La revanche de papa : c’est malade un enfant

scared father

Je sais très bien où est la vaseline. Je la convoite en silence, sur la tablette du haut, entre ton Ativan et ton cache-cernes « pêche creuse tombante » qui ne fait pas vraiment la job (je parle du cache-cernes car l’Ativan semble être efficace quand vient le temps de faire nos devoirs). Elle me regarde quand j’ouvre la porte, se demandant quand elle sera utilisée enfin et moi, hyprocritement, je fais mine de ne pas la voir. Depuis quand ai-je ce pot de matière adipeuse? Est-ce que la cuvée Vaseline 2002 provient du même cépage que celle de 2003? Comment avoir confiance en une substance dont le nom débute par les mêmes lettres que vasectomie? Y’a pas de produits dont la racine de nom démarre par « Exci »? Si oui, le marketing avait le cerveau dans la graisse ou était amputé du jugement lors du tour de table.

Cela analysé, aujourd’hui, pendant que tu n’étais pas là, j’ai eu à m’en servir. J’ai dû enduire le bout du dispositif à Celsius et l’introduire dans notre enfant blême  »gerbe d’azur nordique » et bouillant qui se plaignait sans cesse de façon insupportable. Mais où étais-tu? J’ai fait le tour de la maison trois fois en criant démesurément ton nom avant de lire sur le réfrigérateur que c’était ta journée spa avec ta soeur, celle à qui tu contes mes défauts et dont je suis la référence de ce que  »ne pas être un homme » est. Tu parles d’une idée d’aller là le jour où notre enfant est malade! T’as pas pensé qu’il pourrait peut-être avoir besoin de toi!? Où étais-tu quand les cours de maternité sont passés!?  Allô!!?

Sentant le patchouli (et moi le Pacioretty) sur photo à plein nez, je t’ai vu poster ton vision board en buvant une eau de source aux extraits d’endives, non stimulée sensoriellement par une trame sonore de flûte de paon inca, alors que moi je te textais frénétiquement à m’en déboîter les pouces pour savoir où était la carte d’assurance de la maladie de notre enfant. Alors que tu prenais du temps pour toi dans ta robe de chambre « blanc Oxford » (un gris délavé auquel on a ajouté une noble ville britannique pour lui faire croire qu’il était encore blanc), je devais gérer un enfant dont le regard implorait ta présence; un regard d’enfant qui ne comprenait pas ton absence; un regard d’enfant anéanti par ton abandon égoïste; un regard d’enfant que Sylvie Legault aurait parrainé. J’te l’dis, on avait les mêmes yeux cet enfant et moi!!

J’en voulais aussi à ce petit asocial du CPE, reclus, dont les narines sont le perpétuel lit d’une épaisse texture frayant sa voie dans l’océan contagieux de sa bouche. Celui qui a pour fonction de contaminer la place de son fluide  »ocre chou d’égout » nasal (couleur non accréditée par Menjamin Boore), mais que je continue d’accueillir quand il vient se coller même si je ne suis pas son père parce que finalement, il est attachant… et gluant.

Plus débrouillard qu’un Grégory rappant en bretelles sur l’élément 25 du tableau périodique, je me suis mis à harceler la clinique avant l’heure de pointe où le système daigne nous considérer. Et j’ai appelé, et j’ai appelé, et j’ai rappelé, sans cesse, telle une bachata dont je ne connais pas les pas, encaissant cette ritournelle inhumaine et mécanique me disant que j’étais trop précoce du combiné. Et je faisais les touches 1-2-1-1 avant même qu’elle ne finisse de  livrer ses options car tu finis par comprendre son pattern et tu penses que tu gagnes du temps sur les autres infectés qui veulent voler ta place. À 21h29, ma contribution « rouge bilan négatif » d’impôts(ture) s’inclina devant celui frappant le 21h30 naissant, mieux synchronisé de la touche que moi.

À 21h31, il était trop tard, les billets pour Metallica avaient tous été vendus alors j’ai rappelé la clinique. Également sold out, celle-ci m’offrit de son timbre politique n’ayant pas joui depuis que le génital passa au digital, moyennant une modique somme  »vert US »,  l’option d’être reçu  par une clinique dans une galaxie loin de chez moi.

Empathique envers ma femme et comprenant l’engagement dévoué qu’elle déploie envers notre famille, je regarde maintenant son calendrier et je place mes rendez-vous professionnels, à la dernière minute, en même temps que ses sorties spas; comme cela, elle n’a pas le choix de les annuler. Je reviens quelques jours plus tard, après avoir travaillé fort loin de la maison, mais je ne me surprends plus d’être accueilli sans gloire par ses sous-vêtements  »beiges exténués de toute  faire tu’seule ».

Michael Melvin
MICHAEL MELVIN

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