J’ai peur de la mort depuis que je t’ai

femme forêt noire

Mon fils,

Tu es encore trop petit pour comprendre ce que je veux t’expliquer mais un jour, tu n’auras pas le choix d’être confronté à cette noirceur, à cet après-la-vie.

Je sais qu’à tes yeux je suis la plus grande et la plus forte. Je n’ai jamais vraiment eu peur de la douleur ou de la souffrance. J’ai vécu beaucoup d’épreuves, comme toutes les grandes personnes. Mais une chose que je connais peu, c’est la mort. Et je te l’avoue, mon cœur, cette grande faucheuse m’effraie depuis que tu es venu au monde. Je suis devenue maman et en même temps, j’ai commencé à avoir peur de la mort. La tienne, la mienne, celle de ton père ou de tes grands-parents. Ta vulnérabilité me touche et me secoue tout à la fois. Quand tu es né, mon cœur a explosé d’amour mais j’ai aussi ressenti une frayeur : au-delà de toutes les responsabilités que porte une mère, il y a cet inéluctable devoir d’être présente pour toi en toutes circonstances.

Souvent, je te regarde et je me dis que tu as de la chance d’avoir toute la vie devant toi. Puis, une ombre sournoise s’insinue dans mon esprit souvent trop préoccupé : et si ta vie devait s’écourter abruptement? Et si tu devais ne vivre que cinq ans, douze ans, vingt ans? Je ne sais pas si j’y survivrais. On dit qu’il n’y a rien de pire que d’enterrer son propre enfant. Les ombres de la nuit me gardent éveillée : et si tu t’endormais et ne te réveillais plus jamais? Si l’un de nous, tes parents, venait à partir, qui te réconforterait, qui prendrait soin de toi, qui préserverait encore quelque temps ton innocence?

Je sais, il ne faut pas penser comme ça. Il faut mordre à pleines dents dans notre existence savoureuse. Je le pense vraiment, du haut de toutes mes contradictions.

Je vais essayer de te protéger du mieux que je peux du mal dans ce monde, de cette vicieuse silhouette encapuchonnée. Mais je vais aussi tenter de t’outiller pour que tu saches te défendre par toi-même.

J’espère ne jamais te transmettre cette peur car je veux que tu fonces dans la vie tête baissée. Que tu n’aies aucun regret. La prudence est une bonne chose. La peur est un handicap.

Par contre, un jour tu seras toi aussi confronté à cette réalité implacable. Je devrai être ton guide dans cette ultime épreuve. Je devrai t’expliquer pourquoi un membre de ta famille est parti et te dire où il est. Je devrai te dire que c’est la maladie qui est venue chercher ton camarade de classe. Je devrai tenir ta main dans le chagrin.

Je dois donc moi-même confronter cette crainte qui m’habite.

J’ai peur de la mort, mais je raffole aussi de la vie. J’espère que c’est ce don de voir la beauté en toutes choses que je te transmettrai.

Et puis, qui sait, peut-être qu’avec tes yeux d’enfants, avec ton regard jeune et enjoué, contrairement au nôtre parfois blasé, tu imagineras que c’est beau là-bas, après la vie, au-delà de la pénombre.

Crédit : pexels.com
Virginie Boissonnault
VIRGINIE BOISSONNAULT

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