Mon cancer incurable : lettre à toi, la maman en santé

sad boy and mother

La maladie, ça surprend au moment où on s’en attend le moins. J’étais encore une jeune maman avec un enfant à la garderie quand on m’a annoncé mon cancer. À l’aube de la trentaine, c’est une nouvelle difficile à digérer.

On vit plusieurs phases. On apprend la nouvelle. On la pleure. On comprend l’étendue des dégâts que le cancer a faits. On en veut à son corps de s’autodétruire. Puis, on se remonte les manches et on se déguise en guerrière. On fait un plan, une stratégie militaire avec l’oncologue, pour irradier l’ennemi. On part au combat, armée de résilience et vêtue d’une jaquette d’hôpital. On fait des X sur le calendrier des traitements à recevoir. On se bat, un traitement à la fois. On est épuisée, mais on continue. Puis, les drapeaux blancs sont levés. La guerre est finie. Pour certaines, c’est l’ennemi qui remporte. Pour moi, c’était le camp des gentils qui a eu raison.

Puis, quelques années plus tard, des maux de dos se sont pointés à l’horizon. Ils étaient le précurseur d’une mauvaise nouvelle : le cancer était revenu et cette fois, inutile d’essayer de le vaincre, c’est lui qui avait gagné du terrain et qui gagnerait à la fin. Mon cancer incurable m’habite. Le sablier de mon précieux temps sur terre a été tourné et je ne sais pas quand le sable aura fini de s’égrener.

Savoir que la mort te guette remet bien des choses en perspective. Au lieu de penser à plus tard, je profite du moment présent. J’essaye d’expliquer à mon fils d’en faire autant, de ne pas anticiper mon départ, mais plutôt de se concentrer sur les instants qu’on partage ensemble. J’essaye de lui apprendre que le bonheur, c’est vivre des expériences enrichissantes, bien plus que d’avoir un compte en banque bien rempli, une voiture de luxe et une grosse maison, le tout payé par une infinité d’heures travaillées .

Je fais mon deuil de ne pas avoir d’autres enfants, moi qui souhaitais revivre la maternité et le bonheur d’avoir d’autres bébés.

Je fais mon deuil de ne pas retourner au travail, moi qui aimais tant mon emploi et qui me sentais bien et accomplie dans mes tâches.

Je fais mon deuil d’être pleine d’énergie et de pouvoir pratiquer toutes les activités que je souhaiterais avec mon fils parce que je ne peux pas toujours suivre à cause de la fatigue que les traitements me causent.

Je fais aussi mon deuil d’une relation de couple ordinaire, parce que c’est lourd, parfois, pour les proches et que ça prend quelqu’un de bien spécial pour être capable de composer avec la maladie et surtout avec quelqu’un pour qui les jours sont comptés. Parce que c’est difficile de se sentir belle, désirable et attirante alors qu’on n’a plus un poil sur le caillou et qu’on est gonflée à cause des multiples traitements à la cortisone. Parce que la libido disparaît elle aussi et que la maladie et la perte d’énergie rendent la proximité naturelle d’un couple amoureux moins facile. Parce que c’est difficile de parler de cet aspect avec son conjoint et c’est aussi difficile pour l’autre de savoir comment réagir, quoi faire avec cette vulnérabilité-là.

Je fais mon deuil de ma famille, mes proches, qui vivent eux aussi ma maladie avec moi. Je n’ose pas leur demander trop d’aide de peur de les inquiéter et pour éviter d’être un poids pour eux. Le cancer d’une personne touche son entourage au grand complet. On vit tous un deuil ensemble, il est simplement différent.

Profiter du moment présent, c’est bien, mais il faut également prévoir ce qui arrivera après mon départ. Mes papiers sont en ordre, la suite des choses est organisée et les gens concernés sont avisés des démarches à entreprendre, de mes souhaits, mes volontés.

Et puis il y a lui, ce petit humain, le seul que j’ai créé et qui me survivra. Celui-là avec qui j’ai décidé de faire un rasage de crâne mère-fils pour lui éviter de vivre le choc de la perte de mes cheveux. Celui-là qui tente tant bien que mal de comprendre la vie et la mort du haut de ses huit ans. Celui-là qui s’inquiète de ce que l’avenir lui réservera quand sa maman ne sera plus là. Celui-là, le futur avocat, qui négocie avec moi le soir venu pour passer quelques instants de plus à mes côtés, instants que je ne peux lui refuser. Celui-là qui vit le moment présent et qui me recentre, qui me donne des leçons de vie, mais qui en apprend tout un paquet, lui aussi. Celui-là avec qui j’organise plusieurs activités pour qu’on ait de beaux souvenirs à se raconter et surtout, pour que lui puisse se rappeler des beaux moments que nous aurons partagés. Celui-là qui trouve ça difficile parfois de voir sa maman malade, sans énergie, fatiguée et qui en est un peu fâché. Celui-là qui traversera les grandes étapes de sa vie sans sa maman présente à ses côtés, les larmes aux yeux, trop fière de lui.

Donc à toi, la maman en santé, je te dis de profiter de tous les instants que tu as avec les tiens. Je te dis de vivre au jour le jour, vivre le moment présent. Parce que moi, je sais que mon sablier est tourné, je sais que mon temps file, mais qui sait combien de temps il te reste à toi? N’attends pas d’être malade pour le réaliser et profite de ta santé pour passer du temps avec tes êtres aimés.

Catherine I.
CATHERINE I.

Une réflexion sur “Mon cancer incurable : lettre à toi, la maman en santé

  1. Jessyca Répondre

    Chère maman malade d’un cancer incurable, j’ai beaucoup de sympathie et je comprends relativement bien ce que tu vis, je suis une maman en santé qui élèvera seule trois jeunes enfants quand mon amoureux, leur super papa, aura levé son drapeau face à son cancer incurable (et très agressif). Alors, je te souhaite encore de belles journées vécues une à une !!

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