Lettre au père de mes p’tits : nos enfants ne sont pas tes amis

father eating cotton candy with boy

Je suis allée récupérer les enfants vers 17h00,  juste à temps pour le souper. En cognant chez toi, j’ai entendu leurs voix de l’autre côté de la porte et j’ai tout de suite su que quelque chose n’allait pas;  ils étaient surexcités. Ma crainte s’est confirmée quand tu as ouvert : la plus jeune avait littéralement une barbe de chocolat séchée sur le visage et le plus vieux de sept ans faisait une sculpture avec tous les bonbons Lego que tu lui avais achetés. Tu les avais bourrés de sucreries juste avant l’heure du souper. Ta seule réponse à mon air abasourdi a été de m’apprendre qu’ils voulaient manger des cochonneries comme collation et que tu n’as pas cru bon de t’y opposer.

Ça, mon homme, c’est le signe numéro un que tu n’agis pas comme un parent, mais comme un ami. Tu excelles dans l’art d’oublier d’inclure la discipline dans ta recette de la parentalité. Et franchement, je dois t’avouer que ça me donne sérieusement des envies de re-divorcer.

En plus de tes choix de collations plutôt douteux, tu leur enseignes l’art de l’autogestion de leurs besoins en sommeil. Après tout, qu’est-ce que ça change que le petit se couche à dix heures le soir et se lève à sept heures le lendemain matin ? Je suis désolée de t’apprendre qu’un enfant de son âge ne SAIT PAS s’il est fatigué. Mais, évidemment, c’est moi qui exagère. Au pire, j’aurai juste à le coucher plus tôt le lendemain, après avoir profité de ma super-soirée hyper-agréable avec mon fils brûlé qui pleure parce que le chat botté ne joue pas à la télévision ou parce qu’il ne peut pas manger de barre de chocolat en guise de souper ?

Ouais, tu as raison, ça doit être moi qui suis trop sévère. C’est quoi l’idée aussi de vouloir faire manger des légumes et imposer un minimum de dix à douze heures de sommeil par nuit à des enfants de moins de dix ans ? Je dois être folle, aussi, avec mon obsession de demander au petit d’apprendre ses mots pour l’école. Et je suis sûrement une mère névrosée quand j’exige que les petits mettent leur suit complet pour aller jouer dans la neige.

Je sais que tu as la constante impression que je veux tout contrôler. Ça doit d’ailleurs être pour éviter que je me fâche en apprenant tous les passe-droits auxquels ils ont droit chez toi que tu as découvert une formule magique. J’ai entendu la petite la répéter l’autre jour, ça sonnait un peu comme : « Chez papa c’est chez papa et chez maman c’est chez maman ». Alors chez papa, c’est le party, on fait ce qu’on veut, on mange de la malbouffe et on se couche à l’heure des grands. Chez papa, c’est cool, on laisse traîner nos jouets partout, on prend notre bain si ça nous chante et on porte les mêmes bobettes tout le week-end. Chez papa, c’est super !

Pendant ce temps-là, chez maman, on se peigne les cheveux et on se brosse les dents. On est obligés de ramasser nos jouets et mettre notre linge sale dans le panier à linge. On mange des repas équilibrés et on ne peut pas manger de chocolat avant le dodo. Chez maman, c’est plate. T’sais, cette même maman qui accompagne les enfants à leur cours de natation du samedi matin, qui assiste aux réunions de parents à l’école parce que papa trouve ça plate. Cette maman qui n’a jamais pris le temps d’installer un téléviseur dans sa chambre, mais qui a repeint celle des deux enfants à leur goût. Cette même maman qui passe six heures à faire une sauce à spaghetti pour des enfants qui n’ont soudainement pas faim parce qu’ils ont mangé des Kinder Surprise et des bonbons trente minutes avant le souper.

Ouais, c’est plate chez cette maman-là, qui va encore s’endormir le coeur lourd parce que sa fille de quatre ans lui dit qu’elle est méchante de ne pas la laisser se coucher à l’heure des grands comme papa le fait. Cette maman qui se prive pour pouvoir payer à son garçon des cours de natation auxquels il ne va pas quand il est chez papa, parce papa trouve le temps long dans les estrades.

Cette maman-là qui, au moins elle, dort quand même sur ses deux oreilles chaque soir car elle est maman jusqu’au bout. Même si ça veut dire qu’elle est plus plate que papa.

Parce qu’un jour les enfants vont se tanner des bonbons et voudront être rassurés par un adulte qui sait être un parent plutôt qu’un éternel enfant qui veut agir comme un ami.

La Collaboratrice dans l'Ombre
LA COLLABORATRICE DANS L'OMBRE

3 thoughts on “Lettre au père de mes p’tits : nos enfants ne sont pas tes amis

  1. Anne marie Répondre

    Exactement ça! Bravo 🤗

  2. Louison Tremblay Répondre

    Oups! Délicat comme situation. On dirait que la mère se pense parfaite et que le père est un salaud et un irresponsable parce qu’il ne suit pas ses règles à elle. Beaucoup de jugement et de chichi pour quelques bonbons et des heures de coucher irrégulières. Ça sent la rancoeur et la rigidité. Dommage.

  3. Lysiane Répondre

    Chère collabo dans l’ombre,

    Je te comprends tellement ! Il est vrai que les enfants ont besoin d’une routine et d’un encadrement. Tu es un excellent modèle et ils vont finir par le réaliser 😊

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