J’veux pas te f*cker, ma fille

young mother feeding baby

Ma fille,

T’as beau être encore toute petite, tout juste capable de te tenir sur deux pattes et de balbutier quelques mots, et moi j’ai beau me dire que je devrais savourer pleinement le moment présent, ta jouvence toute neuve et ta pureté de poupon, j’arrive pas à m’empêcher de penser au fait que je devrai bientôt commencer à t’éduquer et que ça me fait un peu peur. Parce que oui, même les mamans peuvent avoir peur. T’es ma première et je manque d’expérience; c’est énorme d’avoir la vie d’une tierce personne entre les mains, de se dire que chaque geste posé, chaque mot dit, peuvent avoir une incidence sur ta vie future et ta personnalité en devenir. J’apprends à être mère en même temps que je dois t’apprendre le monde; je fais de mon mieux et je vais certainement devoir y aller d’essais et d’erreurs. Ce n’est pas de me tromper qui m’effraie autant, c’est que je veux tellement pas te fucker, ma fille.

J’ai peur qu’en grandissant, tu t’aperçoives que ta mère est encore une petite fille, elle aussi. Qu’il y a une partie de moi qui n’a jamais grandi, que mon coeur est grand, mais fragile, cassant, qu’il m’en faut peu pour être blessée, que l’estime de soi est un concept auquel je ne connais rien. Je travaille là-dessus, mon amour, j’essaye de devenir plus forte pour toi, je veux pouvoir t’enseigner l’amour et la confiance, je veux te donner tous les outils pour que tu puisses foncer dans la vie, la tête bien haute et fière d’être celle que tu es. Je ne veux pas que, comme moi, tu regardes tes pieds en marchant, que tu peines à t’affirmer de peur de déplaire; je veux que tu t’accordes le même respect que tu accorderas à autrui, que tu n’aies pas peur des miroirs et du regard des autres. Je veux que tu aies conscience de ta valeur.

Et surtout, je veux que tu ne doutes jamais de l’inconditionnalité de mon amour pour toi. Je viens d’une famille où l’amour se méritait. Il se mesurait à la grandeur de nos actions, à notre capacité à faire bien ce qui était demandé sans poser de questions, à accepter le fait que les émotions des enfants valaient moins que celles des parents. Je viens d’une famille où il fallait prouver qu’on méritait d’être aimés, où on risquait d’être mis à l’écart si on ne répondait pas à ce qui était attendu de nous. Je viens d’une famille où les injures et les cris étaient monnaie courante. Je viens d’une famille où le tact et la douceur étaient presque inexistants et où les coups volaient parfois. Je viens de cette famille dont je traîne le fardeau depuis, c’est de là que je tiens la courbure de mes épaules et mon coeur d’enfant brisé.

J’veux pas te fucker, ma fille. Je veux devenir la mère dont j’aurais eu besoin, je veux t’offrir tout ce qui m’a manqué. Je ne peux pas te promettre que je serai parfaite, mais je peux te jurer que je vais toujours t’aimer quoi qu’il advienne, quels que soient tes choix, telle que tu es, avec tes forces et tes fragilités, dans tes peines comme dans tes joies, dans tes succès comme dans tes échecs. Je vais t’aimer même si tu ne me ressembles pas, même si tu mènes une vie que je ne comprends pas. Je vais t’apprendre ce que j’aurais tant voulu savoir plus tôt, que le véritable amour ne se divise jamais, il se multiplie.

La Collaboratrice dans l'Ombre
LA COLLABORATRICE DANS L'OMBRE

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