Les bébés collés

frère soeur rue

Ce matin, tu te surprends à verser les céréales de ta plus jeune dans le verre à bec de ton plus vieux, le tout agrémenté du palmarès des cris les plus irritants jamais répertoriés en guise de trame sonore.

Une seconde d’attente dans une vie de bébé, c’est trop long et ça peut faire en sorte qu’un beau p’tit matin tranquille devient un calvaire viscéral in-ter-mi-na-ble. Ce sera peut-être pas ta meilleure de la semaine celle-là, fille. Tu le sens.

C’est un peu comme quand tu dis à ton terrible two de mettre sa suce sur sa tête et que pour une fois il t’écoute, t’sais. Parce que sa casquette va toujours partout sauf là pis que des fois t’es mêlée pis ton cerveau se déconnecte de ta bouche. Pis là, tu te demandes sûrement ce qu’il fait encore avec une suce à deux ans. Moi aussi. C’est ça qui se passe quand tu les as ben collés, t’sais. Les étapes s’étirrrrrrent, un peu comme ta shape.

Au fait, t’es grosses ben-ben longtemps quand tu les as collés et pis ben souvent t’es deux étés de suite à pas pouvoir boire pour l’oublier. Un peu comme une maman éléphant, le bouton gestation reste collé. Ça fait que le troisième été, où t’as pu rien dans le bide, tu vires complètement crackpot en voyant une bière frette sur la tablette du frigidaire. Aussitôt engloutie, aussitôt cock-e-tail la bonne femme, ça y est, ta tolérance à l’alcool te rappelle tes quatorze ans.

Pis le coup de grâce sur ta carcasse qui tente de garder le cap, c’est quand ton premier atteint l’âge plaisant du deux ans pis que ton bébé lui, perce ses dents. Tu te dis que ouin, t’avais pas trop réfléchi que c’était pour être autant du sport de les avoir aussi collés. Des fois, tu t’attends à recevoir un trophée, j’sais pas, quelques chose. Sur quelle tablette ta bière déjà ?

Si toi, tu connais ton sac à couches dans ses moindre détails, la mamie, elle, est peut-être ben mêlée dans tout ça, t’sais. Ça fait qu’un beau jour, c’est avec le teint vert que ton plus vieux recrache comme un dragon l’alimentum de sa sœur de huit semaines qui est, soit dit en passant, intolérante au lactose (insérer ici une musique d’horreur) et sur le bord de finir un six onces de lait de vache frette dans les bras de la mamie, le p’tit popotin ben lousse dans une couche numéro six. Ouin.

Y’a pas juste des mauvais côté à faire tes kids back à back. Oui, t’es méga stressée en permanence, sollicitée comme jamais dans ta vie mais tu vois déjà leur complicité cheminer. Ça t’en donne la chair de poule. Ils vont être comme deux doigts de la main, c’est évident. Un peu comme Batman et Robin, un n’ira pas sans l’autre, t’sais. Ces deux-là vont toute se dire, tout se partager, ils vont se tenir la main plus souvent qu’autrement et pis c’est déjà commencé.

La petite étincelle dans les yeux de bébé-rampeur à l’aurore redonne un sourire certain à ton adolescent moi-je-me-réveille-avec-un-air-de-marde-parce-que. Et pis il suffit que ton plus vieux fasse apparition devant bébé-pleurnicheur pour que celui-ci émette un gloussement de plaisir puissant et capable de susciter la jalousie de tous les dindons de ce monde.

Ça fait que prends ton mal en patience, tu vis juste ta maternité d’une façon ben intense, t’sais. Pis même si pour le moment tu chies en buvant ton café pis que tu dors pas plus qu’à l’hôpital, j’te promets que ça va en avoir valu le coup, de les avoir eu si rapprochés.

Stéphanie Hébert
STÉPHANIE HÉBERT
Crédit : pixabay.com

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