faisais juste te laisser porter par le courant. Tu t’es appuyé sur moi parce que malgré mes fissures, en bout de ligne, je suis devenue plus forte que toi et je n’ai plus jamais eu le droit de craquer. Je n’ai pas pu m’appuyer sur toi à mon tour. Dans les moments les plus noirs, tu n’as jamais éclairé ma route.

J’ai parlé, j’ai crié, j’ai pleuré. Tu reviens toujours, mais tu ne restes jamais. Tu retournes à tes petites affaires dès que la tempête se calme, dès que la méfiance s’en va, dès que je vais mieux. Tu nous laisses en plan, moi et ton enfant, me laissant me débrouiller toute seule, trop occupé par tes séries télé, tes jeux vidéo ou tes mille et un projets, même si tu les fais parfois pour moi, sans comprendre que ce dont j’ai besoin, c’est juste de ton temps.

J’essaie, je te jure que j’essaie de toutes mes forces. J’essaie de comprendre, de te trouver des excuses, de me parler et parfois même de faire l’autruche en me disant que c’est pas grave. Mais force est d’admettre que je suis épuisée d’essayer. Force est d’admettre que malgré mes convictions, malgré la peur de l’inconnu et la culpabilité d’imposer ma décision à notre enfant, peut-être que je vais devoir sortir ma tête d’autruche du sable et finir par me choisir avant d’être si épuisée que je ne pourrai même plus me relever. Tu sais, comme quand tu m’as trouvée.

La Collaboratrice dans l'Ombre
LA COLLABORATRICE DANS L’OMBRE

Une réflexion sur “Des fois, mon chum, j’aurais le goût de te hurler après

  1. Flo Répondre

    Ça me parle tellement en ce moment. Comment être sûre de faire le bon choix ? Comment être sûre qu’il n’y a plus rien à tenter?

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