Prenez des risques mes enfants

kid in playground

Mes enfants,

Vous êtes la prunelle de mes yeux. Je vous protégerais contre tous les dangers de cette planète si j’en avais la possibilité. Je dormirais d’un seul œil sans me plaindre de ma fatigue si je le devais. Je vous attacherais à ma jupe si je le pouvais. Je ferais tout cela… si c’était la chose à faire. Le mieux pour vous.

Mais la vérité, c’est que dans votre vie, je vous souhaite indépendantes. Je vous souhaite libres. Je vous souhaite audacieuses. Je souhaite qu’aucune peur ne vous arrête. Je souhaite que vous fonciez, tête première. Confiantes. Sûres de vous. Solides.

Sauf que je vois bien que j’ai parfois tendance à vous façonner avec mes propres peurs. Je voudrais que vous puissiez avoir le même genre d’enfance que j’ai connue, mais je réalise que je suis la première à vous empêcher de la vivre, cette enfance où rien ne nous entravait réellement.

Parce qu’avec mes yeux de maman ours, tout a pris une autre dimension.

Là où vous voyez un arbre parfait pour grimper, je ne vois qu’un gratte-ciel duquel vous allez immanquablement tomber et vous briser, malgré votre agilité déconcertante.

Là où vous voyez une petite rivière parfaite pour la chasse aux grenouilles, je ne vois qu’un océan où vous allez inévitablement sombrer, malgré vos cours et vos gilets de sauvetage dûment attachés à vous.

Là où vous voyez une rue paisible pour vous y promener à vélo, je ne vois qu’une autoroute sans limites de vitesse, malgré vos casques ISO 9000.

Là où vous voyez un magnifique parc prêt à vous offrir mille et une possibilités, je ne vois qu’un endroit parfait pour quiconque mal intentionné de vous mettre le grappin dessus.

Mais je sais que c’est ma vision qui vous fera un jour dire que vous n’avez pas vécu à fond votre enfance. Je sais que ce sont mes peurs qui vous briment de vos droits d’enfants de vivre naïvement.

Je sais que là où je vois et où j’anticipe un million de dangers, vous ne voyez qu’un million de possibilités. Un million d’aventures. Et je sais que vous avez besoin de les vivre, malgré les bleus qui apparaîtront et qui me feront frissonner de peur, malgré les genoux écorchés que je devrai panser et les larmes que je devrai sécher.

Parce que ces petites marques de vos aventures vous endurciront et vous prépareront aux autres coups, plus importants, que la vie vous réserve, forcément. Et si je passe votre enfance à vous éviter chaque douleur, chaque peur qui pourrait découler de vos actions, je ne vous prépare en rien à affronter la vie qui s’ouvre devant vous.

Et je sais que je ne peux pas vous élever sous une cloche de verre et espérer lever celle-ci le jour de vos dix-huit ans et que vous soyez devenues, ces aventurières que je vous souhaite d’être. Si je n’ai pas appris à vous laisser découvrir le parc au coin de la rue, comment je pourrai consciemment vous laisser partir découvrir les quatre coins de la planète?

Parce que le monde ne sera jamais aussi beau que vu à travers vos yeux et c’est à la conquête de celui-ci que je souhaite un jour, vous voir partir.

Marie-Claude Lamarre
MARIE-CLAUDE LAMARRE

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