Mon fils, l’échappatoire à mon anorexie

pregnant woman on scale

C’était arrivé. J’étais enceinte. La joie et l’amour auraient dû être au rendez-vous. Mais la vérité c’est que tu m’as donné mal au ventre dès les premiers instants que j’ai su que tu t’y trouvais. Et pas seulement au sens littéraire. Non. Mon corps était paralysé d’apprendre qu’il n’était maintenant plus le seul à vouloir survivre.

Mon fils, tu as grandi dans un corps amaigri, meurtri et négligé mais tu as été mon échappatoire pour mettre fin à cette foutue maladie, mon anorexie.

Je m’en souviens comme si c’était hier. J’étais si stressée à l’idée de devoir manger contre mon gré, de perdre le seul contrôle que j’avais sur moi depuis des années. Et malgré tous mes efforts durant ma grossesse, j’ai entendu des gens me passer des commentaires sur ce que je devais ingérer ou pas. Sur mon poids qui ne cessait d’augmenter. Sur mon physique. Sur ma façon de m’alimenter.

Avec beaucoup de détermination, j’ai fini par ne plus les écouter et me faire une carapace. Parce que ça me rendait encore plus malade. Parce que la seule chose à laquelle je devais penser en mangeant, c’était à la chance que j’avais de pouvoir t’avoir toi, et ce, malgré tout le mal que je m’étais infligé durant toutes ces années.

Le plus difficile, c’était qu’aux yeux des autres, ta maman était forte, que c’était une battante. Elle ne baissait jamais les bras. Ta maman, elle avait l’air si en confiance et bien dans sa peau. Alors quand tu es né, j’ai fait comme la majorité des nouvelles mamans subissant cette pression constante de devoir à tout prix suivre les standards superficiels de perte de poids et de remise en forme et je me suis mise à perdre beaucoup trop de poids. Ironiquement, les gens me félicitaient et admiraient ma discipline et mon courage. Comme si on devait applaudir une personne dépressive chaque fois qu’elle pleure ou de féliciter un alcoolique à chaque gorgée d’alcool ingérée.

Une fois de plus, je retombais dans l’enfer de l’anorexie. Je ne voyais plus le bout. En un mois, j’avais perdu trente livres couronnée de ce statut de mère parfaite qui contrôle ses portions et s’entraîne vingt-six heures sur vingt-quatre.

Mais ce n’est pas ça la réalité. À l’intérieur de moi, rien n’allait plus alors que les gens, fidèles à eux-mêmes, continuaient de se baser sur le poids affiché sur ma balance pour déterminer si j’étais en santé.

Aujourd’hui, je suis heureuse de dire que malgré ces années passées sans être psychologiquement apte à fonder une famille, j’ai maintenant la chance de t’avoir toi et de nous avoir écoutés malgré toutes les épreuves que nous avons vécus. Malgré toutes ces livres que j’ai dû reprendre pour me sentir mieux sous le regard inquiet des gens m’entourant. Parce que je me suis fait la promesse de te montrer que ta maman est une battante, une femme forte et qu’elle ne baissera jamais les bras.

Alors mon fils, si un jour tu me demandes comment était ta venue au monde, je te raconterai comment tu m’as sauvé la vie.

Julie Gagnon
JULIE GAGNON

Une réflexion sur “Mon fils, l’échappatoire à mon anorexie

  1. Meg Répondre

    Merci pour ce témoignage, et bravo !!
    Oui tu es une battante !
    Perso j’ai été guérie avant de tomber enceinte, mais j’avais peur de retomber dans le cercle vicieux… Peur d’avoir peur de grossir, de ne plus aimer mon corps, de me faire souffrir, et tout ce qui s’en suit.
    Mais ma grossesse s’est bien passée, et l’après aussi. Je n’ai pas cherché à perdre de poids, j’ai perdu naturellement petit à petit (vive l’allaitement ^^) mais surtout, je m’en foutais… C’est ça le vrai miracle.

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