Depuis que tu nous as quittés

sad woman on cimetery

Depuis que tu nous as quittés, j’ai soufflé quelques bougies de plus, j’ai appris deux ou trois accords, j’ai gribouillé quelques textes. J’essaie de faire de mon mieux jour après jour et de rester forte, d’être une bonne mère. Tu aurais aimé la petite dernière, elle te connaît à travers les histoires de toi que je lui raconte, elle connaît ton nom, elle le nomme en pointant les étoiles.

Depuis que tu es parti, j’apprends à vivre différemment, en pleurant et en souriant même en pensant à toi, aux cents coups qu’on a fait ensemble, en entendant une de tes chansons préférées à la radio. La tristesse a fait place à de beaux souvenirs, le temps finit bel et bien par faire son œuvre. Mais je n’ai pas fait totalement la paix avec la mort, je lui en veux encore d’être venue te chercher si tôt.

Je n’ai toujours pas eu la force de faire le tri des choses qui t’appartenaient et que je conserve dans une grande boîte au grenier. Il m’arrive parfois de la déplacer, d’enlever un peu de poussière accumulée sur le couvercle. Je ne me suis pas résignée non plus à laver ton chandail préféré, même si l’odeur de ton parfum a disparu depuis longtemps.

Depuis que tu nous a quittés, l’arrivée du printemps et l’éclosion des bourgeons me rappellent la saison où nous devions attendre le dégel du sol pour enterrer tes cendres. L’endroit où tu reposes et l’odeur des fleurs qui s’en dégage ne me font pas penser à toi. Ne m’en veux pas de ne pas y aller pour te visiter, pour moi tu n’y es pas, tu es tout autour de nous, partout, à tout instant.

Je n’ai toujours pas trouvé les mots pour expliquer ton départ lorsqu’une vieille connaissance me demande comment tu vas; chaque fois, je voudrais me défiler pour éviter d’avoir à raconter une fois de plus la dernière journée de ta vie.

Depuis que tu nous a quittés, d’autres sont venus te rejoindre. J’ai essayé tant bien que mal de sécher quelques larmes de leurs proches atterrés, de consoler des cœurs émiettés, de prêter une épaule où l’on peut se réfugier, parce que je comprends ce par quoi ils devront passer. Depuis que tu es parti, j’ai compris qu’on ne tient qu’à un fil, que la maladie peut s’inviter lorsqu’on ne s’y attend pas. J’essaie de profiter de chaque jour et des gens que j’aime.

Ce soir, je vais tenter de m’endormir en abrillant ma conscience de mes regrets et de mes remords de ne pas assez avoir profité de ta présence, de ne pas avoir assez pris de temps avec toi, de ne pas avoir pu te dire ce qu’il y avait à dire.

Demain, je continuerai mon petit bout de chemin, en ayant quelquefois une pensée pour toi, en observant ton visage sur la photo que j’ai mise sur le coin de mon bureau.

Cette nuit, peut être aurai-je la chance de te voir en rêve et de pouvoir te parler. Je te dirai à quel point tu me manques et tu me diras de ne pas m’en faire, qu’on se reverra un jour.

Karine Pilotte
KARINE PILOTTE

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