À toi, mon bébé pressé

premature baby

Tu as décidé de faire ton entrée dans ce monde de façon remarquée. Quelques semaines d’avance avec un début de vie un peu plus compliqué. Je n’étais pas prête. Mon corps l’était, mais ma tête et mon cœur ne l’étaient pas. Et te voir comme ça me faisait mal.

Je me suis sentie comme un imposteur à côté de ces mamans, autour de moi, qui racontaient leur histoire. Toi, tu n’étais pas un grand ou encore un très grand prématuré. Il ne t’en manquait pas beaucoup pour atteindre ton terme. Alors, je les écoutais, je les lisais, sans trop parler de toi. Pourtant, j’en avais des choses à dire. J’avais besoin de parler de mon petit guerrier. Les infirmières qui prenaient soin de toi sentaient mon besoin de parler. Elles m’écoutaient, d’une oreille attentive, et m’encourageaient. Elles tentaient tant bien que mal de me déculpabiliser. Parce que oui, je me sentais coupable. D’ailleurs, merci à cette gentille infirmière qui a pris le temps de me dire que rien n’était de ma faute, alors que tout le monde s’affairait à te stabiliser.

Après quelques jours, qui m’ont paru des semaines, tu as eu ton congé. Enfin, le retour à la maison. J’avais si hâte à ce moment, pourtant j’étais incapable de m’en réjouir complètement. Tous ces sentiments contradictoires dans ma tête. Ton retour signifiait aussi plus personne pour t’évaluer. Plus de moniteur pour dire si tu respires bien, plus de tube pour te donner la quantité parfaite de lait, plus de soluté pour t’hydrater, plus d’oxygène si tes petits poumons n’arrivaient pas à aller chercher ce qu’ils avaient besoin. J’ai pleuré, tellement pleuré quand je te voyais avec tout ce filage, tous ces appareils et tous ces «bips» qui me rassuraient au fond de moi. Pourquoi je n’arrivais pas à me réjouir.

Mon bel amour, j’aurais dû profiter de ces premiers moments avec toi à la maison. J’en ai été incapable. J’en suis désolée. Je m’occupais de toi, ne t’inquiète pas, mais j’étais comme un robot programmé. Ta couche était sale, je la changeais. Tu avais faim, je t’allaitais. Tu n’arrivais pas à t’endormir, je te berçais. Sans plus. Je ne t’ai pas couvert de bisous comme j’aurais voulu le faire, je ne me suis pas attardée à te regarder dormir. Je te déposais lorsque tu étais endormi. J’étais mal de tout ça, mais c’était plus fort que moi. Ça m’a pris quelque temps pour comprendre que mon cœur se protégeait. Tu étais irréel. Tu aurais dû être encore bien au chaud dans mon ventre. Mais ne t’inquiète pas, je t’aimais, je t’aimais si fort que je savais que je ne m’en remettrais pas s’il t’arrivait quelque chose.

Les semaines ont passé. Je ne suis pas encore capable de te chanter des berceuses sans pleurer. Parce que durant ta première nuit, branché sur cette machine qui t’envoyait l’air pour permettre à tes poumons de mieux respirer, je t’ai bercé. Toute la nuit, je t’ai bercé en te chantant mes berceuses préférées, en essuyant tant bien que mal les larmes qui coulaient sur mes joues pour que ça ne paraisse pas trop. Ton infirmière avait eu la gentillesse de bien t’installer sur moi, malgré toutes ces machines, et restait le plus en retrait possible pour nous laisser notre moment.

Mon petit guerrier, malgré tout ca, ton histoire est devenue notre histoire. J’accepte que nos débuts n’aient pas été ceux dont je rêvais. Tes sourires sont un baume sur mon cœur de maman encore inquiète. J’adore te bécoter. J’adore te regarder dormir. Je te berce simplement parce que j’ai envie de sentir ton souffle sur moi. Avant ta naissance, j’étais une maman poule, maintenant, je suis une maman lionne. Tu es tout petit, mais ton parcours de vie est une montagne russe. Et sache mon petit trésor, que malgré tout ça, la seule chose dont je suis certaine, c’est que je t’aime.

Marie-Ève Veilleux
MARIE-ÈVE VEILLEUX

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